Elle était restée silencieuse et un sourire figé sur le visage. Je savais que je lui faisais de l'effet. D'ailleurs, aucune femme ne me résistait.
La musique continuait de résonner mais elle ne bougeait plus. Visiblement, elle avait perdu sa langue.
Je me rapproche donc d'elle tout doucement et je l'enlace par la taille.
Elle émet d'abord un petit bruit inaudible.
Nous étions maintenant collés l'un contre l'autre. J'enfouis mes mains dans ses cheveux courts et je serre sa tête contre ma poitrine.
L'espace de quelques secondes, quelque chose de particulier se passait. Quelque chose que je ne pouvais pas expliquer moi-même. Un peu comme si le monde venait de s'arrêter...
"Tracy !?"
Une voix aiguë venait d'interpeller Tracy qui sursauta dans mes bras.
Elle et moi nous retournons et tomboms sur une jeune femme à la personnalité explosive.
Elle marche vers nous en écarquillant de grands yeux à l'endroit de Tracy.
Sa personnalité était si opposée à celle de Tracy que je me demandais comment elles pouvaient être amies. La jeune femme s'était mise à chuchoter des choses à l'oreille de Tracy qui donnait l'impression de sortir d'un état second.
"Magalie..."
Elles parlaient si bas que c'était la seule chose que j'avais pu entendre de la bouche de Tracy.
La fameuse Magalie se retourne face à moi et un sourire malicieux se dessine sur mon visage. J'avais l'impression de me retrouver entre deux adolescentes.
"Bonsoir, je suis Magalie...la meilleure amie de Tracy." dit-elle en me tendant la main.
Ah! Elles s'étaient enfin rendues compte que j'étais présent.
"Bonsoir...Leonardo. Enchantée!" dis-je avec mon sourire le plus charmant.
Magalie s'était encore retournée vers Tracy et s'était mise à lui parler en chuchotant. Ce petit cirque commençait par m'agacer.
"Bon...je vous laisse." dit Magalie en s'éloignant de Tracy.
Elle venait de s'éloigner et il n'y avait plus que Tracy en face de moi. J'avais envie de pousser un ouf de soulagement.
"Viens, on s'asseoir au bar." dis-je en passant ma main autour de la hanche de Tracy.
Elle avait sursauté. Je commençais par m'y faire à son attitude de fille innocente. En réalité, ce n'était pas si anormal que ça. J'ai quitté la ville pour la campagne.
Même si je ne m'attendais pas à tomber sur des femmes extraverties, je ne comprenais pas pourquoi elle se retrouvait dans un endroit pareil mais qu'elle sursautait à chaque fois que je m'approchais d'elle.
Je l'entraîne jusqu'au bar avec ma main toujours sur sa hanche. J'étais à quelques centimètres d'elle et je pouvais la sentir frissonner, un peu comme si elle avait froid.
"Tu as froid?" questionnai-je.
Elle m'avait jeté un regard d'animal blessé et avait secoué la tête en signe affirmatif. Instinctivement, j'enlève ma blouse que j'avais mise par-dessus mon tee-shirt que je lui passe par-dessus l'épaule.
***Tracy***
En sortant de la maison en douce, je pensais juste danser avec Magalie et boire quelques bières. Je n'avais pas prévu un seul instant tomber sur ce bel homme.
Depuis qu'il s'était approché de moi, je ne voyais que lui. La musique me semblait lointaine. Il était grand et imposant avec des cheveux noirs brillants. Mais ce qui me faisait le plus frissonner chez lui, c'était son sourire. Son sourire me rendait muette.
Le parfum que dégageait sa blouse qu'il avait déposée sur mon épaule parce que j'avais froid titillait agréablement les narines. L'odeur de son parfum était brute et donnait une idée sur sa personnalité.
"Alors...ça fait combien de temps que tu vis ici?"
Il venait encore de m'adresser la parole. J'avais passé quelques secondes, le regard plongé dans ma chope de bière que je ne buvais plus.
"...Depuis que je suis toute petite." dis-je difficilement avec la gorge serrée.
Et j'avais l'habitude de tomber sur des hommes à la campagne mais jamais aucun d'eux n'avait créé cette tension qu'il y avait à présent entre Leonardo et moi.
"Wouah ! Ça fait longtemps..."
Il avait continué par parler mais moi je ne l'écoutais plus. Mes yeux étaient fixés sur son visage. À travers la pénombre, je pouvais voir distinctement les traits fermes de son visage.
J'étais déstabilisée et plusieurs émotions s'étaient emparées de moi sans que je ne puisse savoir ce que je ressentais.
Plusieurs minutes de silence étaient passées. Autour de nous dans la salle, les gens continuaient par danser et chanter comme des fous. Cette atmosphère me donnait des frissons sans que je ne sache pour quelle raison.
Il y avait cette voix qui me rappelait que l'heure de rentrer à la maison était arrivée mais je n'avais pas assez de force pour m'en aller. Je me retrouvais dans une sorte d'indécision.
Mon regard avait croisé Magalie qui était en train de danser comme une folle sur la piste de danse et alors un sourire se dessina sur mes lèvres.
"Pourquoi souris-tu?"
Je réussis à détourner mon regard et à le poser sur lui. Et à ce moment, j'avais l'impression d'être figée. Ce qui prouvait juste que je n'avais pas inventé tous ces sentiments. Le bel inconnu faisait naître en moi des sensations qui m'étaient jusque-là inconnus.
"Euh...pour..."
Je m'étais encore mise à bégayer. Il poussa un long soupir et porta à sa bouche sa bière. Et le silence venait encore de s'installer.
L'image de ma mère me revient subitement à l'esprit. Je l'imaginais en train de me faire ses remontrances en me rappelant comment une fille de bonne famille ne sortait pas tard dans la nuit et en plus pour se retrouver dans un bar avec des hommes et de la bière.
Non seulement j'avais prévu de rentrer un peu plus tôt mais je me rendais compte qu'il était vraiment temps que je rentre à la maison. Le temps était suffisamment avancé.
Maintenant, je réfléchissais à comment j'allais le dire à Lorenzo. Quelques secondes de réflexion parmi lesquelles je pensais à comment j'allais le formuler.
"Je...je dois rentrer." réussi-je à lui dire après avoir pris mon courage à deux mains.
Il resta un instant la tête baissée dans sa chope de bière et finit par relever la tête pour me faire face.
"Il n'est que deux heures du matin?" s'exclame-t-il en jetant un coup d'œil à sa montre.
Sa question faillit me faire rire. Si deux heures du matin était tôt pour rentrer pour lui. Il n'aurait pas pu imaginer que si j'étais restée jusqu'à aussi tard, c'était à cause de lui.
"Oui...il se fait tard pour moi." répondis-je en me levant.
"Alors, est-ce que je peux te raccompagner jusque chez toi?"
Il s'était aussitôt levé.
"Non ça va aller." dis-je en marchant jusqu'à Magalie qui continuait par danser.
Je réussis dificilement à la tirer de la piste de danse et à la sortir du bar. Je marchais droit devant moi sans me retourner un peu comme si j'étais prête à tout pour me convaincre du fait que je n'avais jamais rencontré cette créature merveilleuse et que ces heures volées n'avaient jamais existées.
Ne sachant comment me comporter ni quoi faire, je préférais me fuir telle une petite collégienne face à son amoureux avec le visage rougit.
Magalie rouspétait alors que nous étions maintenant à l'extérieur du bar. Le vent frais du petit matin me caressait agréablement le visage.
J'allais continuer dans ma marche sans me retourner lorsque sa voix me figea sur place.
"Tracy !"
Lorenzo venait de m'interpeller. Un peu comme pour me rappeler qu'il était là. Timidement, je me retourne pour lui faire face.
"Lorenzo !" dis-je d'une petite voix.
Pendant ces quelques secondes, tout semblait croire qu'on était seuls au monde. C'était certainement le fruit de mon imagination.
Son beau visage et sa carrure imposante ne me laissaient pas indifférente. Bien qu'il était à plusieurs mètres de moi, l'air frais avait porté son parfum jusqu'à moi.
"Comment je fais pour te revoir?" demanda-t-il
"Ce n'est pas possible...Aurevoir." dis-je en attrapant Magalie par la main pour qu'on puisse s'en aller.
Un sourire séduisant est aussitôt apparu sur son visage.
"On se reverra." dit-il telle une promesse à peine voilée.
Sans dire mot, j'avais attrapé Magalie fermement pour que nous nous en allions dans la nuit. Il fallait coûte que coûte que je rentre. Durant tout le trajet qui menait à la maison, je n'avais pas cessé de penser à cette dernière phrase qu'il m'avait dite...mon bel inconnu !
Le lendemain
***Tracy***
"Tracy... tracy...réveille-toi"
Toc toc toc !
"Mmmm...Mmmmm..."
La porte de ma chambre venait de s'ouvrir sur ma mère qui débordait dans tous les sens.
"Qu'est-ce qu'il y a..maman?" questionnai-je en me retournant dans mon lit.
Peu de temps après, j'entendis un grand bruit et les rayons de soleil pénétrèrent dans ma chambre.
"...ce qu'il y a, jeune fille...c'est qu'il fait jour. Il est déjà six heures du matin...Mon Dieu! Pourquoi te réveilles-tu si tard aujourd'hui ?"
Sa remarque me fit sursauter dans mon lit. Sachant où j'ai passé la nuit dernière, il ne fallait pas que ma mère découvre mon petit secret.
"C'est bon, je suis en éveil." dis-je en m'asseyant dans mon lit.
Ma mère reste debout à me fixer.
"J'espère que tu ne me caches rien." dit-elle avec un regard inquisiteur.
Je n'avais plus d'autre choix que de sortir de mon lit.
"Je suis réveillée, maman..." dis-je en sortant de mon lit.
"Tu as intérêt parce qu'on ouvre dans trente minutes." dit-elle en sortant de ma chambre.
Bon sang! Il n'était que six heures du matin. Bien que j'ai toujours vécu comme ça, j'ai toujours pensé au fond de moi que c'était trop tôt pour se réveiller mais je n'y pouvais rien. C'était la vie à la campagne.
Quelques minutes plus tard
Ma mère tenait une supérette à la campagne dans laquelle ma sœur et moi nous nous relayions. Ma mère revendait les produits que cultivait mon père.
C'était la seule supérette de la campagne, ce qui fait qu'elle avait beaucoup de succès. Il fallait donc ouvrir au plus tôt et aujourd'hui c'était mon tour.
Il m'avait fallu un grand effort pour ne pas me rendormir une fois que ma mère avait quitté ma chambre. J'avais réussi à venir ouvrir.
Quelques minutes juste après l'ouverture, les gens s'étaient déjà rués à l'intérieur.
Je pousse un long soupir sachant déjà que ma journée n'allait pas être de tout repos.
"Suivant !" dis-je en tendant à la dame qui était devant moi son paquet de fruits frais.
J'avais la tête baissée en faisant le compte des produits du client suivant.
"Voilà pour vous." dis-je avec mon plus grand sourire en tendant le paquet suivant au client qui suivait.
Lorsque mon regard croise le client qui se trouvait en face de moi, mon sourire se figea aussitôt.
"Bonjour Tracy." dit-il avec son plus large sourire.
"Lorenzo..." dis-je d'une petite voix.
J'avais des papillons dans le ventre.