Daphné fit irruption de la cuisine, vêtue d'un tablier rouge. Les yeux embués, elle venait de refermer le four où une tarte à l'odeur savoureuse cuisait.
-Bonsoir ! lança-t-elle.
-Maman, je te présente Alma.
- Alma ? Alma... répéta-t-elle à voix haute.
-L'entorse, rebondit l'accusée, amusée.
-Ah ! Enchantée, Alma ! Mais, vous êtes trempés ?
-Il pleut à torrents.
-Tu peux lui prêter quelque chose s't'plaît, Sasha ? réclama Daphné.
-Je pense qu'elle sera plus à l'aise dans tes vêtements, maman.
Daphné leva sa cuillère en bois et adressa un clin d'œil à la jeune femme.
-Sasha, je te confie la surveillance de la tarte, je file chercher des habits pour Alma.
Sasha déposa son sac et invita Alma à s'avancer.
-C'est vraiment canon chez vous, avoua Alma.
-Ma mère adore la déco.
-Ça se voit.
La maîtresse de maison ne tarde pas à revenir, les bras chargés de quelques vêtements pour l'hôte du soir.
-Tu trouveras la salle de bain derrière la première porte à droite, lui indiqua Daphné. Si tu veux te doucher, n'hésite pas.
-Merci beaucoup.
Alma découvrit une salle de bain spacieuse et moderne, à l'image de l'appartement. Une douche à l'Italienne aux grands carreaux marron clair et blanc, une double vasque aux robinets aériens et des meubles de rangement en bois brut équipaient l'espace. La jeune femme tombait amoureuse de l'immense miroir mural aux dorures sculptées. Elle posa les vêtements prêtés par la propriétaire des lieux sur une pièce en bois et commença à se déplumer. Alma remarqua l'odeur agréable d'une bougie qui se consumait sur une tablette murale. L'harmonie de la salle de bain l'enivrait. Elle se glissa sous la pomme de douche qui la comblait d'une eau bouillonnante prête à réchauffer son corps glacé.
Elle rejoignit ses hôtes quelques minutes plus tard, douchée et couverte de vêtements secs.
-Vraiment, merci. C'est un bonheur d'être au sec, glissa-t-elle, reconnaissante.
-Veux-tu rester dîner ?
-Je ne voudrais pas abuser.
-Il y en a pour trois, ce serait avec plaisir, rétorqua Daphné.
Alma lança un bref regard à Sasha qui d'un sourire, lui confirma que sa présence serait appréciée autour de la table.
-Très bien, je vais rester, merci.
Tous les trois prirent place autour de la belle table rectangulaire de la salle à manger. Les sets de table, ronds en rotin, accueillaient de beaux couverts blancs et des assiettes déjà ornées de quelques feuilles de laitue.
-Tu fais quoi dans la vie, Alma ? se renseigna Daphné qui servait les parts de sa tarte maison aux poireaux et chorizo.
- Après mon bac économique et social, j'ai obtenu une licence en économie et comptabilité à l'université de Toulouse et maintenant je travaille en comptabilité à la piscine Léo Lagrange.
-Tu as toujours vécu ici ?
-Non, je suis originaire de Strasbourg ; je suis arrivée il y a quatre ans à Toulouse pour intégrer la faculté.
-C'est un sacré changement géographique !
-C'était assez déroutant au départ mais on s'habitue. Et toi, Sasha, tu fais quoi ?
-Je suis en dernière année d'étude à l'École Nationale de la Météorologie.
-Ça doit être intéressant.
-Oui, c'est un milieu qui m'a toujours passionné.
-Je sais que ça ne se demande pas à une femme mais je fais entrave à la règle : quel âge as-tu ? reprit Daphné.
-J'ai eu vingt-deux ans en avril.
-Vous avez donc le même âge.
-J'ai eu vingt-deux ans en février, précisa-t-il.
Daphné se rassit et souhaita un bon appétit à ses compagnons de tablée.
-Donc, tu préférais rester travailler à Toulouse après tes études, plutôt que de repartir à Strasbourg ?
-C'est un concours de circonstances, il s'avère que je nage dans la piscine où je travaille depuis que j'habite à Toulouse et qu'ils m'ont proposé ce poste quand ils ont su que je terminais mes études, expliqua Alma.
-Tu as un bon niveau en natation ? creusa Sasha.
-J'avais un bon niveau, oui, mais je me suis blessée à l'adolescence alors j'ai privilégié mes études. Aujourd'hui, ça reste de l'ordre de la passion et du loisir.
- Tu habites dans quel coin à Toulouse ?
- On habite près du jardin Royal dans le secteur un. On est proche de la fac pour Marion et de la piscine pour moi, c'est idéal.
-Tu es en colocation ?
-Oui, avec mon amie d'enfance, on s'est rencontrées à l'école primaire et nous sommes venues ensemble à Toulouse il y a quatre ans.
-C'est chouette ça, s'enthousiasma Daphné.
-C'est pour ça que j'ai l'impression d'avoir une partie de ma famille ici.
-Moi, j'ai toujours vécu avec ma mère et tu vois le résultat, je suis materné.
-Tu ne t'en plains pas quand je lave tes caleçons, ingrat !
Tous les trois échangèrent un rire complice.
-Vous faites quoi dans la vie, Daphné ?
- Je travaille dans l'événementiel, j'ai monté une agence avec l'une de mes meilleures amies il y a dix ans.
-C'est gratifiant d'avoir sa propre entreprise, on peut savourer le fruit de son travail.
-Je suis tout à fait d'accord ! Cela demande beaucoup d'engagement et de sacrifices personnels mais on sait pourquoi et pour qui on travaille, expliqua Daphné
Native de La Rochelle, Daphné Guérin avait grandi dans une petite maison modeste auprès de ses parents. Après l'obtention de son baccalauréat, elle s'était engagée dans la voie événementielle à l'aube de ses études supérieures. Rapidement, son chemin avait croisé celui du séduisant Alexey Kozlowski. Il n'avait fallu que quelques heures pour qu'elle tombe amoureuse de ce Franco-Russe au charme débordant. Des cheveux bruns désordonnés, des yeux verts perçants et un accent qui l'avait fait craquer. « Pourtant l'accent russe n'est pas le plus beau » lui avait glissé sa mère à l'époque.