Elle craqua. Deux grosses larmes et profondes se détacherent de ses yeux et vinrent mourir dans l'estuaire de ses joues. Non pas parce qu'elle faisait le même rêve jour pour jour depuis 14ans mais aujourd'hui et depuis 2mois son mari n'était pas à ses côtés pour apaiser sa peur. Elle sanglotait pleurait, criait, cassait tout ce qui se trouve à côté d'elle.
Elle se sentait meurtrie, frappée par la douleur. Elle a de quoi. Rien n'est plus dur que de se réveiller seule dans une si grande chambre. Une femme abandonnée:c'est ce qu'elle était devenue et c'est ce que son mari avait fait d'elle.C'était sûrement son nouveau nom. Sa vie a basculée et son mariage ne tient plus qu'à un fil, son mari a déserté la maison familiale, l'evite au bureau et ne s'enquiert plus de ses nouvelles .
-Quel bon à rien pensait-elle. Tous les hommes sont pareils, dès qu'ils voient qu'un problème s'est présenté, ils abandonnent le combat entrepris depuis le début du mariage ils oublient toutes ces années de vie passée aux côtés de leurs femmes.
Elle est retirée de ses pensées par un bruit à la porte.
-Oui qui est ce ?
-C'est moi, Amy dit-elle poliment
-Ah !qu'est ce qu'il y a demande-t-elle
-Ton petit déjeuner est prêt ma chérie
-J'arrive tout de suite retorque -t-elle.
Rapidement, elle se lève, accomplie bain, prières, maquillage avant de descendre vite les escaliers pour manger. Là bas, elle discutait avec sa ménagère qui est de surcroît sa confidente. Elle connaît tous les secrets de son mariage avec son patron.
-Tu sais quoi Amy
-Oui
-Aujourd'hui, de gré ou de force, je vais faire en sorte que Tapha m'écoute.
-Je te l'ai dit WOuly depuis le début de te confier à ton mari mais tu es très têtue.
-Je sais que tu l'as répété plus d'une fois. Aujourd'hui j'en ai fini des pleurs et lamentations.
-Bien parlé.
-J'en ai marre de me faire humiliée
-Tu es brave mais fais attention, ton mari n'est pas facile
-Je le connais très bien et c'est pour cela que je suis un peu inquiete.
-S'il t'aimes,il te pardonnera
-Bon, j'y vais
-Bonne chance WOuly
-J'en ai besoin. Le déjeuner était délicieux merci dit-elle en la prenant dans ses bras.
-Qu'est-ce que je vous prépare ce soir pour la réconciliation
-Ce que tu trouves bon
À ces mots, elle sortit, ouvre sa voiture, un cadeau de Tapha, une BMW .Elle prend la direction de la corniche, augmente le volume de sa radio et chantonne.
Arrivée au parking du consorcium, alors qu'elle verrouillait sa voiture, elle se retourne et se trouve nez à nez avec... TAPHA.
-Je... put-elle faire sortir.
-Bonjour lui lança -t-il en tournant les talons et continuant son chemin.
-Pour un début c'est vraiment pas facile, mais c'est aujourd'hui ou jamais.
Elle entre dans l'entreprise, prends le temps de saluer secrétaires et réceptionnistes
Ndoye Consortium est une entreprise familiale de Tapha qu'il a hérité de son pater,Cheikhou Ndoye. Faisant partie de l'ethnie lebou, une ethnie très présente au Sénégal. Une ethnie de pêcheurs, sise à Dakar surtout. Cette entreprise est spécialisée en conserverie d'aliments et surtout de poissons, il compte cinq usines et une usine -centre en plein centre ville.
Après avoir déposé ses affaires dans son bureau, elle prend l'ascenseur menant vers le bureau de Tapha et sans frapper, elle entre.
-Moustapha Ndoye ?
-Mais que fais -tu ici?J'avais demander à ma secrétaire de ne laisser personne me déranger.
-Je ne suis pas personne mais ta femme
-Ma femme ?tu me fais rire. Depuis quand ?je ne m'en rappelle pas
-Juste devant toi.
-J'ai du boulot alors s'il te plaît. dit-il en lui désignant la porte
-J'ai à te parler et t'expliquer...
-M'expliquer quoi ?
-La cause de notre problème.
-Tu veux dire ton problème car c'est TA sterilite .
Le sang de WOuly ne fit qu'un tour , son coeur se serra et elle eut froid .
-Quoi ?Tu as perdu ta langue. C'est vrai non que tu es stérile ou bien tu t'es trouvée un autre médecin qui t'as certifié le contraire.
-Oui je suis stérile, hurla-t-elle. Et maintenant c'est un péché ?c'est de ma volonté ?
-Si tu es venue pour me dire que ce n'est pas de ta faute ,tu perds ton temps car ce n'est pas de la mienne aussi.
-Tu ne comprends donc pas que si ça ne tenait qu'à moi, on aurait une multitude d'enfants se calmait-elle.
-Le problème c'est que tu ne peux pas. Tu ne peux pas féconder,tu ne peux pas porter mes enfants et je n'aurais pas un héritier.
Wouly s'approcha et lui prit les mains avec douceur mais il les lacha et lui donna le dos.
-Tu ne peux pas nier que tu m'aimes.
-Ne change pas de sujet, s'il te plaît.
-Tu me fais du mal en me rabaissant ainsi.
-C'est toi qui m'as fait mal en me cachant ta stérilité.
-Rectification, je ne te l'ai pas caché. Dès que je l'ai su, je te l'ai dit.
-Ah bon ?Depuis 13ans, tu ne savais pas que tu étais stérile ?
-Non je n'en avais aucune idée.
Et toutes les analyses que tu m'as faites faire ainsi que les multiples examens, les voyages en Afrique et en dehors alors qu'il s'avère que tu es incapable d'avoir un enfant. Oh mon Dieu, qu'ai je fait ?
-On a été heureux sans enfant. On ne se marie pas seulement pour avoir des enfants. Si Dieu l'avait voulu, on l'aurait déjà eu. C'est sa volonté, on n'y peut rien .dit -elle en lui posant la main sur la joue. -Tu sais Wouly ,moi ce que je souhaite ,c'est d'avoir un enfant qui me ressemble, le voir grandir, jouer, sourire, vivre, l'entendre m'appeler papa.
-Moi aussi je veux la même chose .Je souffre autant que toi ou même plus. Je n'ai jamais pensé quitté la maison ,j'ai supporté tes bonnes et mauvaises humeurs. Tu m'as détruit depuis que tu es parti.
-Que voulais tu que je fasse ?
-C'est à moi de te le dire, tu ne distingues pas le bien du mal. Tu as préféré prendre une chambre d'hôtel et tu ne te souciais même pas de mes états d'âme.
-Je suis désolé. J'ignorais cela.
-Moi aussi je le suis, tu crois que t'es excuses remplaceront ce que j'ai vécu.
-Alors comment puis je me faire pardonner.
-Voilà, tu dois juste écouter mes explications.
-D'accord, je t'écoute.
-Bien, il y a une partie de ma vie que tu ignores. Le problème de mon enfantement vient d'une fausse couche que..
-Ah, tu m'as donc trompé ?Dis le une bonne fois.
-Tu peux te taire et m'écouter comme tu l'as promis.
-Excuse-moi.
-Donc je disais...
***
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Je suis l'aînée de la famille même si mon père aurait préféré avoir un garçon comme aîné.Ma mère ,Gnilane Diouf était la deuxième épouse de mon père, sa première femme étant morte quelques mois après la venue de ma mère à la maison. Ma mère vendait malgré les protestations de mon père, au marché du village ,des céréales locales. Elle pouvait participer à la dépense quotidienne. Les autres épouses de mon père était au nombre de 2 l'une qui répondait au nom de Coumba et elle avait 11enfants:c'est dire qu'avant que l'un de ses enfants ne marchait ,un autre pointait son nez, elle était grave fertile .L'autre ,Bintou Dibor avait 17 ans soit 3ans de plus que moi et elle avait déjà 2 enfants.
L'apprentissage scolaire était impensable pour lui, le Coran demeurait le seul outil de connaissances. Heureusement pour moi, un de mes oncles, particulièrement influent dans ma famille l'a convaincu de me laisser «essayer l'école ».J'ai ainsi fait tout mon cursus primaire à l'école élémentaire de mon village et réussi avec brio à mon certificat de fin d'études moyennes et j'ai commencé mes études au collège. J'avais 14ans et j'aidais ma mère avec mes deux frères Mohamed Fara et Farba Fara à vendre au marché.
Un jour, ma mère était rentrée très tard du travail et dès qu'elle est rentrée ,mon père, sans lui demander des explications a commencé à la gronder et pis à la frapper.Mes frères et moi etions caché dans l'entrebaillement de la chambre entrain de regarder le "spectacle " en pleurs silencieux, j'en voulais à mon père, ma seule envie en ce moment était de lui sauter dessus et de lui arracher les deux yeux mais je n'osais pas, mon éducation ne le permettait pas. Voir ma mère se faire humiliée devant ses coepouses et tous les autres enfants de la famille. Après avoir subi les assauts de mon père, maman est rentrée dans la douche. Des minutes à la limite une heure était passé, l'eau coulait mais on entendait plus ma mère, mon oncle a frappé à la porte mais ma mère ne répondait pas. Il a fallu qu'on défonce la porte pour se rendre compte qu'elle était inerte, couchée sur le sol ,un liquide blanc sortant de sa bouche, le corps en sueur .Avec l'aide de mon père, on put la faire sortir de la douche et l'envelopperent avec un pagne avant de la coucher au milieu de la cour, l'eventaillant ,lui claquant des joues pour la réveiller. Il a fallu l'intervention du médecin pour nous confirmer sa mort.
Ma réaction a été la plus bizarre lors de cette annonce:j'ai ri. Mon père m'a crié de me taire mais je continuais de plus belle .Soudain une larme puis deux perlaient sur mes joues.Le courroux, l'amertume, la tristesse et surtout la peur étaient les sentiments qui m'animaient à cet instant .J'avais peur, peur que cette vérité soit vrai, peur de vivre sans elle, d'imaginer mon existence sans elle,de m'occuper de mes frères, de vivre sans son soutien et sa présence .
Durant tous les 3 jours de deuil, j'étais restée cloîtrée dans la chambre, mes frères étaient au plus mal,inconsolables.Notre mère était celle qui nous apaisait après les engueulades de mon père, elle trouvait le moyen de nous faire rire tout le temps. Qui allait s'occuper de mes deux frères trop jeunes pour subir ce sort .À 14ans, je dû abandonner mes études pour continuer à faire les tâches ménagères et la vente au marché. Mes frères commençaient à se faire humiliés par les autres femmes et enfants de mon père. Je sentais que c'était mon devoir de le faire mais je ne savais pas comment.
Un soir, alors qu'il venait d'effectuer sa dernière prière du jour, mon père me fit appeler par mon frère pendant que je comptais l'argent de la vente du jour. Il entama la conversation :
-Oulimata, tu sais que depuis la mort de Gnilane, rien ne va plus à la maison. J'ai de nombreuses dettes. Il n'y a pas longtemps, Abdallah, le boutiquier me menaçait de lui payer si je ne veux pas me faire humilier. Je suis un notable de ce village, mon humiliation sera un grand scandale. Mon ex voisine, ta tante Dibor vient de me proposer de t'envoyer à la capitale pour tenter ta chance comme toutes les autres filles de Dakar. J'avais un peu d'argent de côté, il te servira pour ton transport. Tu partiras demain à 15 heures. Ne t'en fais pas pour tes frères, ils iront à l'internat de Fatick grâce à une vieille connaissance.
Je n'eus pas besoin de prononcer un mot après ce discours. Je rêvais de partir à Dakar mais pas de cette manière. Je voulais y aller après mon bac pour étudier à l'université de Dakar
À 14 heures j'étais déjà prêté ainsi que mes bagages. Le départ fut très triste. D'ailleurs tous les membres de la famille pleuraient,me conseillaient et priaient pour moi. Après avoir passé toute une vie dans ce si beau village
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