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Elin
Le matin se leva sur **Frostgard** comme une menace silencieuse. Le ciel était gris, lourd, chargé de nuages qui semblaient presser la terre et le vent contre les murailles de pierre du village. Chaque bruit résonnait avec une intensité étrange, amplifié par le silence oppressant qui pesait sur la forteresse. J'avais appris à reconnaître ce silence : il précédait toujours les pires moments. Et je savais exactement ce qui m'attendait aujourd'hui.
La veille, j'avais encore défié **Ragnar Thorne**, refusant de plier le genou à sa volonté, de devenir sa servante docile comme il le désirait. Ma rébellion ne pouvait pas passer inaperçue. Les hommes de Ragnar m'avaient observée avec un mélange de crainte et d'excitation : chacun d'eux savait que je n'étais pas comme les autres femmes de **Frostgard**, que je ne tremblais pas à la seule idée de sa présence, que je n'avais pas succombé à sa puissance brutale. Mais aujourd'hui, ils allaient me rappeler ma place.
Je marchai avec eux, encadrée par les guerriers de Ragnar, vers la grande salle. Mon corps était tendu, chaque muscle prêt à résister, chaque nerf tendu comme un arc. Je savais que les coups allaient tomber, mais je refusais de plier, même sous la douleur. Ma haine pour cet homme, pour le massacre de Branvik, pour la destruction de ma famille, était mon armure. Elle me protégeait autant que mes poings serrés et mon regard farouche.
Les hommes me firent entrer dans la salle. Le bois grinça sous mes pieds, et chaque craquement semblait annoncer la tempête qui allait s'abattre sur moi. Et là, devant moi, il se tenait : **Ragnar Thorne**, imposant, terrifiant, maître absolu de **Frostgard**. Son regard d'acier me transperçait, cherchant à sonder chaque pensée, chaque peur. Et malgré ma haine, malgré le dégoût et la colère, je sentis une partie de moi vaciller devant sa présence, incapable de nier la puissance troublante de cet homme.
- Storm ! tonna sa voix, résonnant dans la grande salle. Tu as osé me défier, et tu en subiras le prix.
Je relevai la tête, fière et droite.
- Je ne céderai jamais, Thorne, répondis-je, la voix tremblante mais ferme. Jamais je ne serai ta servante ! Jamais je ne me plierai à toi !
Un silence tomba, lourd et pesant. Puis, d'un geste sec, il ordonna aux hommes de me punir. Les coups tombèrent avec une précision implacable, calculée. Chaque impact cognait contre ma chair et mes muscles, me rappelant brutalement ma condition de captive. Mais chaque cri que je retenais était une petite victoire, chaque frisson de douleur devenait un acte de défi. Je refusais de montrer ma peur, de céder un seul instant.
Pendant qu'ils frappaient, je jetai un œil autour de moi. Les jeunes femmes de **Frostgard**, certaines timides, d'autres plus hardies, observaient la scène. Beaucoup en pinçaient pour Ragnar, fascinées par sa force et sa prestance. Mais il y avait **Sigrid**, celle qui ne lâchait jamais rien, celle qui voulait tout pour elle, qui cherchait à séduire Ragnar à tout prix. Son sourire cruel et confiant me fit frissonner de colère. Elle croyait que sa persévérance l'emporterait, que sa beauté et son audace suffiraient. Mais je savais qu'il ne lui accorderait jamais l'attention qu'il me réservait malgré la haine que je lui vouais.
Chaque coup de fouet, chaque pression sur mes bras enchaînés, chaque hurlement retenu était un rappel de ma captivité. Et pourtant, je refusais de me soumettre. Ma fierté et ma colère brûlaient plus fort que la douleur. Je refusais de devenir une simple poupée entre ses mains, un jouet pour satisfaire sa domination. Ma haine pour lui était totale : il avait détruit ma famille, mon village, ma vie. Et je refusais de lui permettre de me briser entièrement.
Ragnar s'avança, lentement, ses bottes frappant le sol avec autorité. Il se tenait droit, majestueux et terrifiant à la fois, observant chaque cicatrice, chaque marque de douleur sur mon corps. - Tu es incroyable, Storm, murmura-t-il, sa voix basse et gutturale. Tu refuses de plier, et cela m'irrite autant que cela m'attire.
Je sentis mes joues brûler de colère et d'indignation.
- Tu peux me frapper, Thorne, je te hais ! hurlais-je, ma voix résonnant dans la salle. Je te hais pour Branvik, pour mes parents, pour chaque goutte de sang versée par ta main !
Il rit, un rire bas et sinistre qui me fit frissonner.
- Et pourtant... je suis fasciné par toi. Tu es tout ce que je n'avais pas prévu. Ta résistance, ton courage, ton feu... tu es un défi que je ne peux ignorer.
Je refusai de céder. Je refusai de laisser son regard, sa voix, ou même la fascination qu'il me portait, pénétrer mes défenses. Chaque muscle de mon corps criait, mais mon esprit restait intact.
- Je resterai libre, même captive, déclarai-je avec une force qui surprit mes propres oreilles. Même toi, Ragnar Thorne, ne pourras jamais me dominer mentalement.
Il s'arrêta, comme intrigué et irrité à la fois. Ses yeux parcouraient mon corps, cherchant à percer mon âme, à déchiffrer cette haine, cette résistance qui le troublaient.
- Tu me rends fou, Storm... et cela ne fait que commencer, murmura-t-il, presque pour lui-même.
Je serrai les poings, laissant la douleur et la haine se mêler. Je refusais de céder, de céder même un souffle. Ma captivité, ma douleur, mes chaînes : rien ne pourrait me faire plier. Ma colère était mon armure, ma haine mon bouclier.
Et pourtant, malgré tout, malgré la douleur et la colère, je ne pouvais nier le trouble étrange qui surgissait au fond de moi lorsque je le voyais. Sa puissance, sa prestance, sa beauté brute et terrifiante... je refusais de l'admettre, mais une partie de moi était consciente de cette attraction indésirable. Une partie de moi que je haïssais presque autant que je haïssais sa cruauté.
Alors qu'il me laissait enfin reprendre mon souffle, je me redressai, haletante et meurtrie. Mes yeux fixèrent ceux de Ragnar, défiant, inébranlable.
- Je suis Elin Storm, et je resterai libre. Même si vous me tenez captive, même si vous me battez, je ne vous servirai jamais !
Il sourit, un sourire froid et calculateur, mélange de frustration et de fascination.
- Ta résistance me trouble, Storm. Et je jure que je découvrirai tous tes secrets... un jour.
Je détournai le regard, refusant de céder à la peur, à la fascination, à tout ce qu'il représentait. La douleur était présente, la captivité était réelle, mais mon esprit restait libre. Ma haine, mon feu intérieur, et ma fierté étaient intacts.
Et je savais, malgré moi, que cet homme qui avait détruit ma vie continuait de me captiver, de m'irriter, et que ma lutte ne faisait que commencer.