Pas de réaction. J'appuie un peu plus mes doigts sur son bras. Sa peau est chaude sous mes doigts, douce. Trop douce. Elle ne bouge pas. Je la fixe, hésitant. Elle doit être épuisée. C'est elle qui a nettoyé ma chambre. C'est pour moi qu'elle s'est fatiguée jusqu'à s'endormir sur ce tapis. Un frisson me traverse. Une étrange culpabilité, mêlée à autre chose de plus sombre, plus primitif.
Je devrais la réveiller. Mais au lieu de ça, je me redresse lentement, retirant ma main comme si sa peau m'avait brûlé. Elle a l'air si paisible. Je la laisse dormir. Je me détourne, passe une main dans mes cheveux et lâche un souffle lourd.
Ma tête est en feu, mon corps tendu d'une manière que je n'aime pas. Il faut que je me reprenne. Une douche. C'est ce qu'il me faut. Besoin de fraîcheur.
Je récupère ma valise et la pose près de l'armoire, sans prendre la peine de la défaire. Mes pas me mènent directement vers la salle de bain attenante. Là, je me déshabille rapidement, déboutonnant ma chemise avec une impatience que je ne comprends pas. Mon torse se libère du tissu, et la fraîcheur de la pièce vient caresser ma peau brûlante. Je baisse les yeux vers mes mains. Elles tremblent légèrement.
Merde. Livia.
Je chasse son image de mon esprit et me glisse sous la douche. L'eau froide frappe ma peau, me faisant expirer lentement. Le choc thermique est brutal, mais nécessaire.
La tension qui m'enserrait les muscles commence à se dissiper sous le ruissellement de l'eau. J'incline la tête en arrière, laissant l'eau couler sur mon visage, chassant les pensées indésirables.
Elle n'est qu'une servante. Juste une fille qui travaille ici.
Mais alors...
Pourquoi est-ce que son image continue de hanter mon esprit ? Pourquoi est-ce que son corps, son souffle, ses lèvres entrouvertes... refusent de s'effacer ? Je ferme les yeux, frustré. Ce séjour à la maison s'annonce plus compliqué que prévu.
LE POINT DE VUE DE LIVIA
Un bruit sourd me sort lentement de mon sommeil. De l'eau...
J'entrouvre les yeux, le corps engourdi, la joue posée contre le tapis doux. Il me faut quelques secondes pour me rappeler où je suis. Puis, tout revient d'un coup. La CHAMBRE. Le nettoyage. Et moi... endormie sur le sol.Mon cœur rate un battement.
Merde !
Je me redresse en panique, clignant des yeux pour m'adapter à la lumière tamisée de la pièce. Mon regard balaie rapidement l'espace autour de moi... et là, je la vois.
Une valise. Grande. Imposante. Posée près de l'armoire.
Je fronce les sourcils, une vague de confusion m'envahissant. Je ne me souviens pas l'avoir vue ici quand je nettoyais. Et puis...
Le bruit de l'eau coulant sous la douche attire mon attention.
Lentement, très lentement, je tourne la tête vers la porte entrouverte de la salle de bain. Non...
Il est là. Alessandro.
Mon estomac se noue violemment. J'ai dormi ici... dans sa chambre... comme une idiote. Il va me tuer. Non, pire. Il va me chasser ! Je me lève d'un bond, sentant mon cœur tambouriner follement dans ma poitrine. Mes jambes sont encore engourdies, et je manque de trébucher en me précipitant vers la porte.
Foutu sommeil ! Foutue fatigue ! Pourquoi fallait-il que ça arrive aujourd'hui ?! Je dois sortir d'ici avant qu'il ne me voie.
Avant que-
La porte de la salle de bain s'ouvre brusquement. Je me fige.
Mon souffle se bloque.
Et lui... il apparaît. Le choc De la vapeur s'échappe derrière lui, enveloppant son corps d'une aura presque irréelle. Une serviette pend nonchalamment autour de son cou, mais ce n'est pas ça qui capte mon attention.
C'est lui.
Son torse nu. Ses muscles sculptés, parfaitement dessinés, luisant encore de gouttelettes d'eau. Son abdomen dur comme du marbre. Et ce tatouage. Un dragon. Noir, menaçant, dont la tête s'étire sur son pectoral gauche, tandis que le reste serpente le long de son torse et disparaît sous l'élastique de son caleçon.
Je déglutis difficilement. Merde...C'est quoi ce corps ? On ne voit des physiques comme ça que dans les films d'action. Ou dans mes fantasmes les plus secrets.
- Wow...laché-je sans même m'en rendre compte.
Je voudrais ravaler mes mots, mais c'est trop tard. C'est à cet instant qu'il lève enfin la tête et que nos regards se croisent. Face à lui. Ses yeux. D'un brun profond, perçant, intimidant. Mon estomac se tord d'appréhension alors qu'un sourire sarcastique étire légèrement ses lèvres bien dessinées.
- C'est ta chambre peut-être ?
Sa voix grave vibre dans l'air. Mon sang se glace. Je ne sais pas quoi répondre. Mes pensées sont encore brouillées par l'image de son corps, mais la peur l'emporte.
- Je...
- Le lit est juste là, et pourtant tu as préféré le sol ?
Son ton est tranquille, presque amusé, mais son regard... il me scrute avec intensité, comme s'il analysait chaque détail de ma réaction. Je reste muette, incapable de dire quoi que ce soit.
- Tu n'as plus de langue ? Ou c'est pas à toi que je parle ?
Sa provocation me donne un frisson. Je secoue la tête précipitamment.
- Je... je suis désolée, Monsieur. Je ne sais pas à quel moment je me suis endormie. Je voulais juste... nettoyer. Ça ne se reproduira plus. Je baisse les yeux, honteuse et terrifiée à la fois. Il reste silencieux un instant, et cette attente me semble interminable.
Puis, d'une voix lente et contrôlée, il lâche :
- Tu as intérêt.
Sa dominance naturelle m'écrase. Je sens mes joues chauffer sous la gêne et l'adrénaline. Je reste figée, espérant qu'il en reste là. Mais il hausse un sourcil, comme s'il attendait quelque chose.
- Tu comptes rester là toute la nuit à me mater ou tu comptes sortir ?
Je cligne des yeux, réalisant à quel point je le fixe. Oh non.
Je tourne les talons et me précipite hors de la chambre, manquant de m'emmêler les pieds en fuyant. Le trouble.
Dans le couloir, mon cœur bat à tout rompre. J'ai honte. J'ai peur. Mais plus que tout... Je suis troublée. Pourquoi est-ce qu'il a fallu qu'il soit lui ?
Pourquoi cet homme... mon patron... dégage-t-il quelque chose d'aussi puissant ? Pourquoi est-ce que son regard m'a fait sentir aussi vulnérable ? Et surtout... Pourquoi est-ce que mon corps réagit ainsi, alors qu'il a été froid, arrogant, et grossier avec moi ?
Je m'appuie contre le mur, tentant de reprendre mon souffle. Ce séjour s'annonce beaucoup trop compliqué.