Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Entre ses bras malgré nous
img img Entre ses bras malgré nous img Chapitre 3 Des regards qui dérangent
3 Chapitres
Chapitre 6 Trop près pour rester indifférente img
Chapitre 7 Ce que je refuse d'admettre img
Chapitre 8 L'instant ou je lâche prise img
Chapitre 9 Une nuit sans lendemain img
Chapitre 10 Reprendre le contrôle img
Chapitre 11 Le visage que je ne m'attendais pas à revoir img
Chapitre 12 Vivre sous le même toit img
Chapitre 13 L'équilibre fragile img
Chapitre 14 Rester à ma place img
Chapitre 15 Ce que je n'ai pas à ressentir img
Chapitre 16 La ligne invisible img
Chapitre 17 Ce que je remarque malgré moi img
Chapitre 18 Ce que je cache trop bien img
Chapitre 19 La place qu'elle prend img
Chapitre 20 Mettre de la distance img
Chapitre 21 Ce qui m'échappe img
Chapitre 22 Ce qui nous à échappé img
Chapitre 23 Faire comme si de rien n'était img
Chapitre 24 Ce que je n'avais pas prévu img
Chapitre 25 Ce que je comprends sans mots img
Chapitre 26 Ce qui reste quand on se tait img
Chapitre 27 La trace de son absence img
Chapitre 28 Entre deux silences img
Chapitre 29 Quand tout reprend sa place img
Chapitre 30 Une matinée ordinaire img
Chapitre 31 Ce qui persiste img
Chapitre 32 Le pas de trop img
Chapitre 33 Ce qu'on ne dit pas img
Chapitre 34 Après la visite img
Chapitre 35 Ce qui reste en suspens img
Chapitre 36 Le lendemain autrement img
Chapitre 37 Ce qu'il retient img
Chapitre 38 Ce qu'on laisse en suspens img
Chapitre 39 Ce qui doit être dit img
Chapitre 40 Après les mots img
img
  /  1
img

Chapitre 3 Des regards qui dérangent

Elise

Je ne sais pas pourquoi son simple « bonsoir » m'a autant déstabilisée.

Il n'y avait rien de particulier dans sa voix. Pas d'arrogance, pas de tentative évidente de séduction. Juste un ton calme, posé, presque trop assuré pour un endroit comme celui-ci. Et pourtant, j'ai senti quelque chose se contracter en moi, comme si mon corps avait compris avant ma tête que cet échange n'était pas anodin.

Je relève les yeux vers lui.

De près, il est encore plus impressionnant. Pas par excès, mais par retenue. Son costume sombre contraste avec l'agitation autour de nous. Il semble hors du temps, étrangement calme dans ce chaos de musique et de corps en mouvement. Ses yeux sont sombres, attentifs, et je sens leur poids sur moi sans qu'il soit pesant.

- Bonsoir, répété-je, un peu plus doucement que je ne l'aurais voulu.

Le silence entre nous n'est pas inconfortable. Il est... dense. Chargé d'une attente que je ne saurais nommer. Je sens la musique vibrer sous mes pieds, les basses résonner dans ma poitrine, mais tout cela devient secondaire. Mon attention est focalisée sur lui, sur l'espace réduit qui nous sépare.

Camille se penche vers moi.

- Je te laisse, murmure-t-elle avec un sourire entendu.

Je lui lance un regard qui aurait dû la retenir. Elle m'ignore superbement et disparaît dans la foule. Traîtresse.

Je reporte mon attention sur l'homme face à moi. Il n'a pas bougé. Il m'observe toujours, comme s'il me laissait le temps de décider. Cette simple attitude me trouble plus que n'importe quelle phrase bien rodée.

- Tu... tu voulais quelque chose ? demandé-je, consciente que ma question est inutile.

Un coin de sa bouche se relève légèrement.

- Danser, répond-il. Si ça te va.

Je pourrais dire non.

Je le sais. Personne ne m'oblige à accepter. Je pourrais très bien prétexter retrouver mon amie, ou dire que je ne danse pas avec des inconnus. Ce serait facile. Raisonnable.

Mais je ne le fais pas.

Je hoche simplement la tête.

- D'accord.

Il tend la main. Un geste simple. Pas pressant. J'y pose la mienne, et le contact me surprend. Sa paume est chaude, ferme. Une chaleur qui remonte le long de mon bras bien trop rapidement pour être ignorée.

Il m'attire doucement vers la piste de danse. Pas contre lui. Juste assez près pour que je sois consciente de sa présence. De son parfum, discret, boisé. De la solidité de son corps à côté du mien.

Je danse.

Enfin, j'essaie.

Mon corps suit la musique, mais mon esprit est ailleurs. Je suis trop consciente de chaque détail. De la façon dont son regard glisse parfois sur moi, sans insistance, mais avec attention. De la distance qu'il maintient, comme s'il se retenait volontairement.

- Tu viens souvent ici ? demande-t-il pour couvrir la musique.

Je secoue la tête.

- Non. Très rarement.

- Moi aussi.

Cette réponse m'arrache un léger sourire. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me rassure. Comme si nous partagions quelque chose, aussi insignifiant soit-il.

Nous dansons sans nous toucher vraiment. Juste assez pour sentir l'autre. Juste assez pour que chaque mouvement crée une tension nouvelle. À plusieurs reprises, nos bras se frôlent. Chaque contact est bref, presque accidentel, mais il laisse une trace, une sensation persistante.

Je me surprends à l'observer à mon tour. La façon dont il bouge peu, mais avec assurance. Sa posture droite. Son calme apparent. Il semble parfaitement maître de lui-même, et pourtant, je perçois quelque chose sous la surface. Une retenue. Une vigilance.

- Comment tu t'appelles ? finit-il par demander.

- Élise.

Il répète mon prénom, comme pour en tester la sonorité.

- Enchanté, Élise. Alexander.

Son prénom résonne étrangement en moi. Alexander. Il lui va bien. Trop bien.

Je détourne légèrement le regard, consciente que je commence à trop réfléchir. Ce n'est qu'une danse. Un moment parmi d'autres. Rien de plus.

Et pourtant, quand je lève les yeux à nouveau, je le surprends en train de m'observer avec une intensité qui me fait perdre le fil de mes pensées. Son regard descend brièvement sur mes lèvres, puis remonte vers mes yeux.

Mon souffle se bloque une fraction de seconde.

Je sens la chaleur monter, se loger quelque part sous ma peau. Je n'aime pas cette sensation de perte de contrôle. Je n'y suis pas habituée. Je suis celle qui analyse, qui garde ses distances, qui ne se laisse pas emporter.

Mais là, dans cette lumière tamisée, entourée de musique et de corps, avec cet homme trop calme pour être innocent, je me sens différente. Plus consciente. Plus vulnérable.

Il se rapproche imperceptiblement. Pas assez pour être envahissant. Juste assez pour que je le remarque. Pour que mon cœur accélère sans que je sache si c'est par envie ou par appréhension.

Je devrais reculer.

Je ne le fais pas.

À la place, je reste là, prise dans ce jeu silencieux de regards et de distances réduites, parfaitement consciente d'une chose :

ce ne sont pas ses mots qui me troublent.

Ce sont ses silences.

Précédent
            
Suivant
            
Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022