Or la mission que je suis censée accomplir pourrait le tuer. Et Elle le sait...
Alors pourquoi ?
Mes doigts se mettent à trembler bien plus fort. Bien plus vite. Quand une larme s'échappe de mes yeux, avant que je ne l'essuie rapidement.
Elle a fait ça pour me détruire. Pour me faire souffrir. Pour se venger de ma fuite d'il y a sept ans.
Je prends quelques secondes pour reprendre mon souffle, jusqu'à ce que son odeur me parvienne à nouveau, et bien plus distinctement que la première fois.
Ce qui signifie qu'il est proche. Très proche.
Comme par automatisme, je me tourne sur ma gauche, pour lui faire face alors qu'il est en train de se frayer un chemin jusqu'à moi. Je fronce les sourcils en remarquant que les gens se poussent naturellement sur son passage.
Le rendant encore plus beau qu'il ne l'est déjà.
Le mettant sous les feux des projecteurs entre les danseurs.
Le faisant apparaître comme le vrai dominant qu'il est.
Et ça, je le comprends quand son aura naturelle me parvient. Je fais face à un dominant.
Ce qui me détruit encore plus.
Parce qu'au fond, je sais. Que je ne suis pas censée rester là. Que je dois partir, fuir loin de lui. Mais mon corps ne me répond plus.
Je ne devrais pas avoir d'âme-sœur... Je pourrais être la cause de sa mort.
Alors Zelda, c'est quoi ce bordel ?
Ma raison reprend le dessus et au moment où j'allais reculer pour m'éloigner, je sens une main se glisser dans le bas de mon dos, et un souffle se poser doucement sur mon visage. À ce contact, mon corps frissonne entièrement, et je tremble presque quand mes yeux retrouvent les siens.
Pour assister à une danse endiablée d'étoiles, qui me secoue jusque dans l'âme.
- Tu es magnifique...
Son murmure me fait rougir, alors que je me rends compte que je suis debout contre son corps brûlant qui m'apporte une chaleur réconfortante.
Mais la raison me revient de plus en plus, et je baisse le regard, comme honteuse et... déçue. Sa main resserre son emprise sur ma taille comme par réflexe.
- Je...
Mais au même moment, une voix m'interrompt :
- Hestia !
Je me sépare brusquement de lui et face à ce geste, mon corps en ébullition se refroidit instantanément, me donnant la chair de poule. Mais je l'ignore et reporte mon attention sur Lina.
- Il faut y aller, on a cours de...
Mais elle se stoppe en me dévisageant. Je me retourne vers mon âme-sœur qui fronce les sourcils en reposant son regard sur moi. Je soupire alors en baissant la tête avant de la relever avec un courage que je ne pensais pas possible dans une telle situation.
- Je suis désolée...
Et je recule lentement, lui montrant bien que j'instaure des barrières entre nous.
Des barrières qui ne doivent pas tomber. Sous aucun prétexte. Quel qu'il soit.
Mes yeux ne quittent pas les siens, alors que je sens mon cœur se fissurer dans ma poitrine quand ses sourcils se froncent.
Ne craque pas, ne craque pas. Je t'en supplie... ne craque pas.
Je cligne rapidement des yeux pour empêcher une seconde larme de couler, et me retourne brusquement pour partir de cette boîte de nuit, dans laquelle j'ai désormais l'impression d'étouffer complètement.
Mais mon poignet est attrapé, et je pivote sur moi-même, ce qui fait voler mes longs cheveux bruns. Alors que j'allais lui dire que ce n'était pas possible, que je ne pouvais pas être avec lui, il fait quelque chose que je n'avais pas anticipé : il me ramène contre lui, et mon corps s'embrase complètement, mais encore plus quand il penche sa tête et inspire l'odeur de mon cou.
Je rougis et retiens même un gémissement, avant qu'une petite pression de ses doigts sur le bas de mon dos ne me fasse perdre la raison ; je me laisse aller contre lui, acceptant son étreinte, et ma tête se loge sous la sienne. Je me délecte de son odeur, les yeux fermés, profitant de la sérénité qui m'habite alors face à ce contact.
Une sérénité dans laquelle je ne suis pas retombée depuis des années entières.
- Ne pars pas... Ne m'abandonne pas...
Je sens mon cœur louper un battement. J'ai envie de me retirer d'ici pour ne pas craquer mais je n'en fais rien, me contentant de murmurer :
- Je n'ai pas le choix... Je suis désolée...
- Je t'ai cherché toute ma vie, dans plusieurs continents entiers... Tu ne peux pas me faire ça... Hestia.
Je relève rapidement la tête, les yeux écarquillés. L'air ne semble plus parvenir jusqu'à mes poumons quand mon prénom sort de sa bouche. Nos regards ancrés l'un dans l'autre, je sens sa main se poser sur ma joue, me rendant cramoisie.
- Tu t'appelles comment ? murmuré-je sans même mesurer mes paroles.
- Adrien, répond-t-il en souriant – oh mon Dieu, son sourire. C'est...
- ... français, complété-je dans ma langue natale, sans quitter son regard charmeur.
Il hausse les sourcils, agréablement surpris.
- Je me disais bien que tu avais des origines étrangères. Je l'ai senti à ton accent...
Puis, contre toute attente, il se penche vers moi tandis que je me cambre pour reculer ma tête, alors que je suis toujours retenue par son bras.
- À ton magnifique accent, aussi irrésistible que toi.
Je rougis comme une pivoine, mon cœur battant la chamade quand il prononce ces mots en français.
- Euh... merci, bredouillé-je, désemparée.
Et complètement charmée.
À cette pensée, je secoue la tête pour reprendre mes esprits.
Qu'est-ce que je fous, non de Dieu...
Je me détache à contre-cœur, regardant en arrière vers Lina qui me jette des coups d'œil, tracassée. Ce qui m'aide à comprendre qu'elle sait ce qu'il se passe en ce moment-même entre Adrien et moi.
Penser à son nom fait bondir mon cœur, mais je sais que je dois me reprendre. Vite. Avant de laisser ce lien trop s'installer en nous deux.
Alors je le regarde droit dans les yeux et souffle :
- Je ne peux pas être avec toi, ce n'est pas... possible.
Alors je tourne les talons rapidement et m'en vais précipitamment vers la sortie. Je l'entends crier mon prénom en tentant de me rattraper, mais je sors de la boîte de nuit et m'enfonce dans l'Audi noire avec Lina sur le siège passager.
Et je jette un dernier regard dans le rétroviseur, juste pour apercevoir un homme imposant debout au milieu de la route.
Adrien... Mon Adrien.
Je ferme les yeux quelques secondes jusqu'à ce que je devine qu'il a disparu de ma vue, mais toujours avec l'image de mon âme-sœur en tête, aux côtés d'un autre homme qui s'est précipité vers lui avant que je ne cesse de le regarder.
Et alors, avec l'amertume issue de cette rupture trop violente pour mon âme affaiblie, l'Audi noire s'enfonce dans la noirceur infinie du ciel décoré de galaxies d'étoiles.
Comparable à la profondeur de ses yeux émeraude.