DIS MOI QUE TU M'AIME
img img DIS MOI QUE TU M'AIME img Chapitre 5 Fantômes du passé
5
Chapitre 6 Les mensonges révélés img
Chapitre 7 Le retour de Paul img
Chapitre 8 Confrontation img
Chapitre 9 La décision fatale img
Chapitre 10 Dis-moi que tu m'aimes img
Chapitre 11 Entre deux mondes img
Chapitre 12 La brume du doute img
Chapitre 13 Sous le poids du silence img
Chapitre 14 L'appel du vide img
Chapitre 15 Réveils douloureux img
Chapitre 16 Les éclats de vérité img
Chapitre 17 L'étreinte de l'angoisse img
Chapitre 18 Le fil de la trahison img
Chapitre 19 À contre-courant img
Chapitre 20 La promesse brisée img
Chapitre 21 L'écho des regrets img
Chapitre 22 Sur le seuil du pardon img
Chapitre 23 Dernier mensonge img
Chapitre 24 L' Amour en fuite img
Chapitre 25 Une nouvelle lumière img
Chapitre 26 À la croisée des chemins img
Chapitre 27 Le souffle du passé img
Chapitre 28 À travers les flammes img
Chapitre 29 L'heure des vérités img
Chapitre 30 Un nouvel horizon img
img
  /  1
img

Chapitre 5 Fantômes du passé

La nuit venait de tomber, plongeant la petite ville dans un silence troublant. Camille fixait la fenêtre de son appartement, où les ombres des branches dénudées par l'automne dansaient sous la lumière des réverbères. Le vent sifflait doucement, mais ce n'était pas ce bruit qui la tenait éveillée. Une nouvelle lettre anonyme avait été glissée sous sa porte ce matin. C'était la troisième en une semaine, et les mots, de plus en plus inquiétants, restaient gravés dans son esprit.

Elle s'assit sur le canapé, le dos tendu, les doigts tremblants. L'enveloppe blanche encore posée sur la table basse semblait la narguer. C'était presque devenu une habitude, un rituel morbide. Tous les deux ou trois jours, une nouvelle lettre apparaissait, toujours manuscrite, toujours sur le même papier jauni et usé. Le contenu devenait chaque fois plus menaçant. D'abord de simples allusions, puis des menaces voilées, et enfin des avertissements inquiétants.

Camille se leva brusquement, incapable de rester en place plus longtemps. Elle arpenta la pièce, son esprit tourmenté par une seule question : qui lui envoyait ces lettres ? Le premier courrier lui avait semblé bénin, une sorte de mauvaise blague peut-être. Mais rapidement, la situation avait dégénéré. Elle avait beau chercher dans ses souvenirs, aucun nom ne lui venait à l'esprit. Qui pouvait bien vouloir lui faire du mal ainsi, et surtout pourquoi maintenant ? Cela faisait des années qu'elle avait tourné la page sur son ancienne vie.

C'est en regardant de nouveau l'enveloppe sur la table que ses pensées dévièrent, malgré elle, vers Antoine. Un frisson parcourut son échine. Le visage d'Antoine apparut dans son esprit, comme une ombre, toujours prêt à ressurgir dans ses moments de faiblesse. Leur relation avait été une tempête, une descente aux enfers dont elle avait mis des mois, des années même, à se remettre. Antoine avait été cet homme charmeur, sûr de lui, qui l'avait peu à peu isolée, jusqu'à ce que sa vie entière tourne autour de lui. Ce n'était qu'après de nombreuses violences psychologiques qu'elle avait trouvé la force de fuir. Fuir, se reconstruire, et essayer d'oublier.

Pourtant, les lettres ravivaient cette époque comme si elle ne l'avait jamais quittée. Le ton, la menace implicite, ce sentiment d'être traquée... Tout lui rappelait les moments les plus sombres passés avec Antoine. Mais Antoine était loin maintenant. Elle avait pris soin de s'éloigner, de couper tout contact avec ses anciens amis communs, de changer de numéro, de déménager. Il ne pouvait pas être derrière tout ça... n'est-ce pas ?

Camille se laissa tomber sur le canapé, ses mains serrées contre ses tempes. Le malaise grandissait en elle, rongeant son esprit. Elle ferma les yeux un instant, essayant de calmer la tempête dans sa tête. Respirer. Il fallait qu'elle respire.

Soudain, son téléphone vibra, la faisant sursauter. Son cœur accéléra, et pendant une seconde, elle crut que c'était encore un message anonyme. Mais non, c'était un message de Sarah, sa meilleure amie. Camille hésita à répondre. Elle ne voulait pas inquiéter Sarah avec ses histoires de lettres anonymes. Après tout, Sarah avait déjà tant fait pour elle. C'était Sarah qui l'avait aidée à quitter Antoine, qui l'avait soutenue pendant les moments les plus difficiles de sa vie. Elle ne pouvait pas lui imposer à nouveau ce fardeau.

Mais en même temps, elle avait terriblement besoin de parler à quelqu'un, de partager son angoisse. Elle attrapa finalement son téléphone et ouvrit le message.

"Ça va ? On ne s'est pas parlé depuis un moment, je m'inquiète un peu. Appelle-moi quand tu veux."

Camille sentit une boule se former dans sa gorge. Elle tapa rapidement une réponse :

"Ça va, juste un peu fatiguée en ce moment. Je t'appelle demain."

Elle mentait. Rien n'allait. Mais que pouvait-elle dire ? Que les fantômes de son passé étaient revenus la hanter ? Que chaque soir, elle se couchait avec l'angoisse de recevoir une nouvelle lettre le lendemain ? Que parfois, elle sentait un regard invisible sur elle, comme si quelqu'un l'observait dans l'ombre ?

Elle se leva et se dirigea vers la cuisine. Un verre d'eau lui ferait du bien. Alors qu'elle ouvrait le robinet, une sensation glacée s'empara d'elle. Ce sentiment d'être épiée. Elle le connaissait trop bien. Lentement, elle se retourna et scruta la pièce. Personne. Rien que les meubles familiers de son petit appartement. Mais la sensation persistait. Elle regarda par la fenêtre. La rue en contrebas était déserte, mais les ombres semblaient plus sombres que d'habitude, plus lourdes, comme si quelque chose s'y cachait.

Son cœur s'emballa de nouveau, et elle ferma rapidement le rideau. Tout cela devenait insupportable. Elle se sentait de plus en plus piégée. Ses souvenirs avec Antoine s'entremêlaient avec les événements actuels, créant une toile de peur et de confusion dans son esprit. Elle devait agir avant que cela ne la détruise.

Le lendemain matin, Camille se réveilla après une nuit agitée. Elle n'avait quasiment pas dormi, tourmentée par des cauchemars où Antoine réapparaissait, la poursuivant, la forçant à revenir sous son emprise. Elle se sentait épuisée, autant mentalement que physiquement. Mais aujourd'hui, elle avait pris une décision : elle allait parler à la police.

Elle s'habilla rapidement et sortit de chez elle, une enveloppe à la main. Elle marcha d'un pas déterminé jusqu'au commissariat. L'air frais du matin la calmait un peu, mais une angoisse sourde continuait de gronder en elle. À chaque coin de rue, elle avait l'impression que quelqu'un l'observait. Elle devait faire des efforts pour ne pas se retourner constamment.

Au commissariat, l'accueil fut plutôt froid. Un jeune policier la reçut, sans grande conviction.

- Une lettre anonyme ? Vous en recevez souvent ? demanda-t-il d'un ton détaché en consultant un formulaire.

- Trois en une semaine, répondit Camille en posant les lettres sur le bureau.

Le policier jeta un coup d'œil aux enveloppes, les ouvrit avec nonchalance, puis fronça légèrement les sourcils en lisant leur contenu. Il semblait soudain un peu plus concerné.

- Ça ressemble à des menaces, en effet... Vous avez une idée de qui pourrait vous envoyer ça ?

Camille secoua la tête. Elle hésita à parler d'Antoine. Après tout, elle n'avait aucune preuve que c'était lui. Mais elle ne pouvait ignorer cette intuition qui lui nouait le ventre.

- J'ai... j'ai vécu une situation difficile, il y a quelques années, avec quelqu'un... Mais je ne sais pas si ça peut être lié.

Le policier la fixa quelques instants, puis nota quelque chose sur son carnet.

- On va examiner ces lettres. Vous devriez éviter de rester seule, pour le moment.

Camille hocha la tête, soulagée d'avoir fait le premier pas, mais une partie d'elle restait sceptique. Elle connaissait le fonctionnement de la police, et elle savait que sans preuves concrètes, ils ne feraient probablement pas grand-chose.

Elle passa le reste de la journée à essayer de s'occuper l'esprit, mais rien ne semblait apaiser son anxiété. L'image d'Antoine flottait dans son esprit comme une menace constante. Son visage, ses yeux noirs pleins de colère, la manière dont il la rabaissait, contrôlait chacun de ses mouvements... Tous ces souvenirs qu'elle avait enfouis revenaient à la surface. C'était comme si les lettres avaient ouvert une boîte de Pandore, et maintenant, elle ne pouvait plus rien y faire.

Le soir venu, Camille se força à appeler Sarah. Elle devait lui en parler, partager son angoisse avec quelqu'un de confiance. Lorsque Sarah répondit, sa voix douce et rassurante eut l'effet d'un baume sur ses nerfs.

- Camille, ça va ? Tu sembles stressée...

- Je ne sais pas... J'ai reçu des lettres anonymes. Des menaces, je crois. J'ai l'impression d'être surveillée.

Le silence de Sarah de l'autre côté de la ligne la mit mal à l'aise.

- C'est sérieux, Camille. Tu penses que ça pourrait être Antoine ? demanda finalement Sarah, inquiète.

Camille se mordit la lèvre. C'était la question qu'elle avait évitée de poser directement à haute voix, mais maintenant qu'elle était formulée, elle ne pouvait plus l'ignorer.

- Je ne sais pas... Je ne veux pas y croire, mais tout me rappelle lui.

- Tu veux que je vienne chez toi ? proposa Sarah.

- Non, non... Je vais gérer, merci. J'ai déjà parlé à la police.

Après quelques minutes de conversation rassurante, Camille raccrocha, se sentant légèrement plus calme. Mais cette tranquillité fut de courte durée.

En retournant dans son salon, elle remarqua immédiatement l'enveloppe, posée à l'endroit où elle avait laissé les précédentes. Mais cette enveloppe-là, elle ne l'avait pas vue avant. Elle se figea. L'air se fit soudain plus lourd autour d'elle. Ses mains tremblantes s'approchèrent de l'enveloppe.

Elle l'ouvrit lentement, chaque seconde s'étirant comme un supplice. Les mots à l'intérieur la firent vaciller.

*"Tu ne peux pas fuir. Je suis là, tout près. Tu m'appartiens toujours."*

Camille laissa tomber la lettre au sol. Elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. C'était lui. C'était Antoine. Il l'avait retrouvée.

                         

COPYRIGHT(©) 2022