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QUI M'A TUÉ ?
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Chapitre 5

QUI M'A TUÉE ?

« Les égarements véritables sont ceux qui surgissent lorsque notre amour passionné pour

quelque chose nous entraîne au-delà des limites connues, nous poussant à explorer l'inexploré,

à transcender les frontières du connu et à découvrir des horizons insoupçonnés ».

Je me rappelle très bien d'Anatole. Il était le chef de gang de ces voyous. Dans le quartier,

son nom était célèbre, synonyme de domination. Qui ne connaissait pas Anatole ? Un homme

dont l'apparence portait les cicatrices d'une vie difficile et des combats menés pour s'élever

dans les rues impitoyables. Son regard perçant exprimait une résolution inébranlable. Vêtu de

vêtements usés témoignant de ses origines modestes, il arborait fièrement les symboles de son

appartenance à la rue. Ses tatouages racontait son histoire, gravés dans sa peau comme les

stigmates d'un passé tumultueux. Sa posture était celle d'un prédateur, prêt à bondir à tout

moment pour protéger son territoire. Sa voix rauque, teintée d'un accent propre à son quartier,

imposait son autorité à chaque mot prononcé, révélant sa volonté indomptable et sa maîtrise de

son domaine.

Il fallait une fois de plus qu'Astaroth reprenne le scénario de tout à l'heure. Mais cette

fois, il devait prendre une forme encore plus imposante que celle d'Anatole.

Il se transforma en un être gigantesque, à l'apparence repoussante et à la nature rebelle.

Son visage, marqué par les cicatrices et les traits durs. Une stature imposante témoignant des années d'entrainement intensif et de travail acharné dans les salles de sport. Ses muscles saillants représentaiént sa force brute

et sa capacité à affronter tous les défis physiques qui se présentaient à lui. Il portait un débardeur

blanc et un grand pantalon en jean qui ne couvrait que la moitié de ses fesses. Dans sa main

droite, il tenait fermement une énorme batte de baseball de couleur marron.

Astaroth fit son entrée majestueuse dans la vielle hutte. Son arrivée était spectaculaire,

digne des films américains. Tous les regards surpris et envieux se tournèrent vers Astaroth le

colosse, qui avançait d'un pas assuré, exprimant confiance et détermination.

« ANATOLE! », rugit-il.

Un silence s'installa dans la pièce pendant un bref instant. Anatole, qui se trouvait dans un

coin en train de fumer une cigarette, le regarda sans peur, soutenant son regard. Il se leva

immédiatement, saisit sa machette et la tint près de lui. Ses hommes, prêts à l'entourer

rapidement, reçurent l'ordre de leur chef de ne pas bouger.

- Que cherches-tu, jeune homme ? Demanda Anatole d'une voix calme.

Astaroth l'ignora et avança lentement, tapotant la batte de base-ball à plusieurs reprises sur

sa paume de main gauche, un sourire empreint de mépris aux lèvres.

Dans la foule, quelqu'un s'écria soudainement :

« Il est sûrement à la recherche d'un emploi,

patron I », déclenchant un éclat de rire général.

- Si tu cherches du travail, tu peux commencer par me masser les orteils. Répliqua

Anatole d'un ton moqueur, provoquant de nouveaux éclats de rire.

Astaroth se joignit à eux d'un rire sarcastique.

- Il semble que vous appréciez rire, lança-t-il.

Il attrapa l'un des hommes d'Anatole le plus proche de lui et lui asséna un violent coup de batte

dans le ventre. L'homme s'effondra et ne se relèverait plus. Les rires qui résonnaient quelques

instants plus tôt se dissipèrent. Les écoliers et les étudiants présents pour le simple plaisir de la

scène s'enfuirent. Il ne restera plus que le silence troublant de la hutte, rempli d'une tension

palpable.

Le groupe se trouvait désormais réduit à une trinité singulière : Astaroth, Anatole, et une

poignée d'homme loyaux. Tels des gardiens silencieux, les acolytes d'Anatole se positionnèrent

devant lui leurs couteux étincelants à la main, prêts à protéger leur chef contre toute menace.

- Je ne suis pas ici pour semer le trouble dans votre monde. Vos activités ne suscitent en

moi que peu d'intérêt. Je souhaite simplement poser une question, sans avoir à me

répéter, et j'exige une réponse correcte. Déclara Astaroth d'une voix inflexible, révélant

ainsi la fermeté de son caractère.

Anatole, scrutant les visages de ses hommes d'un regard pénétrant, les vit éclater de rire.

Mais leur hilarité fut de courte durée. D'un signe de tête, Anatole les enjoignit au silence, et ils

s'écartèrent pour laisser leur chef s'approcher d'Astaroth.

- Qui est tu ? Demanda-t-il d'un ton sérieux, révélant son désir ardent de percer le mystère

qui entourait cet être courageux.

Astaroth ne se départit pas de sa prestance. D'une voix glaciale, il déclara :

« Je suis Astaroth, gardien des enfers. Et je n'hésiterai pas à t'emporter avec moi, afin que tu

puisses connaître les affres de la souffrance ultime ».

Les hommes d'Anatole éclatèrent à nouveau de rire. Anatole, qui n'avait pas détourné son

regard de celui d'Astaroth. les somma de se taire d'un geste imperceptible. Ils obéirent

docilement, comprenant qu'un échange d'une nature bien différente était sur le pont de se

dérouler.

- Que veux-tu savoir, jeune homme ? Demanda Anatole, fixant Astaroth avec un regard

intimidant, empreint d'une lueur menaçante.

- Ma'a Mofo, la vendeuse du beignetariat du quartier, m'a raconté que tu avais autrefois

tenté de la convaincre d'empoisonner une jeune fille nommée Ida.

Anatole sembla se souvenirs de cet épisode, sans laisser transparaitre la moindre froideur

dans son regard. D'un pas assuré, il s'approcha à nouveau d'Astaroth , collant presque son torse contre le sien, relevant légèrement la tête. Son expression devint encore plus menaçante, et d'une voix lourde, il lança:

« Oui! Tu veux revendiquer ? ». Pour ainsi savoir si Astaroth avait un problème avec cette accusation.

Astaroth, affichant un sourire narquois, réplique avec sarcasme :

- Absolument pas! Les ricanements s'échappèrent de ses lèvres.

« Je sais que tu es souvent sollicité pour accomplir ce genre de tâches. J'aimerais donc connaître

l'identité de la personne qui t'a commandité cette action avant que quelqu'un ne rejoignent les

enfers aujourd'hui », poursuivi-t-il.

L'un des hommes présents à proximité d'Anatole s'emporta : « Il croit vraiment qu'on

fiaa ses histoires d'enfer là ? Ici c'est l'enfer », un autre renchérit « Le tintin ci est complètement

cinglé, il faut qu'on le tayam d'abord, il se prend pour Nganou », puis un troisième ajouta : « Il

pense que s'est muscles jusqu'au noyau lui donnent le droit de s'adresser ainsi à notre chef? ».

Les murmures se répandirent dans la pièce, tels des échos menaçants.

Anatole, toujours ricanant, apaisa ses hommes qui brulaient d'impatience de régler leur

compte à Astaroth. Il proposa alors un combat à mains nues à Astaroth qui était resté silencieux

jusqu'à présent. Malgré mes recommandations de ne pas accepter et d'utiliser des méthodes

plus percutantes, Astaroth ne m'écouta pas et releva le défi d'Anatole. Les hommes d'Anatole

éclatèrent d'applaudissements, formant un cercle imposant qui laissait Astaroth et Anatole seuls

au centre. Anatole désigna l'un de ses hommes pour arbitrer le combat.

Dans un geste théâtral, Anatole ôta son tricot, se débarrassa de sa machette et prit

immédiatement une posture de combat. Astaroth lâcha sa batte et adopta une position

quelque peu burlesque, provoquant les railleries des hommes d'Anatole. Les moqueries

fusaient de toutes parts:

«On sent un gros mouilleur », « on va te tuer mon petit », « Tu finiras en enfer ».

L'arbitre donna le signal du combat. Anatole se précipita aussitôt vers Astaroth, lui

sautant littéralement dessus et le faisant chuter. Les rires et applaudissements désordonnés

envahirent la pièce, créant un brouhaha indescriptible. Astaroth encaissait les coups

d'Anatole sans broncher, feignant d'être affecté par les assauts puissants de son adversaire.

Lorsqu'il sentit sa patience s'éroder, Astaroth décocha soudainement un coup dévastateur

dans le ventre d'Anatole, qui s'effondra instantanément. Un silence pesant s'abattit dans la

pièce, la transformant en un véritable cimetière de murmures étouffés.

Astaroth pòsa alors son pied gauche sur la tête d'Anatole, menaçant de l'écraser s'il ne

révélait pas le nom de la personne qui l'avait chargé de mettre du poison dans mon assiette.

Impuissant, Anatole ordonne à ses hommes d'attaquer Astaroth sans plus tarder. Une

émeute éclata alors, déchainant un chaos incontrôlable.

Astaroth se lança vaillamment dans un combat singulier, affrontant ses assaillants un

par un avec une agilité déconcertante. Sa maitrise des mouvements, sa précision et sa force

surhumaine déstabilisèrent les hommes d'Anatole, qui se sentirent impuissants face à cette

force prodigieuse. Les coups s'échangeaient, les cris résonnaient, mais Astaroth restait

debout, inébranlable.

Soudain, I' un des hommes d'Anatole sortit un revolver de sa poche. Il visa rapidement

la tête d'Astaroth, pressa la détente et une détonation retentit dans la pièce. Le silence se fit

lourd, les regards se figèrent dans l'attente du résultat.

Mais à la stupéfaction générale, Astaroth demeura debout, indemne. La balle avait

traversé sa tête sans lui causer le moindre tort. Un frisson d'effroi parcourut l'ensemblée

tandis que les murmures d'incrédulité s'élevaient dans un chœur étouffé.

« Seigneur!!! », s'écria-t-il.

La scène qui se déroulait sous les yeux défiait toutes les lois de la nature, plongeant les

protagonistes dans l'abime de l'incompréhension. Anatole, lui-même, sentit le doute

s'insinuer en lui, sa confiance chanceler face à l'énigme vivante qu'était Astaroth.

Dans le silence oppressant, tous les hommes d'Anatole prirent aussitôt la fuite, tels

des éclairs filant à travers les ténèbres, abandonnant leur chef entre les bras du démon des

portails des abysses, A-S-T-A-R-O-T-H. Si seulement ils avaient su!

Anatole, dans un mouvement rapide, rampa jusqu'au coin le plus reculé de la hutte en

criant d'une voix suppliant :

« Ne me tuez pas, je vous en prie ».

Astaroth rétorqua d'un ton colérique, ses yeux démoniaques laissant entrevoir sa vraie

nature :

« Alors, donne-moi le nom! »

Anatole, tremblant, n'en croyait pas ses yeux et la terreur le submergea. Il se mit à hurler :

« Sophie, Sophiel Son prénom était Sophie ».

Sophie ? De qu'elle Sophie s'agissait-il ? Je demandai à Astaroth de l'interroger à ce

sujet, ce qu'il fit sans attendre

Anatole répondit d'une voix frémissante qu'il ne la connaissait pas réellement. Elle

s'était présentée à lui dans cette humble hutte, lui offrant une somme de vingt-mille francs

CFA pour trouver un moyen de me faire ingérer un poison qu'elle lui avait remis. Elle lui

avait donné mon nom ainsi qu'une photo de moi, tout en lui faisant savoir que j'appréciais

Bien les B-H-B de Ma'a Mofo.

Je demandai alors à Astaroth de lui faire décrire cette Sophie. Mais grande fut ma

surprise en apprenant qu'il s'agissait d'une description concordant parfaitement avec mon

amie Sophie, une compagne d'enfance dont j'avais déjà parlé. Elle faisait partie de notre

groupe, notre bande de six. Mais comment était-ce possible ? Pourquoi Sophie aurait-elle

voulu ma mort ? Peut-être avait-elle finalement réussi.

Le doute s'empara de moi aussitôt. Peut-être qu'Anatole racontait des bêtises. Mais sur

quels fondements ? Surtout qu'il ignorait ma présence.

Mon âme fut à nouveau tourmentée, mes yeux réclamant des larmes que je ne pouvais

verser. Une douleur de trahison m'envahissait. Je ne cessais de répéter :

« Pourquoi, Sophie? ». Était-ce véritablement ma chère Sophie ? Une seule façon de le

savoir.

Retrouver Sophie

Les nuits se succédèrent, les jours se levèrent, et Astaroth entama une correspondance

animée avec Karmen par SMS. Leurs échanges étaient vifs et rapides, ce qui ne m'étonna pas

d'ailleurs.

Dans notre quête pour retrouver Sophie, qui avait déménagée dans une autre ville, Astaroth

et moi nous mîmes en marche.

Sophie était l'ainée de notre groupe de six, et elle était également la plus bienveillante. Elle

avait toujours su apaiser les querelles qui éclataient au sein du groupe, car malgré notre solide

amitié, il y avait des moments où nous étions en désaccord, des périodes de colère où nous nous

ignorions pendant des jours. C'était toujours Sophie qui prenait l'initiative de renouer les liens

et de résoudre nos conflits. Ses paroles sages résonnaient encore dans ma mémoire, car elle

avait l'art de choisir les mots justes au bon moment. C'est pourquoi nous la surnommions

affectueusement « la sage ». Je refusais de croire qu'elle pourrait comploter ma mort et c'est

pourquoi je cherchais désespérément à obtenir des réponses.

Malgré sa sagesse indéniable, Sophie avait toujours eu des difficultés à réussir le premier

niveau à l'université. Elle était moins brillante que nous sur le plan académique, mais nous

étions toujours là pour l'aider. Finalement, elle avait décidé d'abandonner l'université et de

partir chercher sa voie dans une autre ville.

Retrouver Sophie n'était pas une tâche facile. Heureusement, j'avais à mes côtés un démon

capable de localiser n'importe quel objet ou personne, où qu'ils se trouvent. Il semblait maitriser

cet art depuis sa création.

Pendant notre marche, je décidai d'obtenir quelques réponses concernant la déchéance

d'Astaroth.

- Pourquoi as-tu été déchu ? Lui demandai-je.

- J'ai désobéi au Très-Haut, répondit-il simplement.

- Mais pourquoi as-tu désobéi ? Tu étais au paradis, dans le jardin d'Eden, où tu avais

tout ce que tu voulais. Pourquoi risquer de désobéir à un être qui t'avait donné le

privilège d'être un ange ?

Ma voix commençait à se teinter d'exaspération.

Astaroth soupira doucement et répondit :

« Oh. Oh. .Oh. Calme-toi, Ida. Je suis peut-être un démon, mais je ne peux pas répondre à

mille questions d'un coup », dit-il en esquissant un sourire amusé.

- Désolée de te bombarder de questions. C'est juste que tout cela est incroyable et

inimaginable. Si j'étais un ange, je resterais près de Dieu et je m'assurerais d'accomplir

sa volonté de la manière qu'il souhaite. Rétorquai-je.

- Ah, chacun a un destin, répondit-il. énigmatiquement.

- Que veux-tu dire par là ? Était-ce ton destin d'être un démon ? Ma curiosité était piquée.

- Possible. Les desseins du Très-Haut sont complexes. La vie est comme une série

télévisée. Tout est planifié à l'avance. N'est-il pas l'Alpha ? Répliqua-t-il avec un brin

d'amusement.

- Tu crois en lui ? Demandai-je, intriguée.

- Je ne peux pas te répondre, répondit Astaroth brièvement.

Un silence s'installa entre nous pendant un instant, puis je repris la parole.

- Quel a été ton acte de désobéissance ? Demandai-je.

Astaroth prit un moment pour réfléchir, me regarda intensément, esquissa un sourire, puis

commença à me conter l'histoire de sa déchéance :

« Le nombre d'anges qui peuplent les cieux est quatre fois supérieur au nombre humains qui

arpentent la terre. Dans la théorie divine, chaque individu terrestre est accompagné de deux

anges : un ange du jour et un ange de la nuit. Nous étions connus sous le nom d'Ange Gardien,

investis d'une noble mission. Nous veillons sur les humains, les guidions sur le chemin de la

vertu et les préservions des forces maléfique. La condition sacrée qui incombait à l'humanité

était de louer et prier le Très-Haut, à l'aube et au crépuscule. En priant chaque matin, l'Ange

Gardien du jour était invoqué, tandis qu'en le faisant le soir, avant de s'endormir, l'Ange

Gardien de la nuit était sollicité. À travers cette invocation, ces protecteurs célestes étaient

censés veiller sur l'âme du croyant, le protégeant de toute atteinte qui n'émanait pas de la

volonté du Très-Haut. Mais si, par mégarde, l'oubli les en privait, l'homme se retrouvait sans

protection, à la merci des forces démoniaques qui, telle une brume insidieuse, cherchaient à

s'emparer de son être jusqu'à l'assujettir à leur volonté ».

- Autrefois donc, tu étais le protecteur de ceux qui invoquait le Très-Haut si j'ai bien

compris ? Demandai-je, assoiffée de comprendre les mystères célestes.

- En effet. Répondit Astaroth d'une voix profonde, empreint de sagesse.

- Mais alors, pourquoi as-tu été déchu de ta condition angélique ? Je peine encore à saisir.

Murmurais-je, avide de percer le voile des secrets.

Astaroth toussa légèrement, puis reprit d'une voix grave et pénétrante :

« Nous, Anges Gardiens, sommes également soumis aux tentations de Lucifer, le dieu des

ténèbres, qui convoite ardemment renforcer son armée. Seule notre foi inébranlable nous

protégeait de sa perfidie. J'ai défendu mon âme contre ses desseins à maintes reprises, ma

conviction était d'acier. Car lorsque la foi s'ancre solidement en notre être, crois-moi, ma

langue de démon ne saurait mentir, alors tout nous devient possible. Ma mission consistait à

protéger une jeune fille, chaque soir où elle m'invoquait. Elle était une créature de la foi ardente,

ne manquant jamais une seule nuit sans prier le Très-Haut, contrairement aux humains que je

protégeais autrefois. Je l'entourais de ma bienveillance, veillant jalousement sur elle, jusqu'à

ce que mes sentiments pour elle s'éveillent. Permets-moi de t'offenser, mais imagine qu'elle

faisait dix mille fois ta beauté. Sa peau était d'une blancheur immaculée, sa chevelure délicate

encadrait son visage et son sourire avait pouvoir de déployer mes grandes ailes blanches entre

mes omoplates. Elle était une créature parfaite du Très-Haut, une réincarnation divine de

Jézabel. Mon amour pour elle grandissait chaque jour. Parfois, je descendais du firmament

avant même qu'elle ne me fasse appelle, transgressant ainsi les règles célestes qui nous étaient strictement imposées ».

- Vraiment ? Alors, il est donc possible pour les anges de tomber amoureux ? Demandai-

je, le cœur palpitant d'émotion.

- Normalement, non, ricana Astaroth d'un rire mélancolique. Je suis l'exception à cette

règle sacrée.

- Alors, le fait d'avoir bravé l'interdit en tombant amoureux et en descendant pour

protéger la fille sans qu'elle ne t'invoque t'a-t-il coûté ta nature angélique ?

Questionnai-je, avide d'absoudre les mystères des cieux.

- Non. Le Très-Haut n'a pas émis de jugement à cet égard. À ce moment-là, j'ai cru qu'il

n'était pas au courant de mes actions, car ma mission était clairement définie, tout

comme pour les autres Anges Gardiens. Répondit Astaroth.

- Alors, qu'as-tu fait qui a entraîné ton bannissement ?

Astaroth afficha un sourire malicieux avant de poursuivre :

« Un soir, comme à l'accoutumée, je suis descendu sur terre. La jeune fille s'était plongée

dans un sommeil profond. C'est alors qu'un tourbillon de pensées étranges a envahi mon esprit, érodant lentement ma foi, jusqu'à ce que je cède à la tentation et me laisse aller à des étreintes

charnelles avec elle. Etrangement, elle pouvait ressentir ma présence dans une scène qui se

dessinait dans ses rêves. Je me suis abandonné à un plaisir inconnu, une extase exceptionnelle,

presque magique. Mon amour pour elle grandissait de plus en plus. Au matin, troublée par le

souvenir troublant de ses cauchemars nocturnes, elle se mit à prier avec ferveur. C'est alors

qu'un autre ange descendit du ciel à une vitesse fulgurante, annonçant ainsi mon devoir de

remonter. Toutefois, la crainte que cet être céleste découvre l'acte ignoble que j'avais commis

me retint sur terre. Ainsi, après avoir posé pied au sol, je le suppliai de garder le silence envers

le Très-Haut. Hélas, il déclina cette requête avec amertume, déclenchant ainsi un affrontement

céleste entre lui et moi. La bataille se déchaîna avec une intensité telle que des éclairs jaillirent

de nos corps, tandis que lui, cherchant à rallier les portiers du paradis, fit retentir une trompette

sacrée. C'est à ce moment précis que Lucifer apparut de façon soudaine, surgissant de l'ombre

et le frappa mortellement. Il sauva ainsi mon âme angélique et m'encouragea dans l'acte que

j'avais posé, tout en me promettant que la jeune fille serait mienne si j'acceptais de le suivre.

Bien que cette offre semblât alléchante, je savais pertinemment qu'en suivant Lucifer, je devrais

renoncer à cet être humain que j'aimais tant. Un autre ange serait désigné pour la protéger, elle

qui ne manquait pas un seul jour de louange envers le Très-Haut. Ainsi, j'ai décliné l'offre de

Lucifer et suis remonté immédiatement au paradis, dissimulant mon péché comme si de rien

n'était. Cependant, à mon grand désarroi, les autres anges, dont les Anges Gabriel, me

refusèrent l'entrée. Dans un silence obstiné, ils me laissèrent perplexe quant à leur refus. C'est

alors que j'aperçus le Très-Haut s'approcher de moi, m'enveloppant de sa majesté divine. Me

prosternant humblement, j'attendis ses paroles. D'une voix grave et puissante, il me bannit

immédiatement de son royaume. Mes ailes furent arrachées par l'ange Séraphin, le plus élevé dans la hiérarchie angélique, et ma pureté s'effaça. Je m'enfuis aussitôt vers l'enfer, où Lucifer

m'attendait à l'entrée du portail. Il me condamna alors à en devenir le gardien, pour n'avoir pas

rejoint son camp plus tôt. Ainsi, je me fondis dans les rangs des déchus ».

L'histoire d'Astaroth se déployait avec une captivante et éblouissante intensité. Jamais je

n'aurais pu anticiper une telle trame si elle ne m'avait été contée. Mes attentes s'étaient égarées

vers une scène semblable à celle d'Adam, Ève et du mystérieux serpent dans le jardin d'Éden.

Mais l'évidence me frappait désormais : j'avais emprunté le mauvais chemin !

Mon regard se posa avec une anxiété contenue sur Astaroth, et mes mots se formèrent pour la question qui brûlait mes lèvres : Avait-il eu des nouvelles de cette femme qu'il aimait avec

une passion dévorante ?Sa réponse, telle une lame acérée, transperça mon être. Les voiles de l'espoir furent déchirés, car jamais plus il n'eut de ses nouvelles.

Sa propre impuissance l'avait condamné à demeurer à distance, tandis qu'elle succombait finalement à la mort naturelle, trouvant son repos éternel depuis des lustres dans les sphères célestes.

Nous arrivâmes finalement chez Sophie.

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