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Ragnar
La lumière des torches dansait sur les murs de pierre froide de ma salle principale. L'air sentait le bois brûlé et le métal froid de mes armes, mais il y avait une présence qui troublait chaque fibre de mon être : **Elin Storm**, captive, fière, et toujours aussi impossible à dominer. Je l'avais fait entrer dans cette pièce, pas pour la punir encore, mais pour parler. Pour lui proposer quelque chose qu'aucune autre femme n'aurait osé entendre.
- Écoute-moi bien, Storm, dis-je, les yeux rivés sur elle, la voix basse mais tranchante comme l'acier.
Elle me lança un regard de défi. Ses yeux verts, lumineux dans l'ombre, semblaient me transpercer. Son corps, tendu et droit, était un défi silencieux. Ses mains serrées en poings trahissaient sa rage contenue.
- Qu'as-tu à me dire, Thorne ? demanda-t-elle, la voix tremblante à peine perceptiblement, mais empreinte d'une colère qui aurait fait trembler n'importe quel autre homme.
Je fis quelques pas vers elle, mes bottes résonnant sur le sol de pierre. Chaque mouvement était calculé, chaque geste destiné à rappeler que j'étais le maître ici. Frostgard, mon village, ma forteresse, et elle... ma captive.
- Je te propose une chance de survivre ici, Storm, commençai-je, le regard fixé sur ses yeux. Tu pourrais devenir... ma servante, mon alliée dans ce monde de guerriers, de feu et de sang. Mais il y a une seule condition. Une seule.
Elle fronça les sourcils, le mépris évident sur son visage.
- Et laquelle ? siffla-t-elle, la haine palpable dans chaque syllabe.
- Tu dois te plier à mes ordres. Tu dois accepter ma loi, ma domination. Tu dois abandonner cette fierté inutile et accepter que je suis ton maître, expliquai-je, chaque mot pesé et tranchant.
Le silence s'installa, lourd, oppressant. Ses yeux ne quittèrent pas les miens. Ses poings se serrèrent davantage, et j'entendis le bruit subtil de ses chaînes, un rappel de la réalité : elle était captive, prisonnière de Frostgard, et pourtant, elle ne tremblait pas. Elle ne fléchissait pas. Elle ne se soumettait pas.
- Jamais, Thorne, dit-elle avec force, la voix vibrante de défi. Jamais je ne me plierai à toi. Jamais je ne serai ta servante. Je resterai libre, même enchaînée, même captive. Tu peux me garder ici, me réduire en esclavage, mais mon esprit... mon esprit ne t'appartiendra jamais.
Ses mots frappèrent mon cœur comme une lame que je refusais d'admettre. Je ressentais une colère étrange, mêlée à une fascination insupportable. Personne n'avait jamais osé me parler ainsi. Personne n'avait jamais refusé ma loi avec autant de force et de défi. Et pourtant... cette rébellion éveillait quelque chose en moi que je ne comprenais pas totalement.
- Insolente, soufflai-je, incapable de masquer ma tension. Tu ignores le danger que tu représentes pour toi-même, pour tous ceux qui t'entourent. Mais peut-être... peut-être est-ce ce que j'aime chez toi. Cette fierté... cette force.
Elin recula légèrement, mais ses yeux ne quittèrent pas les miens. Je voyais la colère, la peur contenue, et cette lumière indomptable qui brûlait malgré tout.
- Tu crois que je vais plier, Ragnar Thorne ? continua-t-elle, chaque mot un défi. Tu crois que ta force physique, ton statut, ton village... tout cela peut m'intimider ? Je ne suis pas comme les autres femmes que tu as croisées. Je ne tremble pas devant ton nom. Je ne cèderai pas à ta cruauté.
Je m'avançai encore, rapprochant ma stature imposante de la sienne. Les chaînes tintaient légèrement à chacun de ses mouvements, un son qui aurait pu être un avertissement, mais que je trouvais étrangement captivant. Elle était captivante. Ma captive. La seule que je n'avais jamais désirée et haïe à la fois.
- Tu ignores ce que je peux faire, Storm. Tu ignores combien tu pourrais être utile si tu acceptais... mais je respecte ta volonté. Jusqu'à un certain point, dis-je, la voix plus basse, presque un murmure. Car ce défi... ce feu que tu portes... il me trouble. Et je refuse de l'admettre.
Elle détourna légèrement le regard, mais ses yeux verts brûlaient encore de défi. Je pouvais sentir sa détresse cachée derrière sa colère, la douleur de Branvik, de ses parents, de son village détruit. Tout cela, elle le cachait derrière un mur de haine et de fierté. Et ce mur... je voulais le briser, non par cruauté, mais par fascination, par besoin de comprendre ce feu qui l'habitait.
- Je ne céderai jamais, répétait-elle, et ses mots résonnaient dans la pièce comme une promesse indestructible. Peu importe ce que tu feras, Thorne, peu importe tes menaces ou tes promesses, je resterai libre dans mon esprit. Même enchaînée, je ne serai jamais à toi.
Je m'arrêtai un instant, observant son visage, la tension dans sa mâchoire, la rigidité de son corps. Jamais je n'avais rencontré quelqu'un capable de me résister ainsi. Les autres femmes de Frostgard, même Sigrid avec sa ténacité, n'avaient jamais eu cette force. Elles me désiraient, mais aucune ne pouvait me défier, aucune ne pouvait éveiller ce mélange de haine et fascination qui me consumait pour Elin Storm.
- Très bien, Storm, murmurai-je, ma colère mêlée d'une admiration que je refusais de nommer. Reste captive, reste rebelle, reste aussi insoumise que tu le veux. Mais souviens-toi... chaque jour passé ici, chaque respiration que tu prends sous mon toit, tu es sous ma loi. Et je ne tolérerai aucune faiblesse.
Elle me lança un dernier regard, les yeux brillant d'une défiance absolue.
- Fais ce que tu veux, Thorne. Je survivrai. Je survivrai à ta cruauté, à ton obsession, à tes chaînes. Mais jamais je ne serai à toi. Jamais.
Je me retournai, sentant cette tension étrange persister dans mon dos. Eirik, toujours fidèle, me regardait silencieusement. Il savait ce que je pensais, ce que je refusais de nommer.
- Tu ne devrais pas la laisser t'obséder autant, dit-il calmement.
- Elle est ma captive, répliquai-je, mais un murmure trahit ma propre incertitude. Pourtant, c'est vrai... elle me trouble comme aucune autre. Et malgré ma haine, je ne peux détourner mes yeux d'elle.
Je quittai la pièce, laissant Elin Storm captive et indomptable. Elle ne plierait jamais. Elle me haïssait, mais je sentais ce mélange étrange, cette fascination qui m'empêchait de la traiter comme une simple prisonnière. Je savais déjà que ce défi allait me hanter, que sa force allait devenir mon obsession silencieuse.
Et tandis que la nuit tombait sur Frostgard, je me tenais à la fenêtre, regardant les flammes des torches dans les rues. Les autres jeunes femmes du village tentaient encore de capter mon attention, mais aucune n'était Elin. Aucune n'avait cette force qui me défiait, ce feu qui brûlait dans ses yeux. Elle était captive, mais pas soumise. Elle était ma haine et ma fascination. Mon obsession et mon défi. Et je refusais de l'admettre, mais elle était désormais partie intégrante de Frostgard, de ma vie, et de mon esprit.