Chapitre 3 Chapitre 2

Alister était assis dans son bureau et fixait le plafond d'un air neutre. Le voilà désormais fiancé à une fille qu'il n'avait jamais rencontré. Il ferma les yeux et se mit à imaginer quel genre de personne elle pouvait être. Elle devait être absolument hideuse si même son père avait décidé de se débarrasser d'elle en la mariant à lui. Aucune bonne famille n'accepterait de marier leur fille avec moi pensa t'il.

Cela ne fait que conforter son point de vue selon lequel, les gens de la haute société sont vraiment prêts à toutes les bassesses pour préserver ne serait-ce qu'un tout petit peu les apparences. Oui les apparences parce que c'est ce dont il s'agit ici. Sir Horsborn a vendu sa fille pour ne pas perdre cette façade qui fait croire à tout le monde qu'ils sont riches, sa fille a sans doute accepté d'être acheté parce qu'elle ne voulait pas perdre ce train de vie auquel elle est habituée. De son point de vue à lui, elle était pire qu'eux, l'une de ces femmes vénales qui était prête à vendre leur âme aux diable pour quelques livres sterling. Même les putains au moins méritaient un peu plus de respect parce qu'elles au moins sont claires sur ce qu'elles font. Elles se vendent pour de l'argent. Alors qu'elle se vend sans toutefois le montrer, elle se cache derrière la façade d'une fille respectable.

La haute société l'horripilait, s'il le pouvait, il aurait éradiqué toutes ces façades faites d'argent et de fausses convenances pour montrer le vrai visage de ces gens. Tous des crapules comme son père. Le simple fait de penser à son père lui fait serrer les poings. Cet homme ne mérite même pas qu'un animal pense à lui. Pas après de qu'il a fait, d'ailleurs lui-même est un animal. Un être qu'il méprise plus que tout au monde. Il se lève et va se servir un verre dans l'immense bureau de sa maison à Londres. Il aurait beau détester son père, mais il devait tout de même admettre que sans lui n'aurait jamais eu tout ce qu'il a aujourd'hui, il ne serait pas devenu l'homme qu'il est, son père l'avait libéré de sa peur. La seule chose qu'il regrette c'est de n'en avoir pas fait profiter sa mère, qui est morte dans la souffrance et la pauvreté. Il leva la tête et rencontra son regard dans le miroir, le soleil qui n'était pas très brûlant traversait les immenses porte-fenêtres et ses rayons jouaient sur sa peau couleur caramel. Ses yeux marrons étaient magnifiques, il avait fait couper ses longs cheveux frisés, maintenant ils lui arrivaient juste au-dessus des oreilles, son front était maintenant plus dégagé et on pouvait nettement apercevoir son magnifique visage. Oui, il était magnifique et il le savait, les femmes l'adoraient, les hommes par contre le voyaient comme un ennemi à abattre, de surcroît, sa couleur de peau particulière faisait de lui l'objet de toutes les curiosités, une sorte d'objet de foire. À travers la fenêtre, il vit les chevaux tirer la voiture de son ami Tony, il tourna le dos et alla s'asseoir sur l'un des fauteuils de son bureau. Quelques minutes plus tard, la porte de son bureau s'ouvrît sur Tony qui entra avec un sourire qui lui allait d'une oreille à une autre.

- Tu as pu trouver ce que je t'ai demandé ?

- Tu m'offenses là pour qui me prends-tu ?

Alister secoue la tête et indiqua un siège à son ami, il était très content. Ça faisait maintenant deux semaines qu'il avait demandé à Tony d'enquêter sur sa future épouse, il voulait savoir quel genre de femme elle était pour pouvoir mieux la cerner. Mais surtout parce qu'il voulait avoir au moins une longueur d'avance sur elle.

- Qu'as-tu découvert ?

- Là par contre tu vas être déçu.

Alister plissa les yeux et ne dit rien.

- Il n'y a absolument rien !

- Comment ça rien ?

- Je n'ai trouvé rien de compromettant sur elle et crois-moi j'ai absolument fouiller partout dit-il en s'asseyant.

- C'est impossible, tout le monde a des secrets et je ne vois pas en quoi cette fille fera une exception.

- Tu en parles en connaissance de cause ? Tu peux jeter un coup d'œil si tu veux toi aussi.

Il tendit à son ami l'enveloppe plein de photos que le détective privé lui avait donné. Alister s'en saisit et posa les yeux dessus. Sur une photo en noir et blanc , on pouvait aisément voir la jeune fille au marché discuter avec les marchands. Alister s'attarda sur le visage de la jeune fille, ses traits délicats et sa peau que l'on devinait aisément douce à travers les photos. Elle avait une lueur qui brillait dans ses yeux, quelque chose qu'il ne parvenait pas à déchiffrer. Un mélange d'innocence et de douceur réunis. Mais Alister refusait de croire qu'elle était ce qu'elle semblait être, pour lui ce n'était qu'une apparence, il en savait beaucoup trop sur celles-ci. Il continua à fixer sa photo sans rien dire.

- Elle est plutôt belle n'est-ce pas ?

Alister referma le dossier d'un geste sec et leva les yeux sur son ami.

- Si on aime le genre fausse sainte nitouche.

- Et qu'est-ce qui te pousse à dire qu'elle est fausse ? Cette jeune fille ne sort absolument pas, elle a passé son temps dans la bibliothèque à lire et regarde là jouer avec les enfants, tu crois vraiment qu'on peut feindre ça ?

- Tu sais très bien ce que je pense de toutes ces personnes.

Tony Delacroix leva les yeux au ciel agacé, il en avait marre d'avoir cette discution avec lui, tous les jours la même chose. Lui il voulait croire en la bonté humaine, malgré tout ce qu'il a traversé, malgré le fait que la vie n'est pas été tendre avec lui, il refusait de croire que tous les etres humains étaient des personnes corrompues et fausses comme semblait le penser. Et surtout il ne voulait pas croire que cette fille était quelqu'un de bien et non pas le monstre que son ami dépeignait. Alister se leva et enfila sa veste, il était déjà agacé par ce qui l'attendait, il allait rencontrer sa fiancée aujourd'hui et cela le fatiguait rien qu'à l'idée d'y penser.

On y va ?

Bien-sûr dit Tony en se levant.

Alister pris son chapeau sur le porte manteau et l'enfila. Les deux amis se dirigèrent vers la sortie, le cocher faisait déjà avancer la voiture, dans laquelle ils montèrent tous les deux en silence.

Le trajet lui aussi se passait en silence, non pas qu'Alister soit nerveux, c'était tout le contraire, il était pressé de rencontrer sa future épouse afin de lui dire clairement ce qu'il pensait d'elle. Tony lui aussi avait hâte de rencontrer cette mystérieuse inconnu, il ne savait pas pourquoi mais il avait l'impression qu'elle allait faire bouger les choses et c'est ce qu'il fallait à son ami, il en était convaincu.

            
            

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