J'attrape un t-shirt noir et un jogging avant de quitter ma chambre. Il est tard, et j'ai besoin de manger quelque chose.
La maison est silencieuse alors que je descends l'escalier. L'ambiance est la même qu'à mon départ : trop grande, trop vide, trop pesante. Mais en m'approchant de la cuisine, un bruit discret attire mon attention.
Un frémissement d'huile chaude. Le cliquetis léger d'un couteau sur une planche à découper.
Et... une silhouette. Je m'arrête à l'entrée de la cuisine, sans bruit.
Et je la vois. Livia est là, concentrée sur sa tâche, totalement inconsciente de ma présence. Elle porte toujours son uniforme de servante. Trop court. Trop serré.
Mes yeux glissent sur la courbe de ses hanches, la finesse de sa taille, la cambrure subtile qui épouse le tissu sombre. Ses cheveux sont attachés en une queue-de-cheval haute, exposant la délicatesse de sa nuque. Elle bouge avec une fluidité naturelle, comme si chaque geste était soigneusement chorégraphié.
Je devrais détourner les yeux. Je devrais annoncer ma présence. Mais je reste là, appuyé contre le cadre de la porte, la regardant travailler. Je n'aime pas ça. Cette sensation.
Cette étrange obsession qui commence à naître en moi.
Je la connais à peine. C'est une employée. Rien de plus.
Alors pourquoi est-ce que je ressens cette chaleur désagréable au fond de mon ventre ? Pourquoi est-ce que la voir ainsi, en pleine nuit, occupée à cuisiner dans ma maison... me fait quelque chose ?
Je plisse les yeux, contrarié. Ce n'est rien. Juste un caprice. Une pulsion passagère. Elle n'est qu'une servante. Une fille comme une autre. Rien qui ne puisse m'atteindre.
Et pourtant... Je ne bouge toujours pas. Je la regarde encore. Je la veux. Soudain, elle se tourne légèrement, cherchant un ingrédient sur le plan de travail. Son regard remonte... et rencontre le mien. Elle sursaute violemment.
- Oh mon Dieu !
La peur traverse ses traits, et je vois son souffle s'accélérer.
Je reste silencieux, la dominant toujours de mon regard perçant. Puis, lentement, je décroise les bras et avance vers elle. Elle recule instinctivement d'un pas.
Un sourire imperceptible effleure mes lèvres.
- Tu cuisines toujours aussi tard, servante ? demandé-je, ma voix grave brisant enfin le silence. Elle ouvre la bouche, mais aucun son ne sort. Elle est troublée.
Et moi... J'adore ça.
LE POINT DE VUE DE LIVIA
Mon cœur rate un battement. Il est là. Appuyé contre l'encadrement de la porte, dominant la pièce par sa simple présence. Alessandro. Son regard sombre est fixé sur moi, perçant, impénétrable. Je sens un frisson parcourir mon échine. Pas seulement de peur... mais d'autre chose. Quelque chose que je refuse d'admettre.
Je serre la cuillère que j'ai en main, essayant de masquer mon trouble, mais mes doigts tremblent légèrement. Depuis notre première rencontre dans sa chambre, il m'intimide. Il est froid, arrogant, et pourtant... il dégage cette aura magnétique qui m'empêche de détourner les yeux.
Il fait un pas en avant. Je recule instinctivement. Un sourire presque imperceptible effleure ses lèvres. Comme s'il appréciait mon malaise.
- Tu cuisines toujours aussi tard, servante ? lâche-t-il, sa voix grave résonnant dans le silence de la cuisine.
Sa façon de prononcer ce mot, servante, me fait serrer les dents.
- Je... je préparais quelque chose pour Madame Isabella, balbutié-je, tentant de garder contenance.
Son regard glisse lentement sur moi, des pieds à la tête, s'attardant sur mon uniforme. Trop serré. Trop court. Trop révélateur sous cette lumière tamisée. Je détourne le regard, sentant mes joues s'embraser.
"Arrête de réagir comme ça, Livia !"
Je prends une profonde inspiration et décide de me concentrer sur ma tâche. Ignorer sa présence. Comme si c'était possible... L'instant de trop
Je tends la main vers un verre posé sur le plan de travail, mais mon esprit est ailleurs. Mes doigts glissent maladroitement dessus.
Le verre tombe.
Se brise dans un fracas assourdissant.
- Merde !
Je me baisse aussitôt pour ramasser les morceaux. Puis une douleur vive me traverse le doigt.
- Aïe !
Je me redresse brusquement en portant ma main à ma bouche. Une fine coupure s'est dessinée sur mon index, et une goutte de sang perle sur ma peau. Avant même que je ne puisse réagir, une main ferme attrape mon poignet.
Je sursaute.
Alessandro est là. Trop près. Son corps imposant domine le mien. Son toucher est chaud, presque brûlant contre ma peau glacée.
- T'es vraiment maladroite, lâche-t-il d'un ton blasé.
Je relève la tête et rencontre son regard. Son visage est impassible, mais son emprise sur mon poignet est ferme. Mon souffle se coupe.
- Ce... ce n'est rien, je peux m'en occuper, tenté-je de dire en retirant ma main.
Il ne me laisse pas faire.
- Tais-toi et laisse-moi voir.
Son ordre est sec, dominant. Je déteste cette arrogance. Je devrais me débattre, lui dire de me lâcher. Mais je ne le fais pas.
Parce que, malgré son ton autoritaire, il n'a pas relâché mon poignet. Il me retient, et son pouce effleure ma peau dans un contact involontaire qui m'arrache un frisson.
- C'est qu'une égratignure, murmuré-je en évitant son regard.
Il grogne légèrement, agacé.
- Et c'est exactement comme ça qu'on finit avec une infection.
Il m'entraîne vers l'évier sans me laisser protester. Ouvre le robinet et passe mon doigt sous l'eau froide. Je retiens un frisson. De froid... ou d'autre chose. Il est si proche que je peux sentir son odeur. Un mélange de savon et de quelque chose de plus brut, plus masculin.
Mon cœur bat trop vite. Il attrape un torchon propre, l'enroule autour de mon doigt, puis le serre doucement.
- Tu tiens toujours à te débrouiller seule ou tu vas admettre que j'ai raison ? lâche-t-il, un brin moqueur.
Je serre les dents.
- Merci, dis-je simplement, refusant de lui donner cette satisfaction.
Il esquisse un sourire en coin.
- Sage décision.
Il relâche enfin mon poignet, et je recule précipitamment. L'air me manque. Je déteste ce qu'il me fait ressentir. Cette sensation d'être à la fois terrifiée et fascinée. Je m'apprête à détourner les yeux, mais il me fixe toujours. Ses pupilles sombres brillent d'un éclat étrange. Comme s'il lisait en moi. Comme s'il savait exactement ce que je ressens... et qu'il en jouait.
Mon ventre se serre. Je dois sortir d'ici.
- Je... je vais nettoyer le verre, dis-je précipitamment.
- Fais donc ça, répond-il d'un ton paresseux.
Je tourne les talons, sentant son regard brûlant sur moi.
Et alors que je m'éloigne, une seule pensée me traverse l'esprit :
"Alessandro est un danger."
Un danger pour mon cœur. Un danger pour ma raison. Et je ne suis pas certaine d'être capable de lui résister.