« Menteuse ! » cracha Damien, son visage tordu de rage. « Je t'ai vue ! Tu le lui as fait tomber des mains ! Tu es juste jalouse parce que je m'occupe d'elle ! »
Il se jeta sur moi, me saisissant par les cheveux et me traînant vers notre voiture. La douleur était vive, mais l'injustice était plus vive encore. Il ouvrit brusquement le coffre, un espace habituellement réservé aux courses et à mon clavier portable, et me poussa à l'intérieur.
« Tu vas rester là et réfléchir à ce que tu as fait », siffla-t-il, sa voix un grognement sourd. « Peut-être qu'une petite punition t'apprendra les bonnes manières. »
« Damien, s'il te plaît », suppliai-je, me débattant pour sortir, mais il claquait déjà le couvercle, me plongeant dans l'obscurité. J'entendis le clic de la serrure, un son d'une finalité absolue. J'étais prisonnière.
Il avait fabriqué une réalité où j'étais la méchante, et lui le juge vertueux. Il voyait ce qu'il voulait voir, ce qui confirmait son récit : Clarisse, l'ange pur et souffrant, et moi, la mégère méchante et jalouse.
La porte du coffre s'ouvrit à nouveau un instant plus tard, et le visage de Damien apparut, se découpant sur le ciel lumineux. Il n'était pas là pour me laisser sortir. Il jeta quelque chose à l'intérieur qui cliqueta contre le sol métallique.
C'était la bombe lacrymogène.
« Pour que tu n'oublies pas qui est la vraie victime ici », gronda-t-il.
Le coffre se referma à nouveau, le son faisant écho au claquement du dernier fil d'espoir en moi. La voiture démarra en trombe, et je l'entendis roucouler à Clarisse à travers la mince barrière de la banquette arrière, sa voix dégoulinant de sympathie.
La route était un chemin de montagne sinueux et non pavé. À chaque bosse et secousse, mon corps était projeté contre les parois dures du coffre. La bombe lacrymogène devint une arme, ses bords tranchants s'enfonçant dans ma peau, déchirant mes vêtements.
Puis, lors d'une secousse particulièrement violente, je sentis une douleur aiguë et brûlante dans ma cuisse. Je criai, tendant la main pour sentir une humidité chaude et collante se répandre à travers mon jean. L'embout de la bombe avait percé ma peau. La douleur était atroce, une agonie fulgurante qui me fit suffoquer.
Le trajet me parut une éternité. L'odeur de la poussière et de mon propre sang emplissait le petit espace. Mon corps était une toile de bleus et de coupures. Au moment où la voiture s'arrêta enfin, j'étais un amas tremblant et ensanglanté, luttant pour respirer.
Le coffre s'ouvrit. Damien me regarda de haut, son visage impassible. Il n'y avait ni choc, ni remords à la vue de mes blessures. Si quoi que ce soit, ses yeux contenaient une lueur d'agacement, comme si ma souffrance était un inconvénient.
« Lève-toi », dit-il, sa voix plate. Il se pencha, non pas pour m'aider, mais pour me tirer dehors par le bras, ses doigts s'enfonçant dans un bleu frais. Il m'aspergea d'une bouteille d'eau glacée de la glacière. « Arrête de faire ta pathétique. Tu l'as bien cherché. Maintenant, rentre et excuse-toi auprès de Clarisse. »
M'excuser. Le mot était si absurde, si grotesquement injuste, qu'un rire brisé et creux s'échappa de mes lèvres. Il voulait que je m'excuse d'avoir été attaquée, d'avoir été emprisonnée, d'avoir été blessée. Ma douleur était sans importance. Seule celle de Clarisse comptait.
Je pénétrai en titubant dans le chalet de montagne isolé qu'il avait loué, ma jambe hurlant de protestation. Je trouvai une trousse de premiers secours dans la salle de bain et tentai maladroitement de nettoyer et de panser la plaie sur ma cuisse, mes mains tremblant trop pour faire un travail correct.
Clarisse apparut dans l'embrasure de la porte quelques minutes plus tard, un sourire suffisant et satisfait sur les lèvres. Elle avait un petit pansement décoratif sur la joue, un accessoire théâtral dans sa pièce tordue.
« Tu te sens mieux ? » demanda-t-elle, sa voix dégoulinant de fausse sollicitude. « J'ai une idée qui va te remonter le moral. Il y a un vieux pont de singe déglingué au-dessus du canyon derrière. Ça va être amusant ! »
Mon sang se glaça. J'avais une peur bleue du vide. Elle le savait.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Clarisse », dis-je, ma voix à peine un murmure.
« Oh, ne fais pas ta chochotte. » Elle me saisit le poignet, ses ongles s'enfonçant dans ma peau, et commença à me traîner vers la porte arrière. « À moins que tu n'aies quelque chose à cacher ? Damien m'a dit qu'il t'avait vue parler à ton ex, Kevin Martin, l'autre jour. Tu te remets avec l'homme qui a ruiné tes mains ? Comme c'est touchant. »
L'accusation fut une gifle. C'était un mensonge, une pure invention, mais je savais que c'était destiné à me coincer.
Nous nous tenions au bord du canyon. Le pont de singe était exactement comme elle l'avait décrit : une construction terrifiante et oscillante de planches usées et de cordes effilochées, tendue au-dessus d'un vide vertigineux.
« Je ne vais pas là-dessus », dis-je en plantant mes pieds.
« Pourquoi pas ? » La voix de Damien venait de derrière moi. Il passa son bras autour de Clarisse, la serrant contre lui. « Peur que ta mauvaise conscience te fasse basculer ? »