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En prenant la direction des geôles, le petit groupe passa au pied de la première estrade des ventes aux enchères et Chase vit Colin, debout, sur celle-ci et enchaîné de la tête aux pieds. En laissant divaguer son regard, il vit également Feya, en bas des marches, sûrement la prochaine à passer.
- Courage les jumeaux. Murmura-t-il avant de baisser la tête et de suivre son nouveau Maître.
Comme si Colin l'avait entendu, il relevait la tête et fixa Chase, s'éloignant petit à petit. Il lui fit un petit sourire avant de fermer les yeux et de rebaisser sa tête. Dans la foule, une femme plutôt jeune et attirante, habillée d'un riche manteau en plume blanc et bleu leva la main et cria :
- J'en donne dix pièces d'Or pour lui et huit pour la jeune femme qui lui ressemble juste derrière.
Le commissaire-priseur se retourna et observa Feya, laissant le temps à un potentiel client de renchérir sur cette offre déjà élevée. AU bout de quelques minutes à essayer d'attiser la foule, personne n'éleva et le prix et son marteau tomba, validant ainsi la vente des Jumeaux.
En arrivant dans les geôles, Aaron remit les deux esclaves dans une seule et même cellule et s'approcha du geôlier.
- Prépare leurs affaires et un sac de provisions, nous partons demain à l'aube. Et donne moi la clef de la dernière cellule.
- Tout de suite Majesté.
Le geôlier alla ouvrir la dernière cellule et Aaron rentra. Son aura froide inonda la pièce et pourtant, Arwenn ne bougea pas d'un millimètre. Elle était assise sur la paille posée sur une planche de bois qui lui servait de lit. Adossée au mur, elle resta les yeux fermés, ignorant royalement l'arrivée du Prince. Aaron l'observa un instant avant de se diriger vers la petite fente du mur qui laissait passer un fin rayon lumineux. Puis après quelques minutes de silence, il dit, toujours d'un ton froid et indifférent :
- Tu ne t'es pas demandé, pourquoi tu n'as pas été emmené aux ventes comme tous les autres ?
- Non. Répondit la demi-Elfe d'un ton égal au sien.
- Je t'ai acheté, Hybride.
- Et ? Vous êtes venu me dire quelque chose d'utile ou vous cherchez juste une amie de Papote ? Je me fiche de savoir pourquoi ou comment.
- Ça ne t'intéresse pas de savoir pourquoi je t'ai acheté ?
Arwenn ouvrit les yeux et tourna légèrement sa tête vers lui, mais resta silencieuse. Il se retourna vers elle et croisa les bras. Il fixa son regard sur le visage de la demi-Elfe, se demandant pourquoi il ne pouvait détourner le regard d'elle.
- Nous partons à l'aube alors repose toi, la route sera longue et à notre arrivée, je te couperais les pointes. Aaron la dévisagea sans montrer une once d'émotions ou de sentiments à ce dernier commentaire. Sa voix se voulait dure et ferme, ne laissant aucun doute et choix à son interlocutrice.
Arwenn se leva d'un bond, la colère rugissant du fond de sa gorge et son regard s'assombrissant. Elle se rapprocha à pas lent, mais une aura glaçante l'engloba. En arrivant en face du Prince elle leva la tête afin de pouvoir le regarder droit dans les yeux, aucune peur et seulement du dégoût et de la haine teinta ses pupilles.
- Vous ne toucherez jamais à mes oreilles. Je suis fière de mes origines et ce n'est sûrement pas un prince snobinard cherchant le respect des autres par la crainte qui me fera quoi que ce soit.
Aaron la fixa, fronçant les sourcils et se penchant vers elle. Puis d'un coup, il décroisa les bras et l'attrapa par le cou. Il se tourna afin de la plaquer durement contre le mur et se rapprocha de son visage, ne laissant qu'un centimètre entre eux. Si vous pensiez ressentir de la froideur auprès d'Arwenn, actuellement, c'était de la glace autour d'Aaron. Il grinça des dents et resserrant sa prise, il lui lâcha d'un ton glaciale, rauque et bas :
- Écoute-moi bien Hybride... Ton manque de respect envers moi commence à mettre ma patience à bout et j'en ai tué pour beaucoup moins que ça. La seule chose qui te maintient en vie actuellement, c'est la rareté de ton sang et tes capacités à pouvoir me servir. J'en ai rien à foutre que tu crève, que tu sois fière ou courageuse. J'en ai rien à foutre que tu sois contente ou non et j'en ai rien à foutre de ce que tu penses de manière générale. J'ai décidé de te couper les pointes alors je les couperais. Si je le fais, ce n'est sûrement pas pour toi, mais simplement pour que je n'ai pas à me sentir obligé de sortir mon épée afin de punir la première personne qui oserait toucher quelque chose qui m'appartient. Tu es à moi et par conséquence, je ferais ce qui me chante. Donc, maintenant, tu fermes le trou béant qui te sert de bouche en ma présence et tu subis la tête haute. La prochaine fois que tu me tiendras tête, je te punirais d'une manière dont tu n'imagines même pas. Est-ce clair ?
Arwenn le fusilla du regard et d'une voix étouffée, ayant des difficultés à respirer elle lui répondit.
- Allez... Vous.. Faire... Foutre... Je... N'ai.. Plus... rien... À ... Perdre... Puis dans un dernier élan de courage elle lui cracha à la figure.
Aaron rugis de rage et la balança violemment sur le sol. Jamais, jusqu'ici, quelqu'un lui avait autant manqué de respect. Il fit quelques pas dans la cellule avant de donner un coup-de-poing dans la pierre. Puis dans un élan de fureur, il attrapa la demi-Elfe par la taille et la jeta sur son épaule avant de sortir de la pièce. Il passa devant tout le monde à grandes enjambées sans lâcher un seul regard à qui que ce soit. En rentrant dans le petit bureau du Geôlier, il vida un sac de graines en lin et recouvrit la tête de la jeune femme avant de la remettre sur son épaule. Elle se débattait avec hargne, alors, dans un geste de colère, il lui frappa violemment les fesses avant de lâcher un juron entre ses dents et de rajouter d'un ton calme, mais froid et de manière à ce qu'elle soit la seule à entendre :
- Continue et je t'assomme Arwenn...
Elle arrêta de bouger et grogna contre son dos. Ils sortirent du bâtiment et Aaron prit la direction des Écuries qui n'étaient qu'à quelques mètres de là. En rentrant à l'intérieur, il attacha les poignets de sa prisonnière à une chaîne qui pendait à l'entrée et qui servait, d'habitude à suspendre du matériel d'attelage. Puis il marcha vers le fond des écuries afin de trouver son cheval et de le seller. Il ne pensait à rien, il agissait presque automatiquement. Il semblait dans un état peu conscient de ses actes, mais il s'en moquait. Quelqu'un lui avait manqué de respect comme personne n'avait oser le faire jusque-là et il devait punir, il devait montrer l'exemple. Il devait obtenir le respect de cette femme. D'autres auraient péri sous sa lame pour juste avoir osé le regarder de travers mais elle... Elle était différente... Une hybride sans importance pourtant, mais il devait faire autrement.
Il finit de préparer son cheval et se redirigea vers l'entrée. Il détacha l'objet de sa colère et la jeta sur la croupe de son cheval avant de monter dessus et de partir au petit trot.
Il traversa toute la ville afin de sortir par la grande porte principale. La nuit était tombée et la fête battait son plein. L'on pouvait entendre des rires, de la musique, voir des danses, entendre les bardes chantaient à tue-tête. Mais en dehors des grands murs, l'obscurité envahissait les paysages, ne laissant que des dunes et taches sombre. Les étoiles brillaient de mille feux et le croissant de la lune semblait cacher derrière d'épais nuages. Plus ils s'éloignèrent, plus le bruit des fêtards fut remplacé par un silence lourd et étouffant. Seuls les bruits des sabots tapant sur la terre ferme du chemin, au rythme du galop se faisait entendre. Après une bonne trentaine de minute, il s'arrêta dans une petite ferme où porcs et poules se baladaient librement. Il y avait une vielle grange en piteux état, laissant des trous dans la toiture en paille. Une porte à moitié ouverte et ne tenant presque plus debout laissa sortir la petite branche d'un arbre. À gauche de la Grange, se trouvait une petite longère en bois et en paille en bien meilleur état, mais pas non plus toute jeune. Une faible lumière apparaissait par la fenêtre et de la fumée semblait s'échapper par la cheminée.
Il jeta pied à terre avant de faire descendre Arwenn et de la remettre sur son épaule par peur qu'elle cherche à s'échapper. Puis il alla frapper à la porte de trois grands coups.
- Chay, c'est moi, ouvre ! Cria presque le Prince.
À peine eu t-il fini sa phrase qu'un vieux monsieur trapu et hideux ouvrit la porte. Il le laissa entrer dans une pièce éclairée par deux chandeliers et un feu sous un chaudron fumant. Une odeur de poulet rôti s'en échappant. Au milieu de la pièce, se trouvait une longue table en bois accordé avec deux grands bancs à dossiers. Sur celle-ci, des ingrédients et récipients en tous genres trônaient sur la longueur. Près de la porte d'entrée, un buffet bancal faisait office de vaisselier. À côté de la cheminée, deux portes en bois se succédaient.
Le vieux monsieur répondant au nom de Chay se prosterna devant son invité de marque, un sourire vicieux sur les lèvres. D'une voix encrassée par la vieillesse et la fumée, il dit :
- Oh mon Prince quelle belle surprise, que puis-je faire pour toi ?
- Arrête ton bavardage inutile et tes simagrées d'hypocrites. Je viens voir le sorcier et non "le fermier" que tu prêtant être devant les autres. Répondit Aaron d'un ton autoritaire et absent de toute émotion.
Chay inclina légèrement la tête avant de se diriger vers la table et de commencer à ranger ses récipients divers et vairés.
- Et qu'est-ce que le sorcier peut faire pour vous votre Majesté ?
- Une potion d'oublie et une opération avec une potion d'endormissement.
- Puis-je vous demander pourquoi ?
- Non ! Fais simplement ce que je te demande. Déjà, prépare-moi une potion d'oublie sur une journée entière. Puis une potion d'endormissement pour deux jours.
- Bien votre Majesté et qu'avez-vous comme paiement ?
- Du sang de demi-Elfe....
Chay s'arrêta dans ses actions et fixa son regard sur le grand Aigle Garou et son colis, en plissant les yeux.
- Ce n'est pas possible... Cela fait des siècles que les Elfes ont disparut...
- Et pourtant, j'en ai... Alors arrête de poser des questions et mets toi au travail...
Arwenn commença à s'agiter sur son siège en essayant d'enlever son sac de la tête et grinçant des dents :
- Qu'est-ce que vous faites ? Vous ne me toucherez pas, enfoirée de première.
Aaron lui retira le sac et d'une prise violente sur ses cheveux, il lui fit pendre la tête vers l'arrière. Puis de son autre main, il lui prit les joues pour la maintenir en place. Il laissa une nouvelle fois sa rage consumer son regard avant de lui murmurer à l'oreille :
- Je t'ai dit quoi tout à l'heure ? Ferme ta gueule sinon je t'assomme. Tu es à moi par conséquent, je ferais de toi ce que bon me semble et maintenant, je veux ton sang et te couper les pointes. Tu n'as pas ton mot à dire Hybride. Puis d'un coup de pommeau dans la tempe, il l'assomma comme promis. Arween s'effondra dans ses bras, inerte.
Chay écarquilla les yeux et se dépêcha de les détourner avant de subir la fureur du Prince. Il chercha dans ses différentes fioles avant d'en sortir une de couleur jaune orangée et la tendit à son invité.
- Voici une potion d'endormissement, mais celle-ci vous emmène au pays des rêves pendant un minimum de trois jours. Cela, vous convient-il ?
- Très bien. Prépare le reste.
Aaron lui arracha la fiole des mains et mit la tête d'Arwenn vers l'arrière. Il repoussa ses mèches de cheveux vers l'arrière de ses oreilles et la regarda quelques secondes avant de lui écarter les lèvres et de laisser couler lentement l'ensemble de la potion. Puis il l'allongea délicatement sur le banc avant de prendre sa petite lame de ceinture et de la passer dans la flamme d'une bougie. Il fit ensuite une entaille dans la paume de la demi-Elfe avant de la serrer au-dessus de la fiole et d'y laisser tomber une petite quantité de sang. Ensuite, il arracha un bout de son mouchoir en tissu noir afin de le bander et d'arrêter le saignement.
Chay quant à lui sotie plusieurs ingrédients afin de les rassembler dans un grand bol. Puis le mélange terminé, il mit le contenu dans une fiole qu'il pendit au-dessus d'un petit feu présent au milieu de la table. Il récita dans un murmure une incantation :
- Per vires coeli et terrae, secundum patris et matris voluntatem unius totius, per iuramenta lucis et solis, quod totum hoc liquoris tui vicem horologii facit oblivisci.
La liqueur changea de couleur instantanément passant du noir au transparent. Puis il fit le tour de la table et déposa la fiole juste à côté d'Aaron. Il jeta un rapide coup d'œil à la rondouillarde couchée sur son banc avant de reporter son attention sur son invité.
- Et pour l'opération ? Qu'est-ce en particulier ?
- Lui couper la pointe de ses oreilles...
- Pardon ? I écarquilla les yeux avant de remettre à nouveau son regard sur la jeune fille et de se pencher vers elle afin de voir ses oreilles. À l'apparition des pointes, il jura dans une langue morte et fit un bond en arrière.
- Je n'ai pas le temps pour des explications futiles... Soit tu les coupes et tu vis soit tu refuses et tu meurs... Alors choisi bien... Vivre ou Mourir ?
( Index : Traduction de Per vires coeli et terrae, secundum patris et matris voluntatem unius totius, per iuramenta lucis et solis, quod totum hoc liquoris tui vicem horologii facit oblivisci. : Par les énergies du Ciel et de la terre, selon la volonté du père et de la mère d'un tout unique, par les serments de la lue et du soleil, que l'ensemble de cette liqueur fasse oublier un tour de cadran. )
Note de l'auteur : je m'excuse de tout ce temps sans suite de Milsagroth... Entre le travail et les vacances, il m'a été difficile de vous écrire la suite. Mais à partir de maintenant, je reprends l'histoire en espérant qu'elle continuera à vous plaire et à vous plonger dans l'univers fantastique d'Aaron et Arwenn )