« Mets-le, il te portera chance. »
Au même moment, Thomas Bernard, mon ami d'enfance et mon amour secret, est arrivé en courant, une bouteille de jus à la main, le front perlant de sueur.
« Élise, j'ai failli être en retard ! Tiens, c'est ton jus préféré, je l'ai acheté pour te donner de l'énergie. »
Il me l'a tendue avec un sourire que j'avais toujours trouvé charmant.
Chloé et Thomas, les deux personnes les plus importantes de ma vie, étaient là pour moi. J'aurais dû me sentir touchée, réconfortée.
Mais au moment où mes doigts ont frôlé le bracelet froid et où j'ai regardé la bouteille de jus, une sensation glaciale a parcouru mon échine. Une alarme stridente s'est déclenchée dans ma tête, un avertissement si clair et si violent qu'il en était presque audible.
Ces cadeaux, ces sourires, tout semblait faux, comme une mise en scène macabre.
Je savais, avec une certitude terrifiante, que ces objets n'étaient pas des porte-bonheurs. C'était du poison. Le bracelet devait contenir quelque chose pour me rendre malade, et le jus était probablement drogué pour m'endormir pendant l'épreuve.
Je les ai regardés, Chloé et Thomas, et pour la première fois, je n'ai pas vu l'amitié ou l'amour. J'ai vu des masques, et derrière, des visages avides et calculateurs.
J'ai reculé d'un pas, mon propre sourire se figeant sur mes lèvres.
« Merci Chloé, mais tu sais que je ne porte jamais de bijoux pendant les examens, ça me déconcentre. Garde-le pour toi, il t'ira mieux. »
J'ai refermé la boîte et la lui ai rendue. Son sourire a vacillé une fraction de seconde, une lueur de contrariété dans ses yeux avant qu'elle ne la dissimule.
« Oh, d'accord, comme tu veux. »
Puis, je me suis tournée vers Thomas, attrapant la bouteille de jus.
« Merci Thomas, c'est vraiment gentil. »
Sous leurs yeux, j'ai fait semblant de trébucher. La bouteille m'a glissé des mains et s'est écrasée sur le sol dans un bruit de plastique éclaté, le liquide se répandant sur le bitume.
« Oh non ! Je suis tellement maladroite ! » je me suis exclamée, jouant la détresse.
Le visage de Thomas s'est décomposé. Ce n'était pas de la déception, c'était de la panique. Une fureur froide a brillé dans son regard avant qu'il ne la masque par une fausse sollicitude.
« Ce n'est pas grave, Élise... Fais attention à toi. »
Leur plan avait échoué. Mais la douleur de leur trahison, elle, venait de commencer.
Alors que je me retournais pour entrer dans le lycée, une voix arrogante a retenti derrière moi.
« Élise, tu es encore habillée comme une pauvre ? Tu fais honte à la famille Dubois. »
C'était Marc, mon frère adoptif. Il se tenait là, les bras croisés, un air de dégoût sur le visage. Chloé s'est immédiatement collée à son bras, lui lançant un regard admiratif.
Marc me méprisait. Depuis que ses parents, mes parents adoptifs, m'avaient recueillie après la mort de mes parents biologiques dans un accident, il m'avait toujours traitée comme une intruse, une rivale pour l'héritage familial. Il ne savait pas, personne ne savait, que mes vrais parents m'avaient laissé une fortune colossale, bien plus grande que celle des Dubois. Je vivais simplement pour éviter les problèmes, pour ne pas attirer l'attention. Quelle erreur.
J'ai affronté son regard glacial.
« Mes vêtements ne te regardent pas, Marc. »
« Bien sûr que si, quand tu portes mon nom de famille. Heureusement que Chloé est là pour relever le niveau. Elle au moins, elle a de l'ambition. Pas comme certaines qui se contentent de vivoter grâce à notre charité. »
Chloé a baissé la tête, l'air humble.
« Marc, ne dis pas ça. Élise est ma meilleure amie. Je veux juste qu'elle réussisse. »
La comédie était parfaite. J'avais financé ses études, payé ses cours particuliers, je lui avais tout donné. Et voilà comment elle me remerciait, en complotant avec mon frère pour me détruire et prendre ma place.
La colère a monté en moi, brûlante et pure. J'ai regardé Marc, puis Chloé, puis Thomas qui se tenait un peu en retrait, incapable de soutenir mon regard.
Je me suis approchée de Thomas, ma voix un murmure glacé.
« Le jus, Thomas. C'était leur idée ou la tienne ? »
Il a pâli, balbutiant des excuses sans queue ni tête.
« Je... je ne sais pas de quoi tu parles... Je voulais juste t'aider. »
« M'aider à rater mon examen ? M'aider à finir à l'hôpital ? Pour quoi ? Pour que Chloé puisse obtenir une meilleure place ? Pour que Marc te donne un peu d'argent ? »
Son silence était un aveu. La douleur était si vive, si profonde. L'ami d'enfance, le garçon que j'aimais en secret, m'avait vendue pour une promesse de richesse.
Je me suis sentie complètement seule, encerclée par des loups déguisés en agneaux. Mon monde s'effondrait.
Mais au milieu des ruines, quelque chose de nouveau est né. La tristesse a laissé place à une rage froide, une détermination de fer. Fini la discrétion. Fini la gentillesse. Ils voulaient la guerre, ils allaient l'avoir.
Je leur ai tourné le dos, sans un mot de plus, et j'ai franchi les portes du lycée.
« Vous allez le regretter, » ai-je murmuré pour moi-même. « Je vous le jure, vous allez tous le payer. Très cher. »
En marchant dans le couloir, j'ai senti un regard posé sur moi. Ce n'était pas celui d'un élève ou d'un professeur. C'était différent. Un regard discret, professionnel, qui semblait venir de nulle part et de partout à la fois. Un frisson m'a parcouru, mais ce n'était pas de la peur. C'était une confirmation. Mes protecteurs, placés par le notaire de ma famille, veillaient. Le jeu venait de changer de règles.
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