Abdou Karim : Merci papa, réponds-je timidement en réajustant mes lunettes de correction. Tout cela n'aurait pas été possible sans toi à mes côtés. C'est grâce à ton soutien et à tes conseils que j'ai pu décrocher ce BFEM avec brio après être resté deux longues années sans étudier à cause...
Maman : Hein c'est maintenant grâce à ton papa seulement hein, me coupe-t-elle aussitôt en arrivant au salon avec le diner. Je vois combien tu peux être ingrat avec ta mère maintenant.
Abdou Karim : Oh maman toi aussi, ne dis pas cela. Même si je ne t'ai pas cité cela ne veut pas dire que je t'ai oublié. Tout ce que je suis c'est grâce à toi et à papa et je vous en serais toujours reconnaissant.
Maman : Ah tu as intérêt, me tire-t-elle les joues avant de nous inviter à manger. Maintenant honorons ce bon Yassa au poulet que j'ai concocté uniquement pour toi en cette occasion si spéciale.
Papa : Salimata mais où est donc l'autre cuisse de poulet ?interroge-t-il en découvrant avec stupeur la cuisse de poulet qui manquait. N'est-ce pas un poulet entier que j'ai tué tout à l'heure ?
Maman : Chéri toi aussi, c'est à cause d'une cuisse de poulet seulement que tu cries ainsi ! La cuisse je l'ai retiré pour la réserver à Abdou Kader qui n'a pas encore dîné. Tu sais qu'il n'a encore rien mangé depuis qu'il est sorti de cette maison ce matin.
Papa : Et c'est en quoi mon problème je peux savoir hum ? S'il voulait manger ne penses-tu pas qu'il serait rentré depuis lors au lieu de traîner dehors jusqu'à pareille heure comme un vanupied ? Salimata, Salimata fais attention à toi hein. Tu as trop chouchouté Abdou Kader qu'il risque de tourner mal et de t'entrainer avec lui. Il est ce qu'il est tout cela grâce à toi. Tu l'encourages dans son attitude et je t'ai toujours reproché cela mais tu continues dans cette lancée en disant qu'il a besoin d'être compris, aimé et j'en passe. Abdou Kader est un homme et non une femme Salimata, tu ne dois pas être trop aux petits soins avec lui. Et pour en revenir à cette cuisse de poulet, je veux que tu ailles me la chercher et la mettre dans ce plat pour qu'on mange tous ensemble et si ton fils voulait manger il allait faire tout pour être là avec nous et dîner en famille.
Maman : Abdourahmane Dia c'est mon fils que tu veux priver de nourriture maintenant hein ? N'as-tu pas pitié de lui un peu par moment ? Tu ne vois jamais le bien chez lui, toujours à lui faire des reproches, toujours à dire qu'il n'est pas ceci ou qu'il n'est pas cela. Abdou Kader par ci, Abdou Kader par là...Selon toi il ne fait jamais rien de bien à tes yeux mais par contre ton cher Abdou Karim...
Papa : Abdou Karim quoi ? Hein ! Abdou Karim qu'a-t-il fait Salimata ? Qu'est-ce que ce jeune-homme a bien pu faire pour qu'à chaque fois que je te parle d'Abdou Kader tu me sors son nom ici ? Attention à ce que tu vas dire Salimata ! Attention hein...
Abdou Karim : Papa, les interromps-je mal à l'aise d'assister à cette scène entre eux, maman s'il vous plaît vous aussi. Ce n'est pas à cause d'une cuisse de poulet que vous allez quand même vous disputer. Papa toi aussi, je t'en supplie pense un peu à ta santé et laisses à mon frère le diner que maman lui a réservé. Il n'a pas appelé pour prévenir de son retard certes mais il doit sûrement être en route et le connaissant comme je le connais il doit sûrement avoir faim en ce moment. S'il te plaît ne rompons pas le charme de cette journée qui avait si bien commencé avec une histoire de cuisse de poulet...
...: Cuisse de poulet ?s'exclame-t-il en entrant au même moment dans la pièce avec son fameux jean déchiré et chemise déboutonnée. Bonsoir la famille Dia, alors il y'a du poulet au menu ce soir ? Cool et que fête-t-on exactement ?
Maman : Enfin te voilà toi, se lève-t-elle précipitamment pour lui céder sa place et s'asseoir de l'autre côté du fauteuil. Joins-toi à nous mon poussin pour diner et fêter la réussite de ton frère à ses examens, on n'attendait que toi d'ailleurs.
Abdou Kader : Enfin l'homme Hibou a fini par décrocher son examen, c'est super mon frère. Bravo, je suis trop content pour toi surtout que tu vas pouvoir me rejoindre dans ma classe de seconde et faire partie de ma bande de potes en classe...
Papa : TCHIPP! Même pas honte de te vanter de cela. Au lieu de te soucier d'avoir repris la même classe trois fois et d'être rattrapé par ton petit-frère, tu te soucies de la bande de copains avec qui tu traînes afin d'y intégrer ton jeune frère. Tchipp.
Abdou Kader : Il a quoi le vieux ?demande-t-elle à ma mère qui lui répond avec le sourire avant de l'inviter à honorer le repas.
Ah ma famille, toujours la même histoire ! Il faut qu'à chaque fois qu'il y ait des tensions entre nous même à des moments de bonheur. Elle est compliquée mais je l'adore même si par moment cela me fait mal de voir cette tension entre mon père et ma mère toujours au sujet de mon frère. J'ai chaque fois honte de me retrouver à intervenir sur ce sujet sachant que cela finit toujours par tomber sur moi. C'est la remarque que j'ai fait à chaque fois que mon père soulève le sujet concernant mon frère, ma mère, elle, finit par jeter toute la faute sur moi disant que j'étais le préféré de mon père raison pour laquelle mon père ne voyait le mal qu'en Abdou Kader et pas en moi. Je suis tout le temps mal à l'aise face à cela à chaque fois et c'est trop gênant d'être toujours le bouc-émissaire de leurs disputes. Bref nous terminons notre dîner en famille dans la joie et la bonne humeur tandis que mon père, lui, s'était muré dans un silence de mort depuis tout à l'heure. Le dîner fini, nous nous retrouvons mon père et moi au salon à discuter sur l'ouverture prochaine des classes, de mon avenir tandis que mon frère et ma mère parlaient à voix basses devant la télé. Mon père leva la tête vers eux puis reporta toute son attention sur notre discussion quand soudain mon frère nous rejoignit en compagnie de ma mère qui vint s'asseoir aussitôt aux côtés de mon père avant d'entreprendre de caresser la tête de ce dernier.
Maman : Dia POULO DIERI, il ne faut pas te fâcher avec moi hein. Tu me connais non depuis tout ce temps, tu dois être maintenant habitué mon POULO DIERI à moi. Tu sais comment je réagis toujours quand il s'agit de notre Abdou Kader, c'est juste que je suis une vraie mère poule raison pour laquelle...
Papa : Salimata, tu as raison vraiment de dire que je devrais déjà te connaître depuis toutes ces années de vie commune. Donc s'il te plaît épargnes-moi ces DIA POULO DIERI et va directement au but s'il te plaît en me disant ce que tu veux.
Maman : Eh Dieu qu'ai-je fait pour hériter d'un mari pareil ?pose-t-elle sa main sur sa main en guise d'exaspération avant de reprendre. Bon il y'a Abdou Kader qui a un petit quelque chose à te demander. Vas-y Kader, dis-lui.
Abdou Kader : Euh papa, balbutia-t-il en se caressant la tête nerveusement, j'aimerai que tu me prêtes ta voiture et que tu me donnes un peu de liquide s'il te plaît. Je dois sortir avec mes potes.
Papa : Abdou Kader Dia, Abdou Kader Dia, Abdou Kader Dia. Dis-moi combien de fois t'ai-je appelé ?
Maman : Ah Chéri toi aussi il y'a quel souci même. Ce n'est que du matériel toi aussi, prête-lui ta voiture seulement au lieu de faire tout ce discours. Notre fils veut juste sortir s'amuser un peu avec ses potes. Il y'a quoi de mal dans ça ?
Papa : Est-ce à toi que je parle Salimata ?lève-t-il la voix à son encontre donnant ainsi un effet de surprise à ma mère. Est-ce toi qui t'appelle Abdou Kader Dia maintenant ? Dis-moi un peu pour voir. T'appelles-tu maintenant Abdou Kader Dia ?
Maman : Non chéri, je suis désolée. Je ne voulais pas t'énerver tu sais mais...
Papa : Il n'y a de mais ok. Je te demanderai à l'avenir de n'intervenir dans ma discussion avec Abdou Kader que lorsque je t'y autoriserai ok. Me suis-je bien fait comprendre Salimata ?
Elle ne pipa mot et afficha une mine boudeuse exprimant son mécontentement. Même mon frère et moi sommes autant surpris de la réaction soudaine de mon père face à ma mère. Mon père plongea son regard profondément dans le sien attendant sa réponse et elle finit par répondre par l'affirmative avant de se lever en grimaçant pour se diriger hors du salon.
Papa : Très bien on va pouvoir parler enfin entre hommes, dit-il en voyant ma mère disparaître de notre vue. Abdou Kader Dia penses-tu que la vie que tu mènes là va t'aider dans l'avenir ? Penses-tu que ces gens que tu appelles "tes potes là" sont des gens biens avec qui tu devrais traîner ? Abdou Kader non seulement tu portes le nom de mon père mais aussi tu es mon fils aîné et j'avais mis beaucoup d'espoir en toi malheureusement avec ce comportement que tu as là, mes espoirs fondés en toi sont réduits à néant. Tu ne veux pas étudier, tu ne veux rien faire de ta vie. Regarde depuis combien de temps tu es en classe de seconde hein ? Ce n'est pas que tu n'es pas intelligent mais c'est juste que tu fréquentes des gens qu'il ne faut pas. Regarde comment tu t'habilles hein ? Penses-tu que c'est un comportement digne d'un Dia ça ?
Abdou Kader : Papa s'il te plaît, tu ne vas pas encore revenir sur mon accoutrement et sur mes fréquentations. En plus en quoi mon accoutrement te gêne ? Je vis ma jeunesse comme tu l'as fait quand tu avais mon âge. D'ailleurs papa là n'est pas le sujet, je veux savoir si tu pourras ou non me filer du liquide et me prêter ta voiture pour que je puisse sortir tranquillou avec mes potes ?
Abdou Karim : Mon frère, interviens-je aussitôt avant que cela ne tourne au vinaigre entre ces deux là, ce n'est pas une manière de parler à notre père toi aussi. Quoiqu'il advienne c'est notre aîné et notre père et seulement pour cela nous lui devons du respect. Il ne veut que notre bien et s'inquiète pour toi tout comme moi d'ailleurs.
Abdou Kader : Vous savez quoi ?se lève-t-il aussitôt en nous regardant avec dédain, on va mettre fin à cette discussion et je vais faire comme si elle n'avait jamais existé en m'en allant simplement.
Abdou Karim : Mon frère, me levais-je pour l'arrêter dans son élan quand soudain mon père m'interrompît.
Papa : Tu as commencé quand à fumer du chanvre Abdou Kader ?
Nous nous retournons aussitôt à la fin de sa question. Mais de quoi il parle Papa ? Fumer du chanvre ? Mon frère fume ? Non cela ne peut pas être vrai, il ne serait pas arrivé à ce stade quand même. Il a certes un accoutrement bizarre et un comportement un peu bizarre par moment mais il est tout sauf cela. Il ne touchera jamais à ces saletés. Je regarde mon frère afin de lire quelque chose sur son visage, une quelconque émotion mais rien. Il sourit juste avant de répondre par la négative à mon père, ce qui m'a fait le plus tiquer car je reconnais à la seconde près lorsqu'il est en train de mentir ou pas même s'il était à des milliers de kilomètres.
Papa : Tu oublies que je suis ton père et que j'ai été jeune bien avant toi, donc essayer de me mentir ou dissimuler certaines choses ne t'avancera à rien. Je sais que tu y touches, je ne sais pas depuis quand mais tu fumes cette saleté et tu ne m'en lèveras pas à l'idée que c'est à cause de ta bande de copains là que tu es entré dans ça. Abdou Kader je t'en supplie, s'exprime-t-il de ton beaucoup plus conciliant que tout à l'heure, pour l'amour de Dieu et pour l'amour de ton père laisse tomber cela. Tu es mon fils aîné, je t'aime de tout mon cœur et ne te veux que du bien alors écoutes-moi mon fils arrêtes tout cela avant qu'il ne soit trop tard. Je t'en supplie mon fils, change.
Il regarda longuement mon père en souriant avant de se retourner pour partir sans piper mot laissant ainsi mon père sans voix et moi pareil.