Les cages s'ouvrent une à une. Chacune est tirée, traînée ou poussée vers son "nouveau maître".
Quand vient mon tour, Escanor me saisit sans douceur et attache mes poignets à ceux des deux autres femmes avec une corde rêche.
- « Dépêchez-vous. » grogne-t-il, en nous tirant vers une voiture aux vitres teintées.
Nous sommes poussées à l'intérieur comme du bétail, entassées à l'arrière sans un mot.
L'odeur de cuir et de parfum capiteux envahit mes narines. Une odeur trop forte, trop raffinée pour un monstre comme Escanor.
La porte du passager s'ouvre, et une silhouette élancée et prédatrice prend place à l'avant.
Je n'ai pas besoin qu'il parle pour comprendre.
C'est son Bêta.
Aussi beau et suffisant qu'Escanor, mais avec quelque chose de plus traître, plus sournois. Ses traits sont fins, élégants, mais son regard doré brille d'une malveillance carnassière.
- « On roule toute la nuit ou on s'amuse un peu avant ? » demande-t-il d'un ton faussement détaché.
Mes muscles se tendent. Un sentiment de panique me broie la poitrine, mais je me force à garder un visage impassible.
Escanor souffle, contrarié.
- « Pas le temps, Eros. Ils nous attendent demain. »
Eros claque la langue, visiblement frustré.
- « Dommage... »
Un sourire en coin étire ses lèvres. L'assurance d'un homme qui sait que son plaisir n'est que retardé, pas annulé.
Le moteur vrombit. La route s'étire à l'infini.
La fatigue me gagne peu à peu, malgré la peur qui pulse en moi comme une bête aux aguets.
Puis, lentement... je sombre.
- « Reste en alerte. » murmure Skadi dans un souffle lointain.
Je ne lui réponds pas. Je ne peux plus lutter.
Le sommeil m'emporte.
La violence du choc me réveille.
Je n'ai pas le temps de comprendre. Mon corps s'écrase contre le sol rocailleux.
Un gémissement m'échappe malgré moi.
Les portes claquent. Des pas s'approchent.
- « Debout. » ordonne Escanor, sa voix froide et tranchante.
Je lève lentement la tête, mes membres engourdis par le sommeil brutalement interrompu.
Autour de nous, l'air du matin est encore chargé d'humidité. Le ciel s'illumine doucement, teinté de rouge et d'or par le soleil naissant.
Un autre jour. Une autre prison.
Escanor nous surplombe, son expression est satisfaite. Il aime nous voir ramper, il aime la soumission.
- « Mes chères petites louves... » souffle-t-il, amusé. « Il est temps de faire honneur à votre nouvelle vie. »
Il claque des doigts, et Eros s'avance à son tour, un sourire carnassier aux lèvres.
- « Mon Bêta va vous amener à la mise en beauté. » reprend Escanor, un éclat cruel dans le regard.
Un frisson d'angoisse me traverse.
- « Ce soir, vous devrez être resplendissantes pour notre banquet de bienvenue... » continue-t-il, se régalant de chaque mot.
Banquet? S'amuser ?
Ma gorge se serre. Je sens déjà où tout cela mène.
- « On doit bien vous sublimer avant qu'ils puissent se délecter de vous... et jouer un peu. »
Un ricanement d'Eros vient ponctuer la sentence.
Mon cœur cogne violemment contre ma poitrine.
Ils comptent faire de nous leur divertissement.
Je ravale ma peur.
Il va falloir trouver une issue, et vite.
Eros nous fait entrer dans une pièce austère, aux murs de pierre froide et sans fenêtres. Une seule porte en bois massif nous sépare du couloir.
- « Restez ici. » ordonne-t-il d'un ton détaché.
Il referme la porte derrière lui, nous laissant seules.
Le silence est pesant.
Aucune de nous ne parle, trop conscientes du danger. Nous sommes en territoire ennemi.
Soudain, la porte s'ouvre de nouveau et Eros revient, son regard vissé sur moi.
- « Toi. » lâche-t-il. « Quel est ton nom ? »
Je le fixe sans répondre. Pourquoi veut-il savoir ?
Il penche légèrement la tête, un sourire amusé aux lèvres.
- « Pas très bavarde, hein ? »
Toujours rien.
Je refuse de lui donner ce qu'il veut.
L'amusement dans ses yeux disparaît en une fraction de seconde. Son regard s'assombrit.
Sans prévenir, sa main s'abat lourdement sur mon épaule. Il m'empoigne violemment, me forçant à me lever.
- « Très bien. On va régler ça ailleurs. »
Il me traîne hors de la pièce et referme la porte derrière lui. Les autres restent enfermées, silencieuses.
Je suis poussée dans une autre salle, plus petite. Une table massive trône au centre.
Eros me jette dessus comme un vulgaire sac de grain.
La douleur explose dans mes côtes, mais je ravale un gémissement.
- « Écoute-moi bien. » Sa voix est basse, glaciale. « Quand on te pose une question, tu réponds. »
Il se penche au-dessus de moi, son souffle brûlant effleurant mon oreille.
- « Tu feras tout ce qu'on te demande sans broncher. »
Je serre les dents, chaque muscle tendu par la rage.
Jamais.
Un bruit sec résonne dans la pièce.
Un claquement.
Je tourne la tête juste à temps pour voir Eros retirer sa ceinture.
Un frisson glacé me traverse la colonne vertébrale.
Non.
Non, non, non.
- « Qu'est-ce que tu vas me faire... ? » ma voix est rauque, contrôlée, mais mon cœur tambourine dans ma poitrine.
Je tente de me retourner, mais il me plaque brutalement contre la table.
- « Reste tranquille. »
Un premier coup de ceinture s'abat violemment sur ma fesse droite.
Je me fige, interdite.
Je m'attendais à tout... mais pas à ça.
Un autre coup claque sur ma fesse gauche.
Puis un autre.
Et un autre.
Je n'ai pas mal.
Pas encore.
Eros siffle doucement.
- « Tu veux être forte ? » murmure-t-il, moqueur. « On va voir jusqu'où tu tiens. »
Les coups s'enchaînent, plus rapides, plus brutaux.
Ma peau commence à brûler sous l'assaut, mais je garde le silence.
Je ne pleurerai pas.
Skadi hurle en moi, prête à bondir, à lui arracher la gorge.
« Contrôle-toi ! » lui ordonné-je, le souffle court.
Nous ne savons pas où nous sommes.
Nous ne savons pas combien ils sont.
Si je cède à la rage, nous mourrons ici.
Eros gronde, frustré que je ne cède pas.
Les coups deviennent plus violents, plus précis.
La douleur devient une lame rouge, tranchante, cuisante.
Puis...
Ma peau se fendille.
Le sang perle.
Et la douleur explose.
Un sanglot m'échappe.
Je n'arrive plus à le retenir.
- « Arrête... ! » je halète. « Je... Je m'appelle Freya ! »
Le silence retombe.
Eros s'arrête enfin.
Je tremble, le front plaqué contre le bois de la table.
Il pose sa main sur mon visage, caressant ma joue avec une douceur écœurante.
- « Bonne fille. »
Mon estomac se soulève.
Il attrape mon menton et me force à lever les yeux vers lui.
- « Maintenant, tu as compris les règles. »
Son sourire s'élargit, satisfait.
- « Et ne t'en fais pas... Je vais personnellement m'occuper de toi. »