Seul et loin de tous comme cela avait été le cas depuis presqu'une quinzaine d'années, il finît par perdre connaissance et s'effondra dans l'une des ruelles attenante à l'entrée principale de l'Hôpital Central, ce même hôpital où au cours de la journée, il avait accompagné, et s'était tenu aux côtés de sa femme pour sa sixième consultation prénatale.
Des années plutôt en effet, bien avant que ne se déclenchent la succession de ces évènements sinistres qui avaient malencontreusement conduit à l'éclatement de toute sa vie, non seulement la sienne, mais aussi celle de tous les membres de sa famille, Franck se souvenait qu'il menait une existence des plus paisible. Ses nombreux doutes s'éclaircissaient d'une manière brutale et dans un chaos total.
Il était bel et bien un Denao et non un Affohassi comme on le lui avait fait croire pendant plusieurs années. De sa famille, celle au sein de laquelle il avait vu le jour mais dont il avait perdu le souvenir, Franck s'en souvenait maintenant. Il appartenait bel et bien à une véritable famille de quatre qui, toutefois, s'était agrandie avec l'arrivée de la petite Irène. Il se souvenait qu'avec sa mère Annabelle, son père Philipe, Irène et Anaïs, sa sœur jumelle, ils vivaient des jours heureux, à l'abri du besoin. Des souvenirs heureux qui avaient finis par être ternis par l'envie, la duplicité et la trahison des personnes qui leur étaient proches.
À l'origine, les Denao étaient une famille traditionnelle provenant d'Assiala. Philipe et Annabelle, les parents de Franck se connaissaient depuis l'enfance. Très proche depuis leurs premiers pas sur cette terre des hommes malgré le contraste de leur appartenance sociale, l'improbable amitié qui les liait avait nettement évolué pendant leur adolescence et, une fois leur majorité atteinte, ils avaient décidé de s'unir en dépit de certaines oppositions véhémentes et des difficultés auxquelles ils avaient été confrontés.
Le jeune couple sans expérience qu'ils avaient formé au départ s'était construit sous d'implacables critiques et une désapprobation quasi-totale de leurs proches qui avaient beaucoup de mal à cacher leur incompréhension face à ce choix et la déception profonde qu'ils ressentaient vis-à-vis de cette union qu'ils considéraient vaine et sans réel avenir. Déshéritée par un père et une mère qui ne concevaient pas de voir leur unique fille leur tenir tête et unir son destin à un indigent, un orphelin sans aucune ressource, moqué par un entourage qui ne voyait en lui qu'une espèce de parasite qui avait vu ses ambition ruinée comme la jeune femme avec laquelle il se retrouvait ; Annabelle et Philipe ne s'étaient jamais avoués vaincus. Malgré les difficultés de la vie de couple et de leur quotidien, ils avaient continué leur bout de chemin main dans la main. Au fil des années, grâce aux fruits de leurs durs labeurs et des nombreux sacrifices consentis, ils avaient réussi à effectués ensemble divers investissements dans le secteur de l'immobilier qui leur avaient permis de posséder de nombreux bâtiments locatifs dans la capitale parmi lesquels se comptaient des immeubles de bureau, des appartements, des maisons construites en duplexe, des locaux commerciaux. Les revenus de ces investissements leur permettaient de vivre aisément. Leurs nombreuses années d'union harmonieuse ainsi que la valeur substantielle de l'important patrimoine immobilier qu'ils avaient réussi à construire conjointement avait fini par convaincre tout le monde, et même les plus sceptiques quant à leur capacité de se prendre en charge. À côté de cette réussite financière, le couple avait eu deux enfants des jumeaux une fille et un garçon, Anaïs et Franck, nés à quelques heures d'intervalles. Il avait ensuite adopté un troisième, une fillette, Irène, âgée de moins de six ans que leurs premiers enfants. Leurs trois enfants étaient leur plus grande fierté.
Autrefois source de railleries cette relation vouée à l'échec avait fini par donner à ce même entourage l'image enviable de cette représentation parfaite du couple fusionnel avec des assises assez solides pour avoir traversé presque toute une vie entière en tandem contre vents et marrées.
Vivant depuis toujours à Assiala, la ville qui les avaient vus naître et où ils avaient passé presque toute leur existence, Annabelle et Philipe avaient décidé d'aménager avec leurs enfants à Cahenys, après le cursus élémentaire de Franck et Anaïs. C'était une petite ville située à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale, dans une zone forestière et montagneuse traversée de part en part par un long fleuve que ses affluents rejoignaient dans un impressionnant décor qui offrait une vue panoramique dune beauté incomparable, digne des plus belle images de paysage de carte postale. Le choix de Philipe et Annabelle pour la ville de Cahenys avait été motivé par plusieurs raisons. Le choix du couple avait surtout été motivé principalement non seulement parce que Cahenys offrait un cadre paisible et idéal pour s'éloigner de l'agitation et du stresse qu'était leur quotidien tumultueux à Assiala ; mais aussi parce que cette petite ville abritait le prestigieux établissement d'excellence, la G S E C. Anaïs et Franck avaient en effet passé et réussi les textes d'admission de la G S E C avec brio.
Le grand déménagement de la famille Denao à Cahenys se fît sans véritable heurte. L'installation et la nouvelle vie des membres de la famille dans la petite ville furent grandement facilitée par les actifs financiers du couple. Dans la ville qui finît par devenir le lieux de leur plus grand tourment, ils résidaient à la Cité Prestige, le quartier huppé où vivaient les familles les plus aisées de la ville. Les Denao y menaient une existence paisible, loin de se douter des funestes années qui les attendaient jusqu'au jour où l'infortune sous les traits d'un homme fît irruption dans leurs vies, faisant s'abattre sur la maisonnée Denao toute entière, les affres de la vie, n'épargnant personne, ni Philipe, ni Annabelle, ni la petite Irène, et encore moins Franck et sa sœur alors encore adolescents.