- Je te signale que ta mère est une femme.
Il fit un bond de sa chaise, surpris. Sans doute se croyait-il tout seul. Ses pas le portèrent furieusement jusqu'à moi.
Il me dévisagea derrière son masque avec ardeur. Il me jugeait presque.
Il semblait surpris de me voir là et très vite ses traits se transformèrent en colère. Je sentis une bouffée d'adrénaline parcourir mon corps alors que l'espace entre nous s'amenuisait. Ses yeux lançaient des éclairs.
Je reculais instinctivement d'un pas, cherchant à maintenir une distance de sécurité entre nous. Cela ne le fit pas reculer, au contraire, il avançait toujours dans ma direction, sa rage était palpable dans chacun de ses pas. Son regard me transperça.
- Encore toi ? Est-ce que tu me suis ? Grogna-t-il.
Je le fixais droit dans les yeux. Je refusais de me laisser intimider par son attitude arrogante.
- Te suivre ? Qui voudrait te suivre ? crachai-je. T'es-tu vu ?
Je sentais mon cœur battre encore plus fort dans ma poitrine, mais je refusais de flancher. Je ne me rabaisserai pas devant ses paroles venimeuses. Je pouvais sentir la tension qui s'était créée entre nous. Je pouvais le voir à travers son regard qu'il me détestait. Le temps s'était refroidi d'un coup et le vent souffla. Son parfum m'emplit les poumons. Un parfum épicé à l'instar de son caractère.
- Tu en fais tout un plat, mais tu devrais te sentir reconnaissant. Ta famille veut un héritier, n'est-ce pas ? Si tu ne sais pas, laisse-moi te dire que seule une femme peut en donner. Ces mêmes femmes que tu dénigres sont celles qui souffrent en donnant la vie. Certaines meurent en labeur. Mais qu'est-ce que tu peux comprendre de tout cela ? Tu n'es même pas digne d'être appelé un être humain. Regarde-toi, obligé de cacher ton visage derrière un masque pour cacher le monstre que tu es.
Alors que je lui lançais ses paroles aussi dures que les siennes, je sentais mon cœur battre encore plus fort dans ma poitrine. Son regard brûlant me transperça. Il fit un pas vers moi. Mâchoire serrée, je restais statique. Reculer serait admettre que j'avais peur de lui. Or, je n'avais pas peur. Malgré cette détermination à ne pas reculer, je ne pouvais m'empêcher de ressentir une pointe d'appréhension. Il s'approcha encore plus près. Je sentais une bouffée de peur monter en moi alors qu'il semblait grandir en taille et en présence au fur et à mesure de ses pas.
Ma gorge se serra et chaque battement de mon cœur semblait marquer un compte à rebours. Je déglutis alors que les mètres entre lui et moi se transformaient en centimètres, et les centimètres en millimètres, jusqu'à ce que je sentis presque son souffle sur mon visage. Ses longs doigts fin glissèrent sous mon menton qu'il releva. Mes iris pénétrèrent les siens. Verts, sombres, glaciales. Il me scrutait, m'analysait, chaque millimètre de mon visage. C'est comme si ses iris verts scrutaient mon âme. Il l'enveloppait, le décortiquait, le passait au peigne fin...
- Alors, j'espère pour toi que ta mère est de celles qui sont mortes, ça nous ferait un déchet en moins.
Je laissais échapper un hoquet de surprise, ne m'attendant pas à des paroles aussi cruelles. Ses mots résonnèrent dans chaque recoin de ma tête. Et sans réfléchir, ma main s'abattit sur sa joue. Le son de la gifle claqua dans l'air. Ma respiration s'accéléra sous l'adrénaline. Son masque voltigea et tomba sur le sol, m'offrant une vue sans merci sur son visage défiguré.
- Retire immédiatement ce que tu viens de dire !
Je venais de perdre tous mes moyens. Je fronçais les sourcils, mes poings froissaient le tissu de ma robe. Et ma poitrine se soulevait et s'abaissait frénétiquement au rythme de ma respiration.
- Est-ce que j'aurais touché un point sensible ?
Je ne répondais rien et me mordis l'intérieur de la joue. Son regard se posa sur le masque qui gisait sur le sol pendant un instant. Un frisson d'horreur me parcourut alors qu'il s'approchait de nouveau de moi. J'avais l'impression que sa présence étouffait l'air autour de nous. Je sentais une bouffée de colère mélangée à de la peur montée en moi.
- J'aurais dû me mettre en colère à cause de cette gifle, dit-il d'un ton glacial. Mais... La peur que je vois sur ce visage de porcelaine me procure une énorme satisfaction.
J'étais figée. Mon cœur battait la chamade alors que je luttais pour conserver mon calme. Je refusais de lui donner le plaisir de voir ma détresse.
Je ne pouvais retirer mes yeux de ses vagues sur sa peau. Sa carrure était si dominante. Sa prestance était sans appel. Mais je ne me soumettrai pas. Non, Elisa ne fléchit pas, et surtout pas pour un déchet comme lui.
- Je n'ai... pas peur de toi, articulai-je difficilement alors que je n'avais qu'une envie après avoir vu ce visage, et c'était de prendre mes jambes à mon cou.
- Vraiment ?
Il fit encore quelques pas de plus. Je faisais tout mon possible pour ne pas reculer, malgré sa proximité. Combien encore comptait-il avancer ? Mon cœur se mit à tambouriner de plus en plus vite à cause de la peur. Mais je n'allais pas fléchir. Elisa Malhotra ne fléchissait jamais devant personne. Personne. Et encore plus si ma fierté était en jeu.
- Je n'ai pas peur de toi, repris-je.
Il s'approcha encore plus près, ses pieds touchaient presque les miens, sa main se saisit de mon bras qu'il tira soudainement vers lui. J'écarquillais les yeux lorsque je voyais son visage de si près. C'était comme regarder l'échantillon d'un produit aux microscopes. C'était hideux.
Je pouvais sentir son souffle sur mes lèvres.
Je n'avais pas le droit d'être aussi proche d'un homme. Il me l'avait interdit. Je n'oserais imaginer sa colère si jamais il l'apprenait.
Toute ma raison me suppliait de le repousser. Mais ma fierté me l'interdisait.
Ce Liam Utterhood, jamais je ne le laisserais croire qu'il pouvait me dominer. Même avec cette vue cauchemardesque sur son visage qui me donnait envie de vomir. Je ne fléchirai pas.
Je prenais une légère inspiration.
- Ce n'est pas la peur qui m'inspire quand je te regarde. Mais le dégoût. Tu es simplement... soufflai-je. Répugnant.
Je sentis sa main me broyer le bras.
- Ton physique et ton caractère, continuai-je en remarquant la rage dans ces yeux à chaque mot que je prononçais.
La poigne sur mon bras se fit de plus en plus forte, plus intense, plus puissante. Je pouvais sentir mes os dans sa main, à deux doigts de se briser. Je grimaçais de douleur. Mais repris vite un visage impassible malgré la brûlure. Sa main se fit comme du feu et mon bras était en combustion.
- Personne n'épousera une personne comme toi.
Ma respiration, tout comme la sienne, était devenue lourde. Le silence était tendu, on se défiait du regard et personne ne semblait avoir l'intention de baisser les yeux. Personne ne voulait fléchir devant l'autre. C'était une lutte d'égo. Je pouvais sentir l'intensité de son regard rempli de mépris et de défi me transpercer. Alors qu'il paraît sur le point de me répondre, une voix familière résonna au loin.
- Elisa !