Chapitre 2 Chapitre 2: Partir aussi loin que possible.

On ne sait jamais ce qui nous attend demain. On prend juste le risque de continuer sur le chemin chaque jour avec la dose de courage nécessaire pour ne pas rester en arrière. Car, nul ne peut prévoir l'imprévu. Il surpasse la sagesse, l'intelligence et la connaissance humaine. Seule l'espoir guide le marteau de l'aveugle qui frappe sur l'enclume. Mais, la question est qu'est-ce à mon âge, on parle déjà d'espoir ?

La réponse était simple mais, le destin de chaque homme est pré-tracé avant la fondation du monde et nul ne pourra y échapper. Étant ainsi, l'espoir devient juste comme du carburant pouvant permettre au moteur de notre vie d'être toujours en marche.

Mon présent ne me rassurait guère. Si du vivant de mon père qui était le seul à me consoler, les choses ne marchaient, pourquoi devrais-je m'attendre au contraire après sa mort?

Je savais que je ne servait plus à rien dans le maison et personne ne pleurera ma disparition. Cette dernière idée me révolta mais je fis vite d'effacer la colère car ma route est longue et il me faudra toutes mes forces. Il y avait un lac qui nous séparait du village voisin. Les passeurs étaient souvent là pour faire traverser ceux qui désiraient rejoindre l'autre bord.

Je pressai mon pas très vite en route pour ne pas rencontrer les gens qui pourront me reconnaître et qui mettront pression sur moi afin de me faire rebrousser chemin. J'étais décidé à partir. Oui. À fuir loin de tout ce monde. Partir aussi loin que possible. Très loin jusqu'à oublié d'où je viens. Mon vœu le plus ardent était de laisser derrière moi le passé pour démarrer la construction d'un présent nouveau.

La peur qui m'animait m'encourageait à marcher encore plus vite. C'est ainsi que j'atteignis vers le soir de la journée le lac. Je traînais les pieds, j'étais tout épuisée tant par les coups que j'avais reçus que par des mois de malnutrition.

Il y avait encore une dernière barque qui voulait démarrer. Sans rien dire, je pris siège là dedans.

Les enfants ne payaient pas pour le transport. C'était même pour ça que j'étais confiante. Je n'étais jamais sortie de ma zone de confort et de ses alentours. Cependant, ma détermination outrepassait mon appréhension.

La robe qui protégeait mon corps ne suffisait plus pour me couver. Le vent descendait à cette heure là. Je le sentais au fond de mon cœur. Et mes pieds, nus, posés sur la planche humide, ne faisait qu'empirer les choses. Nous étions dans la saison la plus fraîche d'une année. Je me recroquevillé en serrant toute ma personne entre mes bras. Une seule idée me venait à l'esprit. Mais je ne pouvais pas l'exprimer car même dans notre maison, on dormait tout en nous exposants au froid et aux moustiques qui n'hésitaient pas à nous suicer à mort. À nous quatre dans la famille, nous ne pouvons pas donner un litre de sang. Non. Impossible. Les moustiques en ont trop bus.

Le supplice dura presqu'une heure de navigation sur le lac et, je quittai mon cher village. C'était ma toute première fois de mettre dans un autre village.

Tout suite, j'avais compris pourquoi la sagesse disait que : le plus lourd fardeau est d'exister sans vivre. C'était comme un monde nouveau.

L'embarquadaire était très différentes de la nôtre. Il y avait beaucoup de personnes sur place. Les uns vendaient tout en criant vers les autres qui devraient acheter. Chacun s'était concentré sur ce qu'il faisait. Une parfaite organisation régnait dans le petit marché qu'ils constituaient. Je passais presque inaperçu. Il y avait sans nul doute une marge de différence très large entre leurs enfants et moi. Car j'étais apparemment la seule à marcher pieds nus. Mon père, de son vivant, était trop riche pour m'acheter des chaussures. Ma mère, après avoir fouillé dans ses sacs plastiques qui lui servait de valises, avait retrouvé la seule chaussure de sa jeunesse qu'elle s'était dépêchée de remettre à Colombe. La chaussure était usée, racomodé de partout avec une tonne de fil de fer. Mais pour ma sœur, c'était la plus belle des chaussures de cette planète. Je n'avais pas eu le temps de me plaindre car je me sentais à l'aise à nus-pieds. Cette habitude était devenue ma seconde nature.

Le soleil finissait de tomber. Tout ce monde qui grouillait sur le lieu il y a quelques instants s'est dissout. Il ne restait presque plus personne. J'avais pris siège dans un coin de la rue qui menait vers l'embarquadaire. Je n'avais plus froid. La faim était venue le remplacer. Un orchestre jouait du salsa dans mon ventre et le bruit se faisait entendre dehors. C'est là que, pour la première fois, je me suis demandée quoi faire. Comment faire à présent que je suis sortie de mon village. Je n'avais du tout pas pensé à ces facteurs. J'étais aveuglée par la colère et l'amertume.

La nature humaine est un oiseau qui ne voit que la graine. Mais L'œil de la raison voit le piège. L'œil de passions est aveugle. L'œil satisfait ne remarque aucun défaut alors que l'œil haineux remarque le moindre vice. Je voyais tout sauf le piège qu'il y avait dans cette aventure que je me suis permise. C'était très risqué pour mon âge. Atterrir sur une terre étrangère sans aucune issue de secours.

- Que dois-je faire à présent ?

En guise de réponse, une larme chaude fila sur ma joue gauche. Une autre couru pour atterrir sur ma jambe droite. Je me dépêchai de les essuyer car ce n'était pas la solution la plus juste. Au fond de moi, je savais que solution, je n'en avais pas. Pas du tout.

Après un long moment de réflexion, je fermai alors les yeux très fort pour entendre la voix de mon père. Peut-être qu'il aura une proposition. Mais hélas. Rien. J'entendis seulement le chant de la nature. Le cri des grenouilles. Et le bruit que faisaient les femmes qui restaient et qui rangeaient déjà leurs étalages avant de partir à la maison. Une seconde fois je refermai les yeux encore plus fort pour entendre cette fois là, la voix de Dieu. Hélas. Je ne pu l'entendre.

Par contre, une main s'était posée sur mon épaule. Je sursautai. Mais très vite, avec un calme terrifiant, le son d'une voix m'apaisa.

- Ne crains rien ma fille.

La douceur qu'il y avait dans cette voix me rassura en peu de temps.

- Que fais-tu assise là malgré la tombée de la nuit ?

- Je n'ai nul part où aller.

À demi mot, le sage comprends. Ma réponse était largement suffisant pour lui. Il ne dit plus rien d'autre avant de me tendre ses deux bras. Je m'attendais à un câlin. C'était un geste que je n'ai jamais mérité selon mes parents. Ce serait donc ma première fois mais, ce soir là, j'eus plus mieux qu'un câlin. Après avoir tendu mes bras en sa direction, il me souleva puis, me porta à son dos. J'étais aux anges. La fatigue et la faim prenaient déjà le dessus sur ma petite personne. Il l'avait peut-être lu sur mes yeux.

En chemin, je n'ai plus eu la lucidité nécessaire pour savoir ce qui s'était passé. Un sommeil restaurateur m'avait emporté. Je me suis réveillée au milieu de la nuit et c'est en ce moment que mon âme béni le seigneur. Mon bienfaiteur était à mon chevet. Il était là, tout près de moi. Une odeur me fit tourner la tête. Il y avait deux plats l'un couvrant l'autre.

- Comment tu te sens ?

- Ça va bien, dis-je avec une voix à peine audible.

Dans mon corps, je me sentais vraiment bien. Le sommeil m'a vraiment fait du bien. J'avais juste le cœur serré. Ces choses qui m'arrivent sont des premières fois. Jamais au paravent personne n'a attendu que je me réveille pour manger une nourriture que je n'ai pas aidé à préparer. On se battait ma sœur et moi pour nos maigres plats.

- Comment t'appelles tu ?

- Angèla.

- Lèves toi pour manger le repas à chaud avant de te reposer encore Ella.

Il avait trouvé sa façon de m'appeler. Cela ne me gênait en rien puisqu'à lui tout seul, il surpasse mes deux parents. Désormais donc, tout le monde m'appellais comme ça. Ella.

Des jours, des semaines et des mois sont passés et personne n'a jamais parlé d'une fille perdue dans le village voisin. Les gens ramenaient d'autres informations qu'on passaient de bouche à oreille mais, pas au sujet d'une disparition. C'était bien pour moi car je vivais désormais. Je me sentais protéger et aimer.

Mon bienfaiteur était un homme respecté dans tout le village. Sa réputation et sa renommée l'ont permis de m'inscrire à l'école quelques mois après mon arrivée. Il connaissait désormais toute l'histoire de ma vie car, nous avons passé plusieurs soirs à discuter de cela. Il me posait des questions avec sagesse dans le but d'avoir des réponses afin de me défendre valablement. À l'école, je ne perdis pas du temps. Je comprenais bien les leçons et grâce à son aide aussi à la maison, je perfectionnait mon niveau. C'était son désir. Et il était content de mes exploits. Rien ne me manquais. Les livres et documents nécessaires pour vite enrichir mon niveau d'études étaient mis à ma disposition au fil des années. On est toujours prêt quand on a du courage et de soutien. Cet homme me voyais comme sa fille et prenait bien soin de moi. Ma croissance physique étonnait plus d'un. Les années sont passées certes, j'étais maintenant plus grande et plus en forme que mon âge. Cinq années au total. Cinq années de joie, de bonheur, de réjouissance. Cinq années au bout desquelles la nature m'avait métamorphoser grâce à l'aide de mon bienfaiteur. Je savais bien lire et écrire. Il m'avait appris à raisonner comme les grandes personnes. Il me rappellais toujours que l'arbre ne s'élève qu'en enfonçant ces racines dans la terre nourricière. Il me laissait entendre et comprendre ces mots à ma manière.

En faisant ainsi, il m'a appris le véritable sens du pardon car selon lui, tôt ou tard, je serai confronté à mon passé. Je n'avais plus une raison de me fâcher. Dieu m'avait essuyé mes larmes. Mais comme le dit on souvent que : la nature trouve toujours des arguments pour nous montrer que nous ne sommes rien, le malheur a encore frappé sur ma tête. La mort me suivait partout où j'allais depuis ce temps. Elle me guêttait chaque matin, tout les midis et certains soirs. La mort emboitait mes pas et attendait le temps opportun pour m'abattre. Du haut de mon innocence, elle calculait le moment. Et, au temps fixé, elle me donna un grand coup. La douleur que je ressentis cette fois ci dépassait largement la première. Mes pleurs, mes cris, mes larmes n'ont pas pu le ramener. Il était parti. Ce gentil homme. Partir pour toujours. Il m'avait tourner dos. Mon bienfaiteur. Celui qui a pu ramener le sourire sur mes lèvres. Celui là qui m'a appris à connaître la vie, ne vit plus. Il est descendu au séjour des morts pour une éternité infinie.

C'était très difficile pour moi. Mais là aussi, je n'avais plus une autre solution. Le vain est tiré. Je ne peux que le boire.

Je continuai malgré moi de vivre dans la maison mais peu de temps après, je n'eus plus accès. Les autorités du village ont décidés autrement. En un mot, j'étais à nouveau face à une situation ou je devrais prendre une décision. Les données ne sont plus les mêmes cette fois car je n'ai plus douze ans. J'avais la conviction d'une chose: je ne devrais pas rebrousser chemin. Je ne pouvais pas tout abandonner. Non. Ce serait injuste de ma part. Il fallait que j'aille de l'avant.

C'est ainsi que je continua alors mon chemin vers nul part où coulent le lait salé et le miel amère._

            
            

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