Cailean était déjà pas mal en soi, mais mon imagination sur son grand frère revenait presque à une statue grecque. Je secouais la tête afin de faire disparaître, l'image grecque de Cameron dans mon esprit. Cela devenait inapproprié. Ma matinée se passait plutôt bien, jusqu'à ce que Cailean ne m'appelle à son bureau. Bon j'étais son assistante mais tout de même, moins je le voyais et mieux je me portais. Debout, en face du loup-garou, j'attendais les bras croisés.
"Vous vouliez me voir, monsieur Sealgair ? Dis-je d'une voix acide.
- Ah ! Haylie ! Me sourit-il, en ouvrant ses bras pour m'accueillir.
- Allez droit au but. Nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde. Répliquai-je, en essayant de couper court à notre entrevue.
- Ne soit pas si désagréable, et appelle-moi Cailean. Rouspéta-t-il, en faisant une moue boudeuse.
- Je n'ai pas que ça à faire. Rétorquai-je, agacée."
Il lâcha un gros soupir de résignation et d'exaspération. Quel comédien celui-là ! Il ne restait plus qu'il fasse de grands gestes et qu'il me parle l'ancien français. Il se leva et vint se positionner face à moi. Je ne bronchai pas. Je savais qu'il ne me forcerait jamais à le suivre contre mon gré face à son frère. Le jeu était seulement entre Cameron et moi, Cailean était juste un spectateur. Je restais campée sur ma position, attendant qu'il n'aille dans le vif du sujet.
"Cameron veut te voir ce midi. Lâcha-t-il, brusquement."
Ok... la prochaine fois, je jouerai le jeu de Cailean, en allant même jusqu'à lui faire un gros câlin et criant au monde entier qu'il est mon pire meilleur ami au monde. Savoir que son frère voulait me voir, n'était pas une très bonne chose. Le pire, c'était qu'il voulait me voir ce midi et que si mon patron décidait que c'était comme un devoir envers l'entreprise, je n'aurais pas d'autres choix que d'y aller. Et visiblement, je n'avais pas le choix. Le regard sérieux de Cailean me le disait. Sa lueur espiègle n'y était pas pour m'indiquer qu'il se moquait de moi. Mon cœur se mit à battre plus vite et mes entrailles se tordaient dans tout les sens. J'aurais très bien pu rejeter mon petit-déjeuner sur le champ, mais ma foutue éducation sur la bienséance m'en interdisait. Je hochai la tête pour lui faire comprendre que j'avais bien compris. Il sourit de nouveau, soulagé que je n'oppose pas de résistance. Il avait sûrement reçu l'ordre de me ramener par la force si il le fallait.
Nous étions assis dans un petit restaurant de style Buffalo. Je n'aimais pas du tout le Buffalo alors être dans un endroit du même type, me donnait très envie de partir. Ma jauge d'affection n'était déjà pas très élevée envers Cameron et sa meute, mais là, elle venait de friser le néant. Je me pinçais l'arrête du nez pour éviter de partir en courant. L'odeur de viande était mélangé à la drôle odeur du produit qu'ils utilisaient pour cirer le sol. Le style western ne rendait pas justice à cet endroit. Le blanc et le rouge se mariaient moyennement avec le cuir marron des sièges et des tables en bois beige. J'avais fermé les yeux pour éviter de les massacrer encore plus, avec les affiches d'un style un peu trop pimpant pour le restaurant. La carte était plutôt jolie, mais les noms étaient peu ragoûtant.
J'avais abandonné le menu dans un coin de la table, avant de fermer les yeux en attente de cet imbécile de chien. C'était censé être un loup-garou, mais il mettait trois plombs à venir. Le lieu était vraiment mal choisi, je n'avais aucune envie d'être ici et il avait le culot d'être en retard. Ma colère venait d'atteindre le seuil de fureur cinglante.
"Cailean, dis-moi qu'il est arrivé parce que je te jure que je suis prête à t'étrangler sur le champ. Soufflai-je, les yeux toujours clos.
- Je t'en prie, fais-toi plaisir. Me répondit une voix rauque et suave qui n'était pas la voix de mon patron."
J'ouvris les yeux et me redressai d'un sursaut. J'avais failli culbuter sur mon chaperon, mais avec la chance du ciel, c'était avec la table. Je lâchai un grognement en me frottant les parties touchées. Je lançai un regard noir vers celui qui était censé être Cameron Sealgair. Il avait les mêmes cheveux bruns que Cailean et les mêmes yeux bleus, bien qu'une teinte plus sombre proche du violet. Il était plus grand que son frère cadet, ses épaules étaient bien plus larges et ses muscles plus saillants. Son nez était légèrement retroussé et ses lèvres étaient juste exquises. Elles n'étaient ni trop épaisses ni trop fines. Elles formaient un trait ravissant. Son menton n'avait pas un poil. Contrairement à son frère, qui semblait la raser de telle manière, qu'on avait l'impression qu'elle venait juste de pousser. Il était presque aussi identique que dans mon imagination, les effets spéciaux en moins. Les dieux grecques existaient bel et bien dans ce monde laid et repoussant.
"Vous êtes Cameron Sealgair ? Demandai-je, abasourdie par son apparition."
Il haussa des épaules, et même malgré mon hébétude, cela ne me plaisait pas. Bon il était vrai que j'avais oublié la bienséance, mais comment Dieu voulait que je me soucie de ça, avec son homologue grecque en face de moi ?! C'était mission impossible, tout comme lui échapper. Non mais quelle nouille j'étais, pour m'enfuir loin d'un type... diablement sexy ! J'avais visiblement besoin de lunettes. Cependant même avec sa belle gueule de dieu Apollon, son caractère de cochon et ses actes peu civilisés m'aidaient à ne pas craquer sur lui. J'avais seulement retrouvé cette foutue bienséance.
"Excusez mon impolitesse. Haylie Debline, mais vous deviez déjà le savoir, vu que j'avais demandé à votre frère ici présent. De vous faire passer un message très explicite. Dis-je, en plongeant mon regard noisette dans le sien.
- J'ai en effet reçu ton "message". Me répondit-il, un rictus amusé sur les lèvres.
- Je suppose que cela vous a amusé que je vous menace de la sorte ? Soupirai-je, en levant les yeux au ciel.
- Menace ? J'appellerai ça plutôt un défi, et j'aime les défis. Avoua-t-il, en happant de nouveau mon regard dans le sien."