Emprise
img img Emprise img Chapitre 5 Chapitre 05
5
Chapitre 6 Chapitre 06 img
Chapitre 7 Chapitre 07 img
Chapitre 8 Chapitre 08 img
Chapitre 9 Chapitre 09 img
Chapitre 10 Chapitre 10 img
Chapitre 11 Chapitre 11 img
Chapitre 12 Chapitre 12 img
Chapitre 13 Chapitre 13 img
Chapitre 14 Chapitre 14 img
Chapitre 15 Chapitre 15 img
Chapitre 16 Chapitre 16 img
Chapitre 17 Chapitre 17 img
Chapitre 18 Chapitre 18 img
Chapitre 19 Chapitre 19 img
Chapitre 20 Chapitre 20 img
Chapitre 21 Chapitre 21 img
Chapitre 22 Chapitre 22 img
Chapitre 23 Chapitre 23 img
Chapitre 24 Chapitre 24 img
Chapitre 25 Chapitre 25 img
Chapitre 26 Chapitre 26 img
Chapitre 27 Chapitre 27 img
Chapitre 28 Chapitre 28 img
Chapitre 29 Chapitre 29 img
Chapitre 30 Chapitre 30 img
Chapitre 31 Chapitre 31 img
Chapitre 32 Chapitre 32 img
Chapitre 33 Chapitre 33 img
Chapitre 34 Chapitre 34 img
Chapitre 35 Chapitre 35 img
Chapitre 36 Chapitre 36 img
Chapitre 37 Chapitre 37 img
Chapitre 38 Chapitre 38 img
img
  /  1
img

Chapitre 5 Chapitre 05

- Ils n'avaient pas l'air d'enfants de cœur, insiste-t-elle

J'ai un rire ironique.

- C'est le cas de le dire !

Pour lui faire comprendre que la discussion est close, je me déshabille afin de revêtir ma tenue de travail. Jusque-là, j'ai toujours fait attention pour ne pas attirer l'attention sur moi. J'ai menti pour me préserver un passé dont je ne voulais plus. Je me suis créée un rôle, une nouvelle identité.

Mais suis-je encore obligée d'entretenir un tel mensonge ?

- Plus jeune, j'ai fait des choix qui m'ont poussé à fréquenter des gens peu recommandables. Je sais ce que c'est... Alors si tu as besoin de parler, sache que je suis là.

Suspendant mes gestes, je lui fais face. Elle semble sincère.

Pia attend quelques secondes. Je lis la déception dans son regard lorsqu'elle comprend que je ne suis pas prête à m'ouvrir à elle.

- On se voit tout à l'heure, dit-elle en quittant la pièce.

Si elle avait la moindre idée de ce que j'ai fait et enduré, elle me regarderait non pas avec sollicitude, mais horreur et dégoût. Pia ne comprendrait pas. Personne ne peut comprendre.

Je ne peux compter sur personne et c'est seule que je vais devoir subir ce cauchemar. Car même si Pia réussissait à surmonter le dégoût de ma personne, que pourrait-elle faire pour moi ? Contacter la police ? Pour ma tranquillité d'esprit, je préfère ne plus penser à la dernière fois que j'ai cru que la justice conventionnelle pourrait m'aider.

Une fois habillée d'une robe rouge à volants décorée de maracas et de fleurs, je me dépêche de rejoindre mes collègues. Ce soir je suis de service en salle. Avec les autres filles, nous nous répartissons chacune un secteur tandis que le bar se remplit peu à peu. Plus rien d'autre n'occupe mes pensées mis à part les commandes de mes clients. Une fois que le travail m'aura complètement abrutie, je n'aurai plus qu'à rentrer me coucher.

Ma vie n'a plus aucun sens.

Quelques heures plus tard nous sommes toutes rassemblées près du bar lorsque Clarissa s'exclame :

- Dios mio ! Visez un peu le type qui vient d'entrer !

Curieuse, je lève la tête vers l'entrée.

Mon sang se glace d'effroi.

Non !

Kale.

Il est accompagné de l'un des trois hommes qui m'ont amené ici. Contrairement à son habitude, il porte une veste en cuir par-dessus un T-shirt noir et un jean. Accoutré de la sorte, il paraît terriblement jeune. Tout ce qu'il y a de plus normal.

- Il est à tomber ! s'exclame Pia.

Après un bref regard dans notre direction, Kale et son garde se dirigent vers une table qui vient de se libérer. Ils ont pris place dans la section dont Clarissa a la charge.

- Ce grand métis est pour moi ! lance-t-elle aussitôt.

Repoussant ses longs cheveux bouclés, Clarissa vérifie que le décolleté de sa robe met bien en valeur ses seins généreux.

- Avec une poitrine pareille, ce beau gosse et son copain ne feront pas long feu, lance Pia tandis qu'elle s'éloigne.

Trop effrayée pour parler, je détourne le regard lorsque Clarissa se penche de manière suggestive vers Kale. Je prends les verres qui viennent d'être préparés et continue mon service. J'évite soigneusement la zone de Clarissa.

La pièce me paraît soudain petite et j'ai la sensation d'étouffer.

Que vient-il faire ici?

Même habillé comme monsieur tout le monde, il détonne! S'agit-il d'un nouveau jeu ? Cherche-t-il à m'effrayer davantage ? Le connaissant, sa visite n'a rien d'anodin.

Ne regarde pas dans sa direction !

Une fois mes clients servis, je retourne vers le bar et prends les boissons commandées par les suivants.

- Lili, querida ! Tu ne nous as jamais dit que tu étais en couple... Ni que ton homme était aussi canon !

Aussi agaçante qu'elle puisse être, cela me brise le cœur qu'elle puisse m'envier. Car je ne souhaite à personne d'être la cible de Kale.

- Tout le monde a ses petits secrets, je dis en m'efforçant de sourire.

C'est à peine si Clarissa m'entend, occupée à s'extasier sur la beauté de Kale:

- J'ai bien essayé de l'attirer dans mes filets mais il m'a ensuite dit qu'il était là pour toi : beau gosse et fidèle en plus! Non pas que je dise que tu n'en vailles pas la peine... Mais maintenant que je sais que c'est une chasse gardée, je vais me rabattre sur son pote... Il m'a l'air pas mal non plus !

Un vrai moulin à parole !

Soudain, je sens une main caresser mes fesses.

- Hey ma belle, sers-nous une nouvelle tournée !

Il s'agit de Xavier, un habitué du bar. Il a de sales manières mais laisse de bons pourboires. Il tente de m'attirer sur ses genoux, un sourire suggestif sur les lèvres. Je me dégage de ses grosses pattes et lui lance le regard mauvais.

- Touche-moi encore une fois et je demanderai à Alejandro de te foutre dehors ! je m'écrie en désignant notre vigile qui se tient près de l'entrée, occupé à lorgner sur Pia.

- Allez ma belle, ne fais pas ta difficile! Je t'ai vu rouler ton joli petit cul tout autour de notre table pour attirer mon attention !

Ses copains de beuverie lâchent des rires gras en l'encourageant en espagnol à « me mater ». Leurs expressions sont si grossières, que j'en ai les oreilles qui bourdonnent.

- Xavier arrête tes conneries! lance Clarissa.

- Toi reste en dehors de ça, personne ne t'a sonné ! beugle Xavier.

Durant une folle seconde, je me vois l'assommer à l'aide du plateau en acier que je tiens.

Le type pose une nouvelle fois sa main sur mes fesses.

- Aller ma beauté... Depuis le temps tu sais combien je t'apprécie ! Que dirais-tu de me retrouver après ton service, hum? Que je te montre ce dont un homme, un vrai, est capable ?

Ses copains rient de plus belle.

- Lâche-moi, espèce de porc!

Une seconde plus tard, José apparaît comme par magie entre une Clarissa rouge de colère et moi.

- ¿ Que passa ? lance-t-il d'un ton froid.

Aussitôt, Xavier me lâche.

- Nada, José... Je voulais juste causer avec la petite.

Le salaud!

- Eh bien cause avec ta bouche et non tes mains ! Les filles qui travaillent à La Chiquita ne sont pas des putas! Si tu ne l'as toujours pas compris, tu n'es plus le bienvenu ici.

Araceli s'effondre à mes pieds telle une poupée de chiffon. Mon cœur en fait un bond monstrueux et je me lève aussitôt. Je ne suis pas le seul à me pencher au-dessus d'elle : l'homme qui nous a interrompus en fait de même.

- Ne la touchez pas ! je m'écrie lorsqu'il tend la main vers elle.

Je prends Araceli dans mes bras sans plus d'égard pour la foule rassemblée autour de nous.

Elle est si légère !

L'homme se redresse sans me quitter des yeux. C'est à croire qu'il projette de m'arracher Araceli.

Son insolence m'énerve au plus haut point.

- Il faut appeler les secours ! lance une femme à la peau mate habillée de la même robe qu'Araceli.

- Je m'en occupe, je réponds.

- Elle a perdu connaissance, c'est peut-être grave ! insiste la serveuse.

C'est alors que ma femme remue dans mes bras. Elle gémit faiblement en levant la main vers son visage.

Je la sers un peu plus fort.

- Qu'est-ce que...

- Ça va aller, mon amour... Je suis là. Dis à David d'avancer la voiture, j'ordonne à mon garde.

- Bien monsieur.

- Araceli, est-ce que ça va ? lance la femme en s'approchant.

- Pia...

Je me retiens de grogner lorsque la serveuse pose la main sur l'épaule d'Araceli.

- Tu as perdu connaissance. Ça n'a pas duré longtemps, mais tu as violemment heurté le sol, continue la femme. Il faut que l'on t'emmène à l'hôpital afin de s'assurer que tu n'as rien de cassé.

J'interviens avant qu'Araceli n'ait pu dire quoi que ce soit :

- Ce ne sera pas nécessaire, je vais m'occuper d'elle.

La femme me lance un regard farouche avant de s'adresser de nouveau à ma femme comme si je n'existais pas.

- A quand remonte ton dernier repas ?

Araceli fronce les sourcils, puis secoue faiblement la tête.

- Bon, ça suffit maintenant. Je la ramène à la maison. Et si elle a besoin de voir un médecin je m'en chargerai, je lance d'un ton catégorique.

La femme me scrute longuement.

- Je vais chercher ses affaires, dit-elle ensuite.

En attendant son retour, je me rapproche de la sortie. Il me tarde de quitter cet endroit infecte. Afin de ne pas éveiller les soupçons, je suis obligé de prendre mon mal en patience... Araceli se tient immobile dans mes bras. C'est à peine si elle ose respirer. Je l'embrasse sur le front et me met à la bercer doucement.

- Ça va aller. Je suis là.

La femme revient avec les affaires d'Araceli qu'elle me tend.

- Prenez soin d'elle.

- Comment pourrait-il en être autrement ? Araceli est ma femme, je réplique.

Ses yeux s'agrandissent de surprise. Son regard passe d'Araceli à moi. Je quitte le bar avant qu'elle ne me pose davantage de questions.

Ce n'est pas de cette manière que j'avais prévu la soirée mais peu m'importe puisque le résultat est le même : Araceli repart avec moi. Plus jamais elle ne remettra les pieds dans un endroit pareil.

- Tu peux me reposer... Je vais marcher, dit-elle d'une petite voix.

- Pour que tu t'effondres à nouveau ? Hors de question !

Araceli se recroqueville. Furieux, je poursuis sur ma lancée :

- Ne rien manger de la journée puis travailler comme une chienne était vraiment stupide de ta part !

- Pardon...

- « Pardon » ?! Tu penses que ce sont tes excuses qui vont m'empêcher de m'inquiéter pour toi ? Pourquoi ai-je l'impression d'être le seul à me préoccuper de ta santé ?

David ouvre la portière dès qu'il me voit approcher. Je pose Araceli avec douceur sur la banquette arrière puis prends place à ses côtés.

- Attendez à l'extérieur, je dis à mes hommes.

- Bien, Monsieur.

Une fois la portière fermée, j'attire Araceli dans mes bras.

- Tu m'as fait une de ces peurs ! Comment as-tu pu te laisser aller de la sorte ?

Les cernes sous ses yeux ne m'échappent pas.

- Pourquoi n'as-tu rien mangé ?

- Je n'avais pas faim.

Je soupire.

- Il en est fini de ce genre de comportement : je te ramène à la maison.

Elle se raidit aussitôt.

- Tu m'as dit hier que nous ne repartions que dans deux jours !

Je la fixe longuement. Son visage exprime un profond désarroi. A cet instant je ne sais pas si je dois l'étrangler, ou l'embrasser à en perdre haleine. Je penche pour une troisième option :

- Je t'ai menti. Je n'ai jamais eu l'intention d'attendre aussi longtemps. Je rentre en Californie à la fin de la semaine et tu passeras le reste de mon séjour à Chicago à mes côtés.

Son visage se décompose. Araceli tente de me repousser mais vu son état, c'est à peine si elle réussit à me faire lâcher prise.

- Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu menti ?

J'attrape alors son visage et la rapproche de moi jusqu'à ce que nos nez se frôlent.

- As-tu la moindre idée de ce que j'ai enduré ces deux dernières années par ta faute ? L'angoisse, la colère, la douleur de réaliser que tu n'as pas hésité à me quitter ?! Maintenant que je t'ai retrouvé, mets-toi bien en tête que jamais je ne te laisserai partir !

Je ressers ma prise sur son menton, ce qui la fait grimacer.

- Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Mais même cet amour ne tempère en rien ma rage. Tu t'insurges parce que je t'ai menti ? Chérie, tu n'as encore rien vu !

C'est alors qu'Araceli me crache dessus.

Je sursaute tandis que sa salive coule entre mes yeux.

Elle ne manque décidément pas de cran !

En souriant, je la relâche tout en m'essuyant du revers de ma veste. Je frappe contre la vitre de la portière, donnant le signal à mes hommes de remonter.

- Rentrons.

Araceli se réfugie le plus loin possible de moi.

Je décide de la laisser tranquille. Du moins jusqu'à ce que l'on arrive à l'hôtel où je réside.

Maintenant qu'elle est de nouveau à mes côtés, je compte bien prendre mon temps.

Je tiens à ce que les choses se passent différemment cette fois. Seuls les imbéciles n'apprennent pas de leurs erreurs. Si elle a réussi à m'échapper la dernière fois, c'est parce que j'ai laissé d'autres personnes que moi assurer sa sécurité. Ces incapables l'ont payé de leurs vies. Un geste que je ne regrette pas, car il a servi d'exemple à tous ceux qui travaillent pour moi.

Je ferais n'importe quoi pour Araceli. Personne ne me convient aussi bien qu'elle. Notre rencontre restera à jamais gravée dans ma mémoire. Je l'ai aimé dès la première seconde : nous nous sommes rencontrés dans la salle commune de ma fraternité universitaire il y a six ans.

Entouré de mes amis, je vis passer la plus belle des femmes. Elle était solaire ! Je me levai avant même de n'avoir pris conscience, hypnotisé par sa présence. Araceli était en pleine conversation téléphonique, si bien qu'elle ne vit pas le type qui venait dans le sens inverse. Le bougre la percuta de plein fouet. Juchée sur ses talons aiguilles, elle perdit l'équilibre. Je n'eus qu'à tendre les bras pour la rattraper. Passé la surprise, nous pûmes faire connaissance. Au fil de la conservation, je me rendis compte que je ne lui étais pas indifférent. Poussé par cette certitude, je lui proposai de dîner en ma compagnie le soir-même.

Ce jour-là Araceli devait interviewer le capitaine de l'équipe de basket. A l'époque, je ne la connaissais que de réputation : elle signait les meilleures articles du journal universitaire et beaucoup voyait en elle la candidate idéale au poste de rédactrice en chef. Ils ne se trompèrent pas : moins d'un an plus tard, Araceli devint non seulement la première afro-américaine rédactrice en chef du UCLA* journal, mais aussi la plus jeune à seulement vingt-et-un ans. Ce que j'ai pu être fière d'elle ! Pour fêter sa promotion, je l'ai emmené à Paris. Nous y avons passé une semaine mémorable.

L'arrêt du véhicule me tire de mes pensées. David se gare dans le parking souterrain, puis vient m'ouvrir la porte. Il évite soigneusement mon regard.

Son visage tuméfié est un rappel de ce qu'il en coûte de faire du mal à ma femme.

Faisant le tour du véhicule, j'ouvre la porte à Araceli qui n'a pas bougé d'un pouce. Le regard rivé sur le dossier du siège devant elle, elle ne réagit pas lorsque je l'appelle.

Suis-je donc si insignifiant qu'elle ose m'ignorer ?

Je la prends sans prévenir dans mes bras. Elle lâche un cri surpris.

- Lâche-moi !

On dirait un animal blessé pris au piège. La voir se débattre a quelque chose de fascinant. Rien de ce qu'elle pourra dire ou faire ne me fera changer d'avis sur ce que j'ai en tête.

- Je ne te laisse pas le choix. Et si tu refuses de coopérer, je n'hésiterai pas à te traîner jusqu'à ma chambre par les cheveux s'il le faut. Ne m'oblige pas être méchant !

Araceli ne dit plus rien jusqu'à l'ascenseur. Une fois dans l'habitacle, je la sens se raidir. Alors pour la rassurer, je l'embrasse sur la tempe.

Araceli n'aime pas les ascenseurs. Lorsqu'elle avait six ans, elle s'est retrouvée bloquée dans l'un de ces engins après avoir perdu sa mère dans un centre commercial. Depuis elle ne les emprunte que si elle n'a pas le choix. J'ai découvert cette phobie un peu par hasard, lors d'un incident qui s'est produit quelques semaines après que nous ayons commencé à nous fréquenter.

- Courage ma belle, je murmure contre son oreille.

L'ascenseur nous conduit jusqu'à mes appartements. Mes gardes nous précèdent dans le vestibule.

- Appelez le service de l'hôtel et demandez-leur de monter un repas pour deux. Quelque chose de copieux.

- A vos ordres.

- Ensuite, demandez-leur de trouver un médecin pour examiner ma femme.

Sur ces mots, je traverse ma chambre puis nous enferme dans la salle de bain.

Une fois seuls, je la pose délicatement. Araceli chancelle encore mais tient debout.

- Lâche ça, je dis en désignant son sac qu'elle serre contre sa poitrine.

Il s'écoule plusieurs secondes sans qu'elle ne bouge. La tension plane entre nous, plus forte que jamais.

Il serait tellement facile de lui arracher ce maudit sac, puis ses vêtements !

- Tu comptes me compliquer la tâche toute la soirée ? je lance impatient.

Elle s'exécute avec lenteur. Son regard parcours rapidement la pièce dans laquelle nous nous trouvons, avant de venir fixer un point sur mon torse.

- Maintenant déshabille-toi.

Araceli sursaute.

- Je...

- Je ne suis pas d'humeur à entendre tes protestations, fais ce que je te demande !

Elle commence par retirer ses chaussures puis me tournant le dos, elle tire sur la fermeture éclair de sa robe qui atterrit à ses pieds. Araceli se tient devant le lavabo. Le miroir me renvoie le reflet son regard sombre habité par la peur.

- Tes sous-vêtements aussi.

- Kale, je t'en prie...

- Ne me fais pas répéter.

Une larme roule sur sa joue avant qu'elle se penche pour retirer sa culotte toute simple. Puis c'est au autour de son soutien-gorge. Une fois nue, elle croise les bras contre sa poitrine et évite de me regarder dans la glace.

Malgré sa fragilité apparente, son corps a conservé toute sa grâce. Sa taille fine fait suite à des hanches épanouies et des fesses rebondies. Sur le miroir, je peux voir sa féminité qu'elle tente de cacher tant bien que mal en croisant les jambes. Ses côtés sont saillantes sous sa peau dont la teinte brune me fait penser à du miel.

Mon corps réagit au quart de tour face à la vision qu'elle offre. Je me vois la pencher vers l'avant et la prendre violemment contre le lavabo. La seule chose qui me retient est de savoir qu'elle est encore faible. Avec un soupire de frustration, je pose les mains sur ses épaules. Araceli se fige aussitôt.

- Ça m'énerve de te voir sursauter à chaque fois que je pose les mains sur toi.

- Ton contact me répugne.

J'éclate de rire.

Vais-je avoir droit à une dispute ?

- Tu es ma femme, ça ne devrait pas être le cas.

- Cette union n'a aucun sens, lâche-t-elle d'une petite voix. Tu n'es pas mon mari !

Furieux, je la penche brutalement vers l'avant. Si bien qu'elle se retrouve face contre le meuble du lavabo.

- Décidément tu ne peux pas t'en empêcher, hein ?

Elle a beau s'aider de ses mains pour ne pas avoir le nez écrasé contre la surface en marbre, il me suffit d'une simple pression pour lui faire comprendre qu'elle n'a pas intérêt à bouger.

- Tu. Es. Ma. Femme !

- Non !

- Pour toi, il ne s'agissait que d'une répétition de notre véritable mariage mais j'ai confié les papiers que tu as signé ce jour-là à mon avocat. Ce qui veut dire que nous sommes légalement mari et femme ! Je t'interdis de revenir là-dessus.

- C'était pour s'amuser... Nous avions beaucoup bu... Aucun de nous n'avait les idées claires lorsque tu m'as fait signer cette maudite feuille !

Si l'incident qui a conduit à toute ce bazar n'avait pas eu lieu, Araceli et moi aurions une toute autre vie. Deux mois avant notre mariage, elle m'a confié son inquiétude à propos de notre union. J'ai eu l'idée d'organiser un séjour en pleine nature avec nos plus proches amis afin de l'aider à y voir plus clair. Je tenais à la rassurer quant à la vie qui l'attendait à mes côtés. Ça a marché puisqu'un soir, elle a proposé de célébrer notre union sur le champ :

« Ce mariage n'engage que nous ! Peu importe que nous prononcions nos vœux devant ce feu de cheminé ou face aux cinq cents personnes que ta mère tient absolument à inviter ! »

Et c'est exactement ce que nous avons fait. A l'époque je ne savais pas que sa meilleure amie tenterait à nous séparer. Repenser à ce que Bliss Ramirez m'a dit ne fait qu'attiser ma colère :

« Tu es un monstre dénué de toute humanité ! Je le vois à présent. Et bientôt Araceli le verra aussi ! Les gens comme toi devraient être enfermés ! Je ferai tout mon possible pour que l'éloigner de toi ! »

Au nom de l'amour que je porte à ma femme, j'ai dû ôter Bliss de mon chemin. Elle ne m'a pas laissé le choix ! Même après avoir reçu une balle en pleine tête, cette garce n'en est pas morte !

Araceli gémit de douleur tandis que je raffermis ma prise sur son cou.

- Tu as choisi de prononcer ces vœux, je martèle. Personne ne t'y a forcé ! Tu as promis de m'aimer pour le meilleur comme le pire. De toujours être à mes côtés... De me chérir de tout ton cœur. Mais il a suffi d'une épreuve pour que tu m'abandonnes lâchement !

- Tu as tué Diego... Tu as laissé Bliss pour morte ! crie-t-elle. Comment pourrais-je aimer quelqu'un comme toi ?

Elle me fusille du regard.

- Aux dernières nouvelles, il me semble que ton amie soit toujours en vie ! Si j'avais vraiment voulu sa mort, crois-moi qu'elle ne ferait plus partie de ce monde. Tu t'es enfouie sans me laisser une chance de m'expliquer. Ce que tu as vu ce soir-là n'a rien à avoir avec ce que tu t'évertues à penser de moi !

- Tu es un assassin... N'importe qui à ma place aurait pris ses jambes à son cou ! Tu leur a tiré dessus de sang froid !

Je hais son attitude ! J'ai du mal à comprendre comment après tout ce que j'ai fait pour elle, Araceli ose me parler de cette façon.

- Tu n'es qu'une sale petite ingrate, doublée d'une menteuse !

Il serait tellement facile de lui briser la nuque ! J'enfonce mon pouce dans sa gorge, lui coupant la respiration. Araceli ouvre brusquement la bouche. Je relâche aussitôt la pression.

Je me mets à lui caresser les cheveux, puis défais ses tresses. Elle ferme les yeux, tandis que ses larmes laissent des sillons sur ses joues.

- Regarde ce que tu m'obliges à faire ! Je ne cherche qu'à t'aider mais tu passes ton temps à me repousser.

- Pourquoi tu ne me tues pas ? Pourquoi ne pas en finir une bonne fois pour toute ?

Je cille.

Comment peut-elle dire ça ? Je l'aide à se redresser puis l'oblige à me faire face.

- Je te l'ai déjà dit, mon amour : je ne renoncerai pas à toi.

°°°

UCLA (University of California, Los Angeles) est le plus grand campus de l'université publique de l'Etat de la Californie. Il est réputé mondialement dans le domaine de l'éducation et de la recherche. Le campus se situe dans le quartier de Westwood, voisins des célèbres quartiers de Bel-Air et Beverly Hills.

                         

COPYRIGHT(©) 2022