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L'épouse et la bête: une tragédie
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Chapitre 4

Le fantôme d'Alexandre flottait dans le bureau, observant Sophie qui feuilletait de vieux albums photo.

Elle cherchait quelque chose, une preuve, une justification à sa folie.

Elle s'arrêta sur une photo.

Une jeune Sophie, à peine adolescente, souriant à l'objectif, un bras passé autour des épaules d'un garçon maigre et maladif. Marc.

Marc était un orphelin que les parents de Sophie, de riches industriels, avaient recueilli et élevé presque comme leur propre fils. Il avait toujours été frêle, toujours enclin aux maladies, ce qui lui valait une attention et une pitié constantes de la part de la jeune Sophie. Elle l'avait pris sous son aile, le protégeant des autres enfants, le couvant comme une mère.

Il avait quitté la maison à dix-huit ans, prétextant vouloir vivre sa vie d'artiste à Paris. Il avait écrit une lettre déchirante à Sophie, lui disant qu'il l'aimait trop pour rester, qu'il ne supporterait pas de la voir un jour avec un autre homme, qu'il préférait souffrir seul.

Sophie avait eu le cœur brisé.

Des années plus tard, elle avait rencontré Alexandre.

C'était lors d'une exposition canine. Un grand Doberman avait paniqué à cause des flashs des photographes et s'était jeté sur un enfant. La panique était générale. Mais Alexandre, qui n'était alors qu'un jeune dresseur inconnu, s'était interposé. Il n'avait pas crié, n'avait pas usé de la force. Il s'était simplement accroupi, parlant au chien d'une voix calme et apaisante. En quelques secondes, l'animal s'était calmé, léchant la main de son sauveur.

Sophie avait été fascinée. Cet homme, si calme et si fort, qui respectait la vie sous toutes ses formes, était l'antithèse de la fragilité maladive de Marc. Elle était tombée amoureuse de sa force, de sa sérénité.

Ils s'étaient mariés un an plus tard. Leur vie était simple, heureuse. Alexandre aimait Sophie d'un amour patient et profond, supportant ses caprices d'enfant gâtée, la trouvant charmante même dans ses moments les plus superficiels.

Le premier nuage était apparu quand Sophie avait trouvé les vieilles lettres de Marc. Elle avait réalisé l'intensité des sentiments passés et, pour une raison qu'Alexandre n'avait jamais comprise, une méfiance s'était installée en elle. Elle l'avait accusé de vouloir la piéger, de vouloir un enfant pour la lier à lui à jamais.

Discrètement, elle avait commencé à prendre la pilule, sans lui en parler. Alexandre l'avait découvert par hasard et leur première vraie dispute avait éclaté. Il se sentait trahi, non pas par le refus d'avoir un enfant, mais par le manque de confiance, par le mensonge.

Et puis, Marc était revenu.

Il était apparu à leur porte un soir, plus maigre et plus pâle que jamais.

« Sophie, » avait-il haleté, une main sur son cœur. « Je suis revenu pour mourir près de toi. Les médecins m'ont dit... qu'il ne me restait que quelques mois. Mon cœur... est en train de lâcher. »

La folie de Sophie avait commencé ce jour-là. Elle l'avait installé dans la chambre d'amis, renvoyant l'infirmière qu'Alexandre avait engagée, insistant pour s'occuper personnellement de lui.

Elle avait dépensé des fortunes en consultations auprès de "spécialistes" recommandés par Marc, qui confirmaient tous le diagnostic funeste. La seule solution, disaient-ils, était une greffe, mais les listes d'attente étaient trop longues.

Un jour, elle était venue trouver Alexandre, le visage grave.

« Il faut que tu fasses des tests de compatibilité. Pour un don de cœur. »

Alexandre avait été choqué.

« Sophie, on ne peut pas faire ça. C'est illégal et... »

« Je me fiche de la loi ! » avait-elle crié. « Il s'agit de la vie de Marc ! »

Sous la pression, il avait fini par accepter de faire une simple prise de sang pour lui faire plaisir. Il se souvenait de l'infirmière, du froid de l'aiguille dans sa veine. Elle lui avait prélevé dix tubes de sang. "Pour des tests complets", avait dit Sophie.

La semaine suivante, voyant la situation dégénérer, il lui avait parlé de divorce.

« Sophie, ça ne peut plus durer. Je t'aime, mais je ne peux pas vivre comme ça. Marc a pris toute la place. Il faut que tu choisisses. »

Elle l'avait regardé avec des yeux froids.

« Tu veux divorcer ? Pour m'abandonner alors que j'ai besoin de toi ? Pour laisser Marc mourir ? Tu es un monstre, Alexandre. »

Elle avait refusé.

Quelques jours plus tard, Flocon était mort, et lui avec.

Le fantôme d'Alexandre serra ses poings immatériels.

Elle l'avait accusé d'être un monstre.

Elle, qui avait écrasé son petit chien sous son talon.

Elle, qui l'avait fait dévorer vivant par deux molosses.

Elle, qui prévoyait de tuer un autre de ses chiens pour en offrir le cœur à son amant.

Il n'avait pas été seulement trahi. Il avait été effacé, nié, transformé en un obstacle qu'il fallait éliminer. Et le pire, c'est qu'elle l'avait fait au nom de l'amour. Un amour tordu, obsessionnel et mortel.

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