Emprise
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Chapitre 4 Chapitre 04

Mon seul trésor.

Victor.

Les larmes coulent en silence.

La clé dans la main, je retourne dans la minuscule salle de bain et ferme le robinet puis me glisse dans la baignoire. L'eau est brûlante. La tête penchée en arrière, je me laisse aller. Une fois immergée, l'eau me coupe du monde. Je n'entends rien d'autre que les battements de mon cœur.

La seule preuve que je suis toujours en vie.

J'ai fait tellement d'erreurs ! Pris tant de mauvaises décisions qui m'ont conduites à cet instant ! Je donnerais n'importe quoi pour réécrire l'histoire de ma vie. N'importe quoi.

Mon Dieu, j'espère que Bliss ne se souvient de rien. J'espère qu'elle a oublié cette nuit...

Elle a échappé à la mort une fois. Je ferai tout mon possible pour la protéger. Même si ça signifie rester sous l'emprise de Kale. Je le lui dois. Surtout après la manière dont je l'ai lâchement abandonnée. J'aurais dû me battre pour elle.

A bout de souffle, je refais surface.

Je fixe mon plafond piqué de tâches d'humidité comme s'il pouvait m'apporter la solution à mes problèmes.

Pourquoi suis-je là à perdre mon temps ?

La partie est terminée : Kale a gagné. Tout ce qu'il me reste à faire, c'est attendre qu'il vienne me chercher. Je n'ai pas d'autres choix. Voilà pourquoi il est aussi dangereux : il n'a même pas besoin d'être présent pour que je lui obéisse !

Avant de le connaître, j'avais tout. J'étais une jeune femme indépendante, sûre de moi et dont l'avenir semblait tout tracé. J'étais très ambitieuse, j'avais la soif d'apprendre, d'essayer de nouvelles choses... Je rêvais de parcourir le monde !

Kale a été ma boîte de Pandore. Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais lorsque je l'ai rencontré. Je n'avais que vingt ans ! J'ai été submergée par le fait qu'un homme comme lui -beau, ridiculement riche, aimé de tous s'intéresse à moi. J'ai fait l'erreur de voir en lui un moyen d'atteindre les objectifs que je m'étais fixés. Oui, fréquenter Kale m'a bien apporté quelque chose. Mais pas ce que j'espérais : il est le diable en personne.

J'en suis encore à souhaiter qu'il finisse par se lasser de moi et mette ainsi fin à mon calvaire. Peut-être me tuera-t-il de ses propres mains ? Kale est du genre à achever lui-même ses proies : je le sais parce que je l'ai déjà vu faire. Peut-être qu'il m'étranglera ? Il l'a fait un bon nombre de fois mais peut-être qu'un jour il ira jusqu'au bout et finira par me tuer. De sorte que je trouve enfin la paix...

**

C'est trop ! La douleur menace de bousiller ma raison...

Plus d'une fois j'ai dû changer de direction : ils se sont séparés pour m'acculer. Ce n'est plus qu'une question de minutes avant qu'ils ne me tombent dessus.

Soudain, je revois le corps sans vie de mon amie. Bliss...

« Cours Araceli ! Enfuis-toi ! »

Ces mots sont les derniers qu'elle a prononcé avant d'être abattu comme un animal. La violence de cette vision est un électrochoc : non ! Je ne peux pas me faire attraper. Non, non, non !

Mon Dieu, je ne veux pas mourir !

Bliss...

Je n'ai rien fait pour la sauver... Je n'ai rien fait pour lui venir en aide... Quand il a sorti son arme, j'ai été incapable du moindre geste. Si seulement j'avais fait quelque chose. Si seulement j'avais eu le courage d'agir... Aurait-il tiré sur ma Bliss ?

Peut-être que les choses se seraient passées différemment... Non, décidément je ne peux pas mourir dans cet endroit : il faut que le monde sache ce qui s'est passé... Il faut que les gens apprennent la vérité !

La mort de ma meilleure amie ne restera pas impunie.

Mes larmes coulent en silence. Je dois m'en sortir. Pour Bliss. Pour Diego aussi. Kale doit payer pour ce qu'il leur a fait. Toute cette violence ! Je jure sur ma vie de venger la mort de Bliss et de Diego. Je le jure sur ma vie ! Je le jure sur ce que j'ai de plus précieux au monde ! Je... Tombe.

Là où aurait dû se trouver le sol humide jonché de branches et de feuilles mortes, mon pied ne rencontre du vide. Je n'ai même pas le temps de crier que la pesanteur attire mon corps comme une masse. Le choc violent qui s'en suit me coupe le souffle, mon corps heurte violemment le sol. J'ai le réflexe de ramener contre ma poitrine la main qui tient mon portable : je ne peux pas me permettre de le perdre.

Je me relève tant bien que mal... Mes jambes me supportent à peine mais je n'ai rien de cassé.

Au moment où je m'apprête à reprendre ma course, je suis violemment tirée en arrière et me retrouve plaquée dans la boue. Paniquée, je donne des coups de pieds et essaie de mordre mon assaillant. M'auraient-ils déjà rattrapé ? Vais-je mourir ce soir ?

Plus je m'agite, plus l'homme pèse de tout son poids : il m'écrase sans ménagement contre la vase glacée. Dans un élan de désespoir, je remonte mon genou et vise son entrejambe. J'atteins ma cible mais c'est à peine s'il bouge ! Il se contente de grogner. Il pose sa main gantée contre ma bouche. Il est tellement fort que mes tentatives pour lui échapper semblent ridicules.

C'est alors que j'entends les voix des autres. Oh non! S'ils se retrouvent tous ici, je suis foutue ! Qu'est-ce que je peux faire ?

Je ne peux ni crier, ni bouger. J'ai l'impression d'avoir un tronc d'arbre sur la poitrine, je n'arrive même plus à respirer !

Oh Mon Dieu ne m'abandonnez pas...

Soudain une vive lumière m'éblouit quelques secondes. L'homme au-dessus de moi vient d'allumer une lampe torche et le place entre nous de façon à ce que je vois son visage. Mais tout ce que je distingue, ces sont ses yeux froids surmontés d'épais sourcils : le reste de son visage est mangé par une barbe dont le noir se confond avec ses vêtements. Je ne le reconnais pas...

Il n'était pas avec les hommes de Kale mais rien ne les aurait empêché d'appeler des renforts pour me traquer.

**

J'ouvre péniblement les yeux.

Où est-ce que je me trouve ?

Ah oui... Ma salle de bain. L'eau est glacée. Combien de temps ai-je dormi ? Je me redresse péniblement, puis sors de la baignoire.

Cette fois je me dirige vers le miroir. Malgré mon dégoût, je m'efforce de regarder dans les yeux la femme qui me fait face : des grands yeux rouges et gonflés, ma peau sombre a pris une teinte grisâtre.

Avant j'étais considérée comme jolie. Belle même. Mais je n'ai plus rien de cette femme qui adorait être complimentée sur son physique. A cause de tout le poids que j'ai perdu, j'ai l'impression de n'être plus qu'un sac d'os. Mes cheveux gorgés d'eaux se retrouvent plaqués sur mon crâne et descendent jusqu'à mes seins.

« Tu es superbe ! Tourne-toi, que je puisse te regarder de plus près... Splendide ! Tu es si belle Araceli... T'ai-je déjà dit combien j'aime ta peau ? C'est croire que les rayons du Soleil ont été emprisonnés en toi... Oh, Araceli... Ma belle et douce Lili... »

Dégoûtée, je détourne le regard. Je retourne dans la baignoire et cette fois, je me frotte au savon jusqu'à m'écorcher. Une fois propre, j'enfile une simple culotte et un T-shirt. Malgré mon état d'esprit, mon corps lui a faim. D'ailleurs, il me le fait savoir en grognant furieusement. Mon petit frigo est presque vide. Je sors tout ce qui me tombe sous la main : jus de fruits, charcuterie et fromage. Je me confectionne rapidement un sandwich qui me dégoûte à la première bouchée.

Dépitée, je repousse l'assiette loin de moi. Je lève les yeux sur l'horloge accrochée au mur : il est un peu plus de quinze heures. Dois-je me rendre au travail ?

Je ne peux pas rester ici la peur au ventre : j'en deviendrais folle. Au moins à La Chiquita, je serai occupée...

Oui, je vais me rendre au travail.

Et si ça déplaisait à Kale ?

Il n'est pas là, bon sang ! De plus, il ne m'a laissé aucune instruction sur ce que je dois faire durant ces deux jours. J'allume ma télé et mets l'émission la plus stupide sur laquelle je tombe : ça m'aidera à tenir les trois heures prochaines heures avant le début de mon servir au bar.

Il est dix-sept heures trente lorsque je quitte enfin mon canapé. Je fais une rapide toilette, puis me prépare pour le travail. Je me maquille un peu plus que d'habitude : mes lèvres sont encore tuméfiées et mes cernes battent tous les records. Satisfaite du résultat, je rassemble mes cheveux en deux nattes que j'épingle à l'arrière de ma tête.

Il me faut plusieurs secondes pour me convaincre de regarder franchement mon reflet.

C'est trop dur...

Avant de quitter mon appartement, je glisse la clé que j'ai récupéré dans la poche de mon manteau.

Un dernier regard à mon appartement, puis je ferme la porte.

Hors de l'immeuble, je remarque immédiatement la voiture garée en face. C'est la même que hier : un luxueux 4*4 aux vitres teintées qui détonne dans ce quartier populaire du Sud de Chicago.

Mon sang se glace d'effroi.

Incapable de bouger, je serre mon sac contre moi. Un homme descend du véhicule. Je reconnais le chauffeur d'hier, David. Il est encore plus impressionnant de jour. Il porte un costume dont le col de la chemise blanche contraste avec sa peau noire. Tandis qu'il se rapproche de moi, je remarque le gros pansement qu'il a sur son nez ainsi que son œil au beurre noir. Malgré son teint caramel, difficile de manquer les marques violacés sur son visage.

Que lui est-il arrivé ?

- Où allez-vous ? lance-t-il d'un ton hargneux.

- Je... Je me rends au travail, je réponds d'une petite voix.

Il me regarde de haute en bas puis hoche la tête.

- Suivez-moi.

- Je vais prendre le bus...

Il me regarde par-dessus son épaule d'un air mauvais.

- Monsieur Richardson nous a donné l'ordre de vous escorter partout où vous comptez vous rendre. Alors suivez-moi sans faire d'histoire mademoiselle Grant.

Je frémis.

Ai-je vraiment le choix ? Je lui emboîte donc le pas sans un mot. Dans le véhicule, je retrouve les deux autres types d'hier. Mais aucune trace de Kale. Je soupire de soulagement. Je ne suis pas prête à l'affronter.

Il règne dans l'habitacle un silence de mort. J'ose à peine bouger. Le chauffeur -David- est seul à l'avant tandis que je suis flanquée des deux autres gardes à l'arrière. A chaque fois que je lève la tête, je croise son regard hargneux dans le rétroviseur.

Cet homme me déteste.

Mal à l'aise, je finis par garder les yeux rivés sur mes pieds.

Lorsque j'ai commencé à fréquenter Kale, je trouvais sexy qu'il ait des gardes du corps. Naïvement je pensais que c'était dû à la notoriété de sa famille. Maintenant que je connais leur véritable fonction, je vois ces hommes pour ce qu'ils sont : des assassins. Ils seraient capables des pires atrocités si Kale le leur ordonnait. Face à leur brutalité, je n'ai aucune chance, ils me maîtriseraient facilement au moindre signe de rébellion.

La voiture finit par s'arrêter devant La Chiquita. Quelques serveuses fument devant le bar. Pour la première fois de la journée, je suis soulagée de retrouver des visages familiers. Il me tarde de les rejoindre.

Le gorille sur ma gauche descend du véhicule puis me tient la portière.

- Qu'est-ce ce que tu attends ? aboie-t-il à mon intention.

Je ne me fais pas prier et quitte le véhicule. Je suis sur le point de me précipiter vers le bar, lorsque quelqu'un me retient par le bras. Je découvre avec horreur qu'il s'agit de David.

- Pas si vite !

- Vous me faites mal...

Il retient mon bras d'une poigne de fer. Je ne doute pas un seul instant qu'il pourrait me déboîter l'épaule d'une simple pression. Il m'examine de haut en bas, une lueur désapprobatrice dans le regard.

- Je ne comprends pas ce qu'il te trouve, dit-il enfin.

- Lâchez-moi ! je m'écrie en lançant un regard paniqué aux deux autres restés en retrait, puis à mes collègues devant le bar.

Elles nous observent avec curiosité, mais aucune ne fait mine de me venir en aide.

- Lâchez-moi ou je crie !

- Tu n'es qu'une sale traînée ! C'est à cause de toi qu'il m'a fait ça ! crache David en indiquant son visage.

Je cesse de gesticuler.

- Quoi ?

- Ne joue pas à la conne, tu as parfaitement compris ce que je viens de dire !

- Ne me parlez pas sur ce ton !

Il me secoue si violemment que j'en ai les dents qui s'entrechoquent.

- Ah oui ?

- Je... Je n'ai pas peur de vous !

C'est complètement faux, je suis morte de trouille à cet instant. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va finir par crever ma poitrine.

- Le jour-où il se lassera de toi, sache que je serai là pour me venger sale garce !

- David ça suffit ! lance l'un des deux autres gorilles.

Après un dernier regard d'avertissement, il finit par me lâcher. Ils remontent tous les trois dans le véhicule.

Autour de moi les passants affluent comme si de rien n'était. Dans cette partie de la ville les gens ont tendance à détourner le regard quand quelqu'un se fait agresser. Si son coéquipier ne l'avait pas repris, qui sait ce que David aurait pu me faire ? J'ai lu une telle violence dans son regard !

Comptant jusqu'à dix, je finis par entrer dans le bar en ignorant délibérément les serveuses qui m'interpellent. La salle principale est plongée dans la pénombre. Le bar ouvrira ses portes au public dans moins de deux heures. Pour l'instant je n'y trouve que des collègues.

Tête baissée, je me dirige vers les vestiaires.

- Lili ! lance José.

Je me fige à mi-chemin entre la porte de service et le bar.

- Je peux savoir pourquoi tu n'arrives que maintenant ? enchaîne mon patron d'un ton sévère.

- De quoi parles-tu ?

Le teint olivâtre, José est un homme de taille moyenne dont les yeux ambrés brillent de colère tandis qu'il s'arrête à ma hauteur. Il croise ses bras aux muscles noueux contre sa poitrine.

- Tu es en retard !

- Le service ne débute pas avant une bonne heure au moins.

- Tu étais censée aider à faire l'inventaire.

Avec tout ce qui tout ce que je traverse, ce stupide inventaire est bien le cadet de mes soucis ! Interprétant mal mon silence, il continue sur sa lancée :

- Je t'aurais bien appelée mais sa majesté n'a même pas de téléphone !

- Il s'est cassé la semaine dernière...

Vivre dans l'anonymat signifie que je ne peux pas me permettre de posséder un téléphone portable. Je suis au fait de la facilité avec laquelle un portable peut être piraté. D'ailleurs j'évite de me rendre dans les lieux publics et lorsque je marche dans la rue, c'est toujours tête baissée. Enfin, je devrais parler au passé : ces efforts destinés à me rendre invisible n'ont servi à rien.

- Tu m'écoutes ?! s'impatiente José.

- Désolée...

José me fixe à un point que ça en devient gênant.

- Ça va ? dit-il après un bref silence.

- Oui, oui !

Il fronce les sourcils.

- Tu en es sûre ?

- Pourquoi cette question ? je réplique sur la défensive. Si je te dis que ça va c'est que ça va !

D'instinct je serre mon sac contre ma poitrine. Mon geste ne semble pas lui échapper : il secoue la tête.

- Tu m'as l'air à deux doigts de t'effondrer... Dors-tu assez ? Et tu me sembles plus mince que d'habitude.

- Je vais bien !

Il soupire.

- J'ai comme l'impression qu'il y a plus que cette histoire d'inventaire oublié, insiste-t-il.

Je m'efforce de détendre mes bras et finis même par me tenir droite.

- Il est vrai que j'ai eu une mauvaise nuit et je suis désolée d'avoir oublié l'inventaire... Ça ne se reproduira plus, je dis.

- Tu fais partie des filles qui demandent à faire les heures sup' et qui ne rechignent jamais à la tâche... Mais si ça commence à faire trop pour toi, il faut me le dire. Je n'aimerais pas que les inspecteurs du travail ne me tombent dessus.

La moitié des employés de José n'ont pas la nationalité américaine, encore moins le droit de travailler sur le sol américain... Voilà pourquoi il nous rappelle souvent de rester vigilants : le bar a déjà connu quelques passages inopinés des services de l'immigration.

- Je vais bien José. Je te l'assure !

- OK. Dans ce cas, va te changer et aide les autres à préparer la salle.

Sans attendre de réponse de ma part, il tourne les talons.

Une fois dans les vestiaires, je me laisse tomber sur une vieille chaise en bois, la tête entre les genoux.

Bon sang, qu'est-ce que je fous ici ?

Pourquoi ne me suis-je pas enfuie hier ? Pourquoi n'ai-je pas cherché un moyen de quitter la ville ? Si tôt que j'ai repris connaissance ce matin, c'est ce que j'aurais dû faire ! Quitter Chicago et tout recommencer ailleurs. Dans une autre ville. Un autre Etat. Peut-être même rentrer à Houston, revoir Bliss et...

Non, je ne peux pas faire ça ! Kale me retrouvera. Il me retrouvera et me punira pour lui avoir échappé à nouveau. Je n'aurais pas fait deux pas dans la rue que ses hommes me rattraperont ! Ils sont là, garés en face du bar à me surveiller...

Peut-être que si je passais par la porte de service pour... Non. Je ne peux pas faire ça.

Mes chaînes sont invisibles mais elles n'en sont pas moins réelles. Croire que je pourrais m'en sortir cette fois serait une grave erreur.

Mais ma place n'est pas ici... J'aurais dû être à la maison aux côtés de Bliss ! J'aurais dû être le premier visage qu'elle aurait vu en se réveillant. Il ne s'est pas passé un jour ces quatre dernières années sans que je ne regrette ce qui s'est passé. Je donnerais ma vie ne serait-ce que pour la revoir.

Elle me manque tellement...

Je n'ai même plus la force de retenir mes larmes... Mon Dieu, toutes les horreurs qu'elle va entendre à mon sujet ! Que va-t-elle penser de mon absence ? Bliss est la seule autre personne au courant de ce qui s'est réellement passé. Va-t-elle penser que je l'ai abandonnée ? J'en viens à souhaiter qu'elle ne se souvienne de rien, que ces quatre années de coma aient effacé le cauchemar de sa mémoire.

Pourquoi suis-je incapable de m'arrêter de pleurer ? Je n'ai pas le droit de m'apitoyer sur mon sort. Malgré la peur qui me laboure les tripes, malgré la culpabilité qui m'enserre la gorge, une part de moi n'accepte pas ce qui m'arrive. Une part de moi trouve injuste que je ne sois pas à cet instant auprès de ma meilleure amie...

« Je t'interdis de reprendre contact avec Bliss ou sa famille... Tu ne rentreras pas au Texas sans mon accord. »

Kale m'a déjà prouvé qu'il était capable du pire envers Bliss. Je ne peux pas la mettre en danger une seconde fois. Je ne me le pardonnerais jamais.

- Lili, est-ce que ça va ?

Je sursaute violemment lorsqu'une main se pose sur mon épaule.

Il s'agit de Pia. Elle était des ceux qui fumaient devant le bar quand je suis arrivée. Comme moi, ses cheveux noirs sont coiffés de deux tresses qu'elle a ramené au sommet de sa tête à l'aide d'une couronne de fleurs. Ses yeux marrons me scrutent avec attention.

- Ça va, je réponds en essuyant mes larmes.

- Tu en es sûre ?

- Ouais... J'ai eu une rude journée voilà tout.

Je me lève, elle m'imite en fronçant les sourcils.

- Est-ce à cause des types avec lesquels tu es arrivée ? Leur voiture est encore garée devant le bar...

- Je sais.

Pia est une fille bien. A trente ans, c'est l'une des plus anciennes serveuses de La Chiquita. Malgré la distante que je cherche à maintenir entre les autres et moi, elle s'est toujours montrée sympa et attentionnée.

            
            

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