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Amanda avait fait venir sa cousine dès que possible, mais celle-ci comme toujours avait pris des jours avant enfin de daigner lui accorder un peu de temps et comme si cela ne suffisait pas, c'est aujourd'hui qu'elle devait rencontrer son futur mari. Elle ferma les yeux et posa les mains sur le collier en forme de cœur qu'elle avait autour du cou. Sa gouvernante le lui avait offert, elle effectuait toujours ce geste à chaque fois qu'elle était stressée. Sa gouvernante s'affairait derrière elle à chercher une robe plus que convenable pour la venue du Duc.
Amanda n'en avait rien à faire, elle ne voulait pas se marier, mais on aurait dit que personne ne l'écoutait.
Mais si elle ne le faisait pas, son père risquait de tout perdre, devenant ainsi la risée de Londres entière et elle connaissait son père. Pour Lord Horsborn, rien n'était plus important que son image, il pourrait en mourir si celle-ci venait à être ternie, il ne pouvait pas le permettre. En plus de cela, il pourrait aussi faire de la prison, dans les deux cas il en mourrait, elle ne pouvait pas perdre la seule famille qui lui restait.
- Que dites-vous de cette robe mademoiselle ?
Amanda se tourna et regarda la robe d'un air agacé, mais qu'est-ce qu'elle en avait à faire de ça ? Elle s'en fichait !
- Mais je m'en moque ! Dit-elle en se levant, je ne veux pas de cette comédie de mariage !
Elle marcha jusqu'à sa fenêtre et lutta pour ne pas que les larmes qui menaçaient de couler de ses yeux puissent le faire . Elle pensait encore à comment c'était injuste, comment on pouvait lui imposer tout ça. Elle serra ses bras contre elle et les frotta doucement en regardant à travers la fenêtre. Dieu ce que sa mère lui manquait, elle se souvenait encore de sa douceur, de comment elle la regardait, quand elle lui brossait les cheveux en lui murmurant qu'elle l'aimait. Mais tout ça c'était fini. Depuis combien d'années son père ne l'avait pas serré dans ses bras, pour la rassurer, lui dire qu'il l'aime, elle avait vu son père devenir cet homme impitoyable et froid qu'il était aujourd'hui et la voilà obligée de se sacrifier pour lui, pour lui éviter la mort ou la prison.
- Vous ne vous êtes pas dit que c'est ce qu'il faudrait ? Lui demanda Cécile en la prenant par les épaules.
Amanda essuya une larme qui avait réussi à s'échapper de ses yeux.
- Que voulez-vous dire ? Demanda t'elle en se retournant vers elle.
- Ce que je veux dire mademoiselle c'est que j'en ai marre de vous voir si malheureuse dans ces quatre murs, vous ne serez heureuse qu'en sortant d'ici, loin d'elles dit-elle en tournant la tête vers la porte pour désigner Lady Rosemary et sa peste de petite sœur qui se donnaient à cœur joie pour lui faire du mal.
- Mais comment pourrais-je être heureuse avec un homme que je n'aime pas ?
- Mais vous ne l'avez même pas encore rencontré, peut-être vous plaira t'il ! Dit-elle comme si elle essayait de se convaincre elle-même de ce mensonge. Votre mère n'aurait pas voulu ça pour vous ! Elle aurait donné absolument tout pour être présente le jour de votre mariage et moi je rêve plus que tout de vous voir heureuse.
Amanda ferma les yeux et ne sût quoi dire. Oui sa mère aurait été heureuse de la voir se marier. D'ailleurs toutes les mères étaient contentes de voir leurs filles se marier, mais serait-elle contente si elle la savait malheureuse ? La porte de la chambre d'Amanda s'ouvrît pour laisser entrer Sophie, sa cousine.
- Oh mon Dieu ! Ce voyage était tout simplement affreux, dit-elle d'un geste théâtral comme à son habitude. Mais ce qui est encore plus affreux, c'est que tu ne m'annonces seulement aujourd'hui que tu te maries.
- Oh cousine dit Amanda en courant se réfugier dans ses bras.
- Mon Dieu ! Mais pourquoi cette mine affreuse ? Je désespérais tellement de voir ce jour arrivé et aujourd'hui qu'il arrive enfin, tu en fait tout un drame.
- Le fait est que je ne me marie pas parce que je veux, mais on m'y a... Forcée.
Sophie arbora une moue scandalisée, elle faisait partie de ce groupe de femme assez moderne pour savoir qu'on ne pouvait pas contraindre une femme à faire ce qu'elle ne voulait pas. Elle était une féministe pure et dure.
- Dans ce cas, qu'est-ce qui t'y oblige ? Ne le faites pas, c'est tout ! Nous sommes en 1886, c'est incroyable de se dire qu'on force encore des femmes à se marier.
Amanda sourit à travers ses larmes.
- À t'entendre, ça parait si simple, si seulement j'avais un dixième de ton courage.
- Raconte moi tout cousine, je veux tout savoir.
Sophie guida sa cousine sur le lit, les deux s'assirent. Cécile qui était la discrétion même partie sans même que les deux jeunes filles ne s'en rendent compte. Amanda lui raconta tout, les menaces qui pesaient sur son père, les raisons pour lesquelles elle devait épouser cet homme et pour finir, elle lui donna le nom de l'homme en question et sa cousine bondit presque du lit.
- Dis-moi qui a eu cette idée ? C'est cette sorcière ?
Amanda répondit oui de la tête.
- Comment est-ce possible ? D'après ce qui se dit sur lui, ce n'est pas quelqu'un de recommandable !
- Tu veux dire que c'est un bandit ? Dit Amanda en sentant une lueur d'espoir renaître à nouveau. Si tel est le cas, nous devons le dire à père, il ne me laissera certainement pas épouser un malfaiteur.
- Mais non, ce n'est pas ça.
Tout d'un coup, sa cousine paraissait gênée, elle qui d'habitude n'avait pas peur de faire valoir son opinion à haute et intelligible voix semblait tout à coup à court d'arguments.
Il s'adonne disons à des activités sexuelles peu recommandables.
Sophie se tourna vers la porte et regarda si personne ne les écoutait, une fois rassurée, elle prit les mains de sa cousine dans les siennes.
Il parait qu'il organise des orgies dans son domaine, qu'une fois qu'il a couché avec une femme, il se débarrasse de celle-ci sans aucun état d'âme. Il se sert des femmes comme des objets dit-elle dans un murmure.
Amanda se redressa indignée.
- Mais alors comment puis-je épouser un homme qui n'a aucun respect pour les femmes.
- Et tu sais le pire ?
- Non dis-moi.
- Sa mère était une noir. Il est métisse !
Cette révélation n'eut pas l'effet escompté car elle ne fut rien à Amanda. Pour elle les hommes étaient tous égaux, noirs ou blancs il n'y avait pas de différences, mais on dirait que pour Sophie si.
- Et alors ?
- Son titre de duc est contesté du fait qu'il soit noir vois-tu, ils sont nombreux à ne pas vouloir de lui comme duc.
Amanda leva les yeux au ciel d'un air agacé, ça la surprenait vraiment que même sa cousiné puisse parler ainsi d'une personne surtout elle qui mettait un point d'honneur à ne pas écouter les ragots, alors pourquoi les écouter quand il s'agit de cet homme. La réponse d'Amanda fut coupée par l'arrivée d'une voiture qui traversait le jardin à toute allure. Elle ferma les yeux et frissonna, il ne faisait aucun doute que c'était son futur mari vu l'allure luxueuse des chevaux.
- Mademoiselle dit Cécile en entrant dans la pièce d'un pas feutré, nous devons nous dépêcher, votre fiancé est déjà là.
Amanda poussa un soupir et se leva pour aller s'assoir devant sa coiffeuse, Cécile lui passa la robe par dessus la tête et tira les cordes du corset pour mieux la resserrer autour de sa poitrine, elle prit ensuite la brosse et entreprit de brosser les cheveux de sa petite patronne qui n'était plus si petite que ça et qui allait bientôt se marier. Cécile savait au fond d'elle que c'était la chose à faire, jamais Amanda ne serait heureuse si elle continuait à vivre dans cette maison, autour de toutes ces personnes qui étaient toxiques Pitt elle et principalement la maîtresse de maison. Elle préférait la savoir loin, même si c'est avec un homme qui ne l'aimait pas. Elle mit ensuite un peu de rose sur ses lèvres, mais Amanda ne voulait faire aucun effort, elle ne voulait surtout pas que cet homme la trouve à son goût. Mais avec ou sans maquillage Amanda Horsborn était d'une beauté à couper le souffle. Après un dernier coup d'œil dans le miroir, sa gouvernante la jugea enfin prête à recevoir son invité.
- Allons-y mademoiselle, ne faisons pas attendre le Duc.
- Je croyais qu'une femme devait savoir se faire désirer.
- Oui dit Cécile en levant les yeux au ciel, mais vous connaissant vous seriez bien capable de fuir en passant par la fenêtre.
- Je reste avec toi si tu veux, dit Sophie en lui prenant la main.
- Ça me ferait très plaisir repondit Amanda en forçant un faible sourire sur ses lèvres.
- C'est donc main dans la main que les deux cousines descendirent dans le salon, on pouvait entendre l'énorme voix de Lady Rosemary qui essayait sans doute d'excuser le retard d'Amanda. Elle ferma les yeux et poussa un soupir, puis compta mentalement jusqu'à cinq, sa cousine appuya doucement sur sa main pour lui insuffler du courage, puis la porte s'ouvrît sur son père.
- Ah vous voilà enfin toutes les deux ! Le duc commençait à s'impatienter entrez donc.
Il se poussa pour laisser entrer les deux jeunes filles, Amanda entra d'un pas tremblant, elle faisait vraiment tout pour ne pas montrer sa nervosité, elle marchait tête baissée. Les voix dans la pièce se turent instantanément, elle savait que tous les regards étaient rivés sur elle. Un, deux, trois, elle leva à nouveau la tête et rencontra un regard froid, presque glacial. Une peau couleur caramel qui attira aussitôt sa curiosité, des cheveux frisés au-dessus de la tête, mais surtout ce rictus plein de mépris qu'il effectua en la regardant de haut en bas. Un frisson parcouru tout de suite le corps de la jeune fille, était-ce possible de lire autant de haine dans le regard d'une personne ?