"Et donc pourquoi voulez-vous me voir ? Réussis-je à articuler, en arrivant à me délocaliser de ses yeux.
- Les règles du défi. Un défi à toujours besoin de règles et c'est bien plus excitant comme ça. Expliqua-t-il, en renvoyant la serveuse avec une commande déjà faite.
- Si vous le dites, et donc ces règles ? M'enquis-je pour quitter rapidement cet endroit.
- Tu sembles bien presser d'en finir. Remarqua-t-il, en me détaillant des yeux.
- Oui, j'ai un travail qui m'attend. Affirmai-je, en donnant une des raisons les plus plausibles."
Il me regarda longuement, son sourire avait disparu et c'était pour le mieux. Même si la décoration me décollait la rétine, je préférais regarder ça que la silhouette virile du loup-garou. Mon estomac était tellement comprimé que je cherchai des yeux l'enseigne des toilettes. Je calculai rapidement la distance et les obstacles à franchir. C'était faisable, enfin si mon estomac se révulsait soudainement. En parcourant la salle des yeux, je vis la serveuse revenir vers nous. Deux plateaux bien garnis dans les bras. Elle déposa tout ça devant nous et fit un clin d'œil aux garçons. Mon cœur se souleva à la vue de toute cette viande. Il y avait assez pour nourrir toute une famille.
Cameron et Cailean plantèrent une fourchette dans un gros morceau et s'apprêtèrent à le manger. Incapable d'en voir plus, mon estomac se révulsait. Sans perdre de temps en des mots, je me levai d'un bond et courus jusqu'aux toilettes sans encombre. J'ouvris la première cabine de libre, et me penchai au dessus pour régurgiter mon maigre repas du matin. Ma fureur calmée resurgit en moi, comme un tourbillon de flammes ardentes. Seigneur ! Ces types ne pouvaient-ils pas choisir un macdo comme tout le monde ? Je n'aurais jamais du entrer ici. Je devais être belle avec la tête dans les toilettes en vomissant le peu que j'avais mangé de la journée.
Après une vingtaine de minutes à vomir, je me redressai. Mon estomac toujours ballotté, mais vide de goût, se sentait soulagé. J'attrapai une poignée de papier toilette et m'essuyai avec. Je jetai tout dans la cuvette et tirai la chasse d'eau. Je rabaissai le couvercle des toilettes et m'assis dessus. Je devais avoir les yeux bouffis et larmoyants. Mon haleine devait être nauséabonde maintenant, et j'avais très envie de rentrer chez moi, pour maudire la planète entière. Je me levai de mon siège de fortune et me regardai dans le miroir des toilettes. Ma tête était vraiment affreuse. Mes yeux étaient vraiment tout bouffis et les larmes menaçaient de couler. J'étais aussi cadavérique qu'un fantôme. Je détestais vomir. Cela me rendait toujours ainsi. J'avais l'impression d'avoir été possédée par un fantôme.
J'ouvris le robinet et de mes mains tremblantes je passai un peu d'eau sur mon visage. La fraîcheur du liquide me fit un peu de bien, mais ce n'était pas suffisant. Je me rinçai la bouche et sortis des toilettes. Je bousculai pas mégarde un mur de chair, et je me retrouvais les fesses au sol. Des mèches de cheveux roux me tombaient devant les yeux. Je les rejetai en arrière d'un geste de la main, et mon regard noisette chargé de colère se posa sur le chien galeux, qui avait décidé de me prendre en chasse.
"Je peux savoir pourquoi vous êtes planté là ?! Demandai-je, furieusement.
- Je voulais juste savoir si vous n'alliez pas nous fausser compagnie. Répondit-il, en me scrutant de ses yeux bleu outremer.
- Votre super ouïe ne vous a pas prévenu que je vomissais ? À moins que cela vous a amusé de me voir malade ? Répliquai-je d'un ton dur et sarcastique.
- En effet je vous ai entendu vomir, et non ça ne me fait pas plaisir de savoir que vous êtes malade. Soupira-t-il, en levant les yeux au ciel."
Je me relevai d'un bond, prête à lui dire ma façon de penser, mais Cailean m'interrompit.
"Très chic de parler dans les toilettes. On se croirait au lycée. Pouffa-t-il."
Je lui lançai un regard meurtrier. Il ouvrit en grand ses yeux bleus métalliques. Ses lèvres formaient un o. Tout n'était qu'exagération, mais je n'avais pas très envie de rester face à Cameron. J'avais une apparence de malade, je pouvais jouer la comédie. Mes jambes se mirent à trembler, et je ne le faisais même pas exprès. L'envie de vomir me reprit quand la serveuse apparut derrière eux. Elle me foudroya de son regard le plus noir. Je lui gratifiai un sourire ironique. Si seulement cette fille savait ce que j'endurais. Elle tenta de passer à travers les deux frères,en se frottant le plus possible contre eux. Ce spectacle me donna envie de rejoindre la cuvette des toilettes. Et je ne me fis pas prier pour retrouver une cabine vide et vomir une deuxième fois. Une quinte de toux me prit et une nouvelle gerbe d'acide d'estomac sortit rejoindre l'eau poisseuse des toilettes. Cet endroit et la présence de ces chiens me rendaient malade.
Après avoir calmer mon estomac, je me redressai et tirai la chasse d'eau. Je partis de nouveau me rincer la bouche et m'aspergeai le visage. J'allais finir par m'évanouir si cela continuait. Mon teint était carrément devenu blafard. Je me jurai que si ces deux idiots ne me laissaient pas rentrer chez moi, je leur vomirais dessus. Je me retournai vers eux. Ils se parlaient à voix basses et me jetaient quelques coups d'œil. Ils devaient parler de moi. Je me rapprochai d'eux d'un pas presque chancelant. Cameron me laissa passer et me suivit. Je n'avais aucune envie de retourner m'asseoir, l'air frais me ferait du bien, donc j'allais droit à la sortie. Sans même un au revoir ou un merci pour la serveuse à l'air godiche, je sortis et fonçai droit vers ce qui me semblait le lieu idéal pour reprendre mes forces. Son enseigne en M jaune me soulageait et j'entrais dans le macdo. L'odeur des frites entrain de cuire, fit gargouiller mon ventre. J'allai à une borne, et pris commande sur le champ.
Après avoir pris commande et payé, j'avais récupéré un ticket avec un numéro dessus. Je cherchais des yeux une place. Je ne pris pas longtemps pour trouver un petit coin tranquille. Je me glissai sur le fauteuil en cuir, m'enfonçai dedans. Je reprenais vie ici. À ma surprise, je ne vis pas les loup-garous prendre place avec moi. Je les cherchais dans le macdo, mais aucune trace. Je risquais un coup d'œil dehors et ils étaient là. Regardant l'enseigne jaune, comme si c'était le symbole du diable. Bonne nouvelle, ils n'aimaient visiblement pas le macdo. Un endroit sûr pour moi, ma commande arriva et je me réjouis en ouvrant la boite de mon sandwich. L'odeur du poulet me ravissait. Je me mis à manger, prenant le temps de savourer ce délice. Mon téléphone sonna, je me dépêchai de reposer mon burger à moitié entamé pour m'essuyer les mains. J'attrapai mon portable et décrochai.
"Allô ? Dis-je, en buvant une gorgée de coca.
- Haylie, je peux savoir ce que tu fais ? Me demanda la voix énervée de Cailean.
- À votre avis, je fais quoi dans un macdo ? Répondis-je, sarcastique.
- Haylie ! Vous ne pouviez pas rester au Grill ? Agissez comme une adulte responsable s'il vous plait. Mon frère est déjà bien assez dur à gérer. Maugréa-t-il."
J'ignorais si c'était parce que j'étais au téléphone, mais ma colère explosa comme une super nova. On l'entendrait sûrement jusqu'à l'autre bout du monde mais tant pis, j'en avais plus qu'assez.
"Adulte responsable ?! Non mais c'est l'hôpital qui se fout de la Charité là ! Vous ne pensez pas que je me suis comportée avec maturité en vous suivant, sans rien dire !? Surtout quand vous m'avez amené dans ce Grill ?! J'ai cet endroit en horreur, j'ai fait l'effort de ne pas m'enfuir en courant ! Je me suis même retenue de vous vomir dessus ! Et vous ne me trouvez pas adulte ?! Non mais je rêve ! Dites bien ceci à votre frère, je ne compte pas le laisser m'attraper. Et si il veut parler de son règlement, il n'a qu'à venir au bureau et on en parlera ! M'écriai-je, hors de moi."
Je raccrochai et lançai un regard noir à ceux qui me regardaient. Je repris le cours de mon repas. Je ne savourais plus mon déjeuner, je l'engloutissais. Je jetai un regard noir à l'extérieur où m'attendait mon patron. Cameron s'en était allé et c'était tant mieux. Je l'avais prévenu que je lui mènerai une vie d'enfer, et cela commençait maintenant.