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VENDUE DÉFINITIVEMENT AU SEIGNEUR DE LA MAFIA
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Chapitre 5 Chapitre 5

Chapitre 5 LE MASQUE TOMBE

Deux semaines s'écoulèrent dans une étrange routine.

Camila jouait son rôle à la perfection. Elle ne protestait plus. Elle ne pleurait plus. Elle obéissait aux ordres de Rosa avec une docilité qui aurait pu passer pour de la résignation. Mais derrière le masque, son esprit ne cessait jamais de chercher, d'analyser, de planifier.

Elle observait les gardes. Leurs rondes. Leurs habitudes. Les moments où leur vigilance fléchissait. Elle notait mentalement les caméras, les angles morts, les faiblesses du système de sécurité.

Et surtout, elle observait Alejandro.

Chaque soir, il la convoquait. Parfois pour dîner en silence. Parfois pour parler de choses insignifiantes - la météo, les livres de la bibliothèque, la musique qu'elle aimait. Jamais il ne la touchait, sauf ces frôlements calculés qui la faisaient frissonner malgré elle.

Il jouait un jeu. Et elle devait comprendre les règles si elle voulait gagner.

Ce soir-là, lorsque Rosa vint la chercher, quelque chose était différent. La femme portait une grande boîte blanche, ornée d'un ruban de soie.

- Le Seigneur veut que tu portes ça ce soir, dit-elle en posant la boîte sur le lit.

Camila fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

- Il reçoit des invités. Des hommes importants. Tu dîneras avec eux.

Le sang de Camila se glaça.

- Quoi ? Non, je...

- Ce n'est pas une suggestion, coupa Rosa. Tu seras prête dans une heure.

Elle sortit, refermant la porte derrière elle. Camila fixa la boîte comme si elle contenait un serpent venimeux. Lentement, elle souleva le couvercle.

À l'intérieur reposait une robe. Mais pas n'importe quelle robe. Du satin noir qui brillait à la lumière, avec un décolleté plongeant et une fente qui remontait jusqu'à mi-cuisse. Des escarpins à talons hauts. Des bijoux - des diamants qui devaient valoir une fortune.

Camila sentit la nausée monter. Il voulait l'exhiber. La montrer comme un trophée devant ses associés criminels.

Elle voulut refuser. Arracher la robe. La déchirer.

Mais une petite voix dans sa tête lui murmura : C'est une opportunité. Des invités signifient des distractions. Des distractions signifient des ouvertures.

Camila prit une profonde inspiration. Elle pouvait faire ça. Elle pouvait porter ce masque un peu plus longtemps.

Une heure plus tard, elle se tenait devant le miroir, méconnaissable. La robe moulait son corps comme une seconde peau. Ses cheveux tombaient en cascade sur ses épaules. Le maquillage que Rosa l'avait forcée à appliquer accentuait ses yeux, ses pommettes, ses lèvres.

Elle ressemblait à une autre personne. Une femme sophistiquée, confiante. Dangereuse.

Parfait, pensa-t-elle. Qu'il voie ce qu'il veut voir.

Rosa l'escorta jusqu'à la salle à manger principale, une pièce que Camila n'avait jamais vue auparavant. Immense, avec une table en acajou qui pouvait accueillir vingt personnes, un lustre de cristal monumental, des œuvres d'art aux murs.

Six hommes étaient déjà assis autour de la table. Tous en costume sombre. Tous avec ce même regard dur, calculateur. Des prédateurs, comme Alejandro.

Et au bout de la table, se tenait le Seigneur lui-même.

Lorsque Camila entra, tous les regards se tournèrent vers elle. Un silence pesant tomba sur la pièce. Elle sentit leurs yeux la parcourir, l'évaluer. Certains souriaient. D'autres la dévisageaient avec une intensité qui lui donna envie de fuir.

Mais elle ne broncha pas. Elle redressa les épaules, leva le menton, et marcha vers la table avec une assurance qu'elle était loin de ressentir.

Alejandro se leva. Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, elle vit quelque chose passer dans ses yeux. De la surprise ? De l'admiration ? Impossible à dire.

- Messieurs, dit-il d'une voix calme, permettez-moi de vous présenter Camila.

Il fit un geste vers la chaise à sa droite. Camila s'y assit, croisant élégamment les jambes. Elle sentit le regard d'Alejandro s'attarder sur elle un instant de trop avant qu'il ne se rassoit.

Les présentations furent brèves. Des noms qu'elle oublia aussitôt. Des hommes qui dirigeaient des territoires, des opérations, des empires criminels. Chacun plus dangereux que le précédent.

Le dîner commença. Des plats raffinés qu'elle toucha à peine, l'estomac trop noué pour manger. La conversation tournait autour d'affaires - des territoires disputés, des alliances fragiles, des ennemis à éliminer. Ils parlaient de vies humaines comme de pions sur un échiquier. Un homme mentionnait un rival à "neutraliser". Un autre discutait d'un chargement de drogue comme s'il s'agissait de légumes. Camila écoutait, horrifiée mais fascinée malgré elle. C'était comme observer des requins dans leur élément naturel.

Camila écoutait en silence, le visage neutre, mais son esprit enregistrait chaque détail. Chaque nom. Chaque transaction. Chaque menace.

- Alors, Alejandro, dit l'un des hommes, un type massif avec une cicatrice qui lui barrait le front, c'est elle dont tout le monde parle ? La fille qui a remplacé la dette de son père ?

Alejandro sirota son vin, un léger sourire aux lèvres.

- Oui.

- Elle est... impressionnante, continua l'homme, son regard glissant sur Camila d'une manière qui lui donna la chair de poule. Tu as toujours eu du goût pour les belles choses.

- En effet, répondit Alejandro, son ton devenant plus froid. Mais celle-ci n'est pas à vendre.

L'homme rit, un rire gras et désagréable.

- Dommage. J'aurais payé cher.

Quelque chose se brisa en Camila. Toutes ces semaines de silence, de soumission forcée, de rage contenue explosèrent en un instant. Elle sentit le sang bouillonner dans ses veines. Sans réfléchir, elle posa son verre avec un bruit sec qui résonna dans la pièce. Tous les yeux se tournèrent vers elle. Elle se tourna vers l'homme, plantant son regard dans le sien avec une intensité glaciale.

- Je ne suis pas une chose, dit-elle d'une voix calme mais tranchante comme une lame. Je suis une personne. Et si vous voulez continuer à respirer, je vous suggère de vous en souvenir.

Elle vit la surprise dans ses yeux. Puis la colère. L'homme se redressa sur sa chaise, les mâchoires serrées.

- Tu oses...

- Oui, j'ose, coupa Camila. Parce que contrairement à vous, j'ai encore un peu de dignité.

Le silence qui suivit fut assourdissant. Tous les regards étaient rivés sur elle. L'homme la fixait, incrédule, comme si elle venait de le gifler.

Puis Alejandro éclata de rire.

Un vrai rire. Pas son sourire calculé habituel. Un rire sincère qui résonna dans la pièce.

- Vous voyez, messieurs ? dit-il en regardant Camila avec quelque chose qui ressemblait presque à de la fierté. C'est exactement pour ça qu'elle est encore ici. Elle a du cran.

L'atmosphère se détendit légèrement. L'homme marmonna quelque chose d'inintelligible et retourna à son assiette. Mais Camila sentit le regard d'Alejandro sur elle pour le reste du dîner.

Un regard intense. Pénétrant. Comme s'il la voyait vraiment pour la première fois.

Après le dîner, les hommes se retirèrent dans le salon pour fumer des cigares et discuter affaires. Alejandro fit signe à Camila de le suivre.

Ils traversèrent la villa en silence jusqu'à atteindre une terrasse privée qui donnait sur les jardins illuminés. La nuit était douce, étoilée. Un vent léger faisait danser les feuilles des palmiers.

Alejandro s'appuya contre la balustrade, observant l'horizon. Camila resta à distance, les bras croisés.

- Tu as pris un risque ce soir, dit-il finalement.

- Il le méritait.

- Peut-être. Mais dans mon monde, ce genre d'insolence peut te coûter la vie.

Camila haussa les épaules.

- Vous m'avez dit de ne pas montrer de faiblesse. C'est ce que j'ai fait.

Il se retourna vers elle, un sourire amusé aux lèvres.

- Touché.

Il s'approcha, comblant la distance entre eux. Camila recula instinctivement jusqu'à ce que son dos heurte le mur de pierre.

- Tu as été magnifique ce soir, murmura-t-il. Exactement comme je l'espérais.

- Alors quoi ? Vous êtes content de votre petit spectacle ? cracha Camila. Vous m'avez habillée comme une poupée pour impressionner vos amis ?

- Ils ne sont pas mes amis, corrigea-t-il. Ce sont des alliés. Temporaires. Fragiles. Et oui, je voulais qu'ils te voient. Je voulais qu'ils sachent que j'ai quelque chose qu'ils n'auront jamais.

- Je ne suis pas une possession.

- Non, concéda-t-il, ses yeux plongeant dans les siens. Tu es bien plus que ça. Tu es... intrigante.

Il leva une main, effleura sa joue. Camila se raidit, mais ne recula pas.

- Au début, je pensais que tu te briserais. Que tu plierais comme tous les autres. Mais tu ne l'as pas fait. Tu as survécu. Tu t'es adaptée. Et maintenant... maintenant, tu deviens dangereuse.

- Dangereuse comment ?

Un sourire lent, presque prédateur, étira ses lèvres.

- Dangereuse pour moi.

Il se pencha, ses lèvres si proches des siennes qu'elle pouvait sentir son souffle.

- Tu commences à m'obséder, Camila. Et je déteste ça.

Le cœur de Camila battait à tout rompre. Elle aurait dû le repousser. Lui cracher au visage. Mais au lieu de cela, elle resta immobile, hypnotisée par l'intensité de son regard.

- Pourquoi ? murmura-t-elle. Pourquoi moi ?

- Parce que tu refuses de te soumettre. Parce que tu me défies même quand tu sais que tu ne peux pas gagner. Parce que tu es la première personne en des années à me regarder et à voir un homme, pas un monstre.

- Je vous vois toujours comme un monstre, chuchota-t-elle.

- Je sais. C'est pour ça que c'est si dangereux.

Il recula brusquement, brisant le moment. Camila prit une inspiration tremblante, essayant de ralentir son cœur.

- Va te reposer, dit-il d'une voix redevenue froide. Demain, les choses vont changer.

- Changer comment ?

Il se retourna, la regardant avec une expression indéchiffrable.

- Tu ne resteras plus enfermée dans ta chambre. Tu auras accès à la villa. Tu pourras te déplacer librement... sous surveillance, bien sûr.

Camila le fixa, incrédule.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai décidé que tu n'es plus une prisonnière. Tu es... autre chose.

- Quoi ?

Il sourit, mais ce sourire ne montait pas jusqu'à ses yeux.

- C'est à toi de le découvrir.

Sur ces mots, il s'éloigna, la laissant seule sur la terrasse, le cœur battant, l'esprit en tumulte.

Cette nuit-là, Camila ne dormit pas. Elle resta allongée dans son lit, fixant le plafond, revivant encore et encore le moment sur la terrasse.

Tu commences à m'obséder.

Ces mots résonnaient dans sa tête comme un avertissement. Comme un danger.

Parce qu'elle avait ressenti quelque chose elle aussi. Dans ce bref instant où il était si proche, où elle aurait pu sentir ses lèvres sur les siennes, elle avait ressenti... quelque chose.

Pas de l'amour. Jamais.

Mais quelque chose de plus dangereux. De la curiosité. De l'attirance. Une connexion qu'elle ne voulait pas, ne devait pas ressentir.

C'est le syndrome de Stockholm, se dit-elle. C'est juste ton cerveau qui essaie de survivre.

Mais au fond d'elle-même, elle savait que c'était plus compliqué que ça.

Alejandro Castillo était un monstre. Un tueur. Un homme sans pitié.

Mais il était aussi intelligent. Stratégique. Et par moments, quand il baissait sa garde, elle voyait quelque chose d'autre. Une blessure. Une solitude. Une humanité enfouie sous des années de violence.

Et c'était terrifiant.

Parce que si elle commençait à le voir comme un homme et non comme un monstre, elle perdrait la seule chose qui la gardait en vie : sa volonté de s'échapper.

Le lendemain matin, lorsque Rosa vint la chercher, elle trouva la porte déverrouillée.

- Comme le Seigneur te l'a dit, tu es libre de te déplacer dans la villa, annonça Rosa. Mais n'oublie pas : les gardes t'observent. Les caméras te suivent. Une seule tentative de fuite, et tu retournes dans ta chambre. Définitivement.

Camila hocha la tête. Elle sortit de sa chambre, marcha dans les couloirs avec une liberté toute relative.

Mais pour la première fois depuis son arrivée, elle avait un avantage.

Elle pouvait explorer. Observer. Apprendre.

Et quand le moment serait venu, elle utiliserait cette liberté pour s'échapper.

Ou pour détruire Alejandro Castillo de l'intérieur.

Elle ne savait pas encore laquelle de ces deux options elle choisirait.

Peut-être les deux.

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