- « Tu devrais être reconnaissante, tu sais. Dans le temps, les Omégas comme toi finissaient violées, torturées, mortes. Maintenant, on vous laisse travailler. »
Ses paroles me lacèrent plus profondément que le froid. Je garde le silence, sachant que toute réponse ne ferait qu'aggraver ma situation.
Elle me tend une cape épaisse, rugueuse, suffisamment grande pour me couvrir de la tête aux pieds. Je l'enfile, appréciant la maigre protection qu'elle offre.
- « Allez, Freya, bouge-toi. Le marché commence, et Hunter n'aime pas attendre. »
Hunter, l'Alpha des Griffes-Sombres, a pris la tête de la meute il y a cinq ans, succédant à son père. Sous son règne, les Omégas adultes sont échangés comme de simples marchandises lors de cérémonies entre meutes.
Astrid me pousse vers la grande salle où se tient la réunion. Les Alphas des meutes voisines sont déjà présents, leurs regards prédateurs se posant sur moi avec une avidité non dissimulée.
Hunter se tient au centre, imposant, la trentaine, une aura de puissance émanant de lui. Il s'avance et, d'un geste brusque, retire ma cape, me dévoilant nue devant l'assemblée.
Des murmures approbateurs s'élèvent. Je fixe un point devant moi, tentant d'ignorer les mains qui se posent sur mon corps, explorant sans vergogne.
L'une d'elles s'attarde sur ma poitrine, une autre glisse sur mes hanches. Mon cœur bat à tout rompre, mais je refuse de leur donner la satisfaction de voir ma peur.
Un Alpha s'approche, son visage près du mien, inspirant profondément pour capter mon odeur. Nos regards se croisent, et je le défie du regard, une flamme de défiance brûlant dans mes yeux.
Son expression se durcit. Sans avertissement, sa main s'abat violemment sur ma joue, me projetant au sol.
- « Je vais t'apprendre à rester à ta place, chienne. »
Il se penche, sa main cherche à s'immiscer entre mes cuisses. Je les referme avec force, puis, rassemblant mon courage, je crache en plein sur son visage.
Furieux, il m'attrape par les cheveux, me traînant sur le sol rugueux jusqu'à une cage située à l'arrière de la salle. La douleur est intense, mais je m'accroche à ma dignité, refusant de crier.
- « Rien que pour ça, je vais t'acheter et te briser. »
Il me jette dans la cage, refermant la porte avec fracas. Se tournant vers ses pairs, il affiche un sourire carnassier.
- « J'ai toujours eu un faible pour les rousses. Elles ont ce petit quelque chose de piquant. »
Les autres Alphas rient, partageant sa plaisanterie, tandis que je reste recroquevillée dans la cage, la rage bouillonnant en moi.
Les rires gras des Alphas résonnent autour de moi, lourds, moqueurs, emplis de cette suffisance insupportable qui suinte de leur être. Chaque éclat de voix est une gifle invisible qui nourrit ma rage.Je serre les poings, la morsure métallique des barreaux contre mes doigts m'empêchant de trembler. Je refuse de leur donner ce plaisir.
Une voix s'élève au-dessus du brouhaha. Une voix que je reconnais immédiatement.
Celui qui m'a giflée, celui qui m'a traînée au sol avant de m'enfermer dans cette cage comme un vulgaire animal.
- « Tu connais ses origines ? » demande-t-il, son ton grave et tranchant dominant instantanément l'assemblée.
Je ne bouge pas, mais je me force à lever discrètement les yeux. Une aura écrasante se dégage de lui, différente de celle des autres. Pas plus forte... plus cruelle.
Un lion-garou.
Un frisson me parcourt malgré moi. Tout le monde connaît leur réputation. Leur arrogance, leur mépris pour les autres races... et leur goût du jeu malsain.
Ils aiment dominer.
Jouer avec leurs proies.
Torturer.
Briser.
Violer.
La panique m'oppresse, vicieuse, sournoise, m'agrippant la gorge comme des griffes invisibles. Je ravale mon souffle, je ne dois pas flancher.
- « Oui, c'est une louve. Pure souche, Alpha Escanor» répond Alpha Hunter, d'un ton ferme.
Je tourne légèrement la tête vers lui. Il est censé être mon bourreau, lui aussi. Pourtant, sa voix est différente. Moins moqueuse. Moins satisfaite.
Escanor plisse les yeux.
- « Tu es sûr ? Je ne peux pas accepter une lionne parmi les miennes. »
Sa voix me donne envie de vomir. Ce ton suffisant, ce mépris, cette manière de parler de moi comme d'un vulgaire objet...
- « Je te l'assure. Elle est des nôtres. »
Son nom résonne comme un verdict dans l'air suffocant de la pièce. Si cet homme me choisit... Je suis condamnée.
Un écho me transperce la poitrine. Un appel. Un murmure en moi.
- « Respire, Freya. Je suis là. »
Je cligne des yeux.
Skadi.
Ma louve.
Elle n'a jamais failli, jamais reculée. C'est mon ancre, ma rage, ma force brute.
- « Ils ne nous briseront pas. Peu importe ce qui arrive, nous nous battrons. Ensemble. »
Je me raccroche à elle, à cette promesse silencieuse qui pulse dans mon sang.
Peu importe où ils m'emmènent, je trouverai un moyen de m'échapper. Je suis une louve. Et je refuse d'être leur proie.