Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
QUI M'A TUÉ ?
img img QUI M'A TUÉ ? img Chapitre 2
2 Chapitres
Chapitre 6 img
Chapitre 7 img
Chapitre 8 img
Chapitre 9 img
Chapitre 10 img
Chapitre 11 img
Chapitre 12 img
Chapitre 13 img
Chapitre 14 img
Chapitre 15 img
Chapitre 16 img
Chapitre 17 img
img
  /  1
img

Chapitre 2

QUI M'A TUÉE?

#Épisode 2.

« C'est étrange, je me réveille brusquement d'un sommeil comme tous les matins, mais cette

fois-ci, je réalise que j'étais allongée dans un cercueil, une foule immense dans la concession

de mon père, et en plus d'être invisible, ma maman ne cesse de pleurer. Vous savez ce qui est

pire ? Ce qui me fait le plus peur ? C'est qu'il n'y a qu'un seul homme très bizarre qui peut me

voir. Que se passe-t-il à la fin ? La confusion et la peur m'envahissent : Suis-je réellement

morte ? Mais qui m'a tuée ? »

Je me pose des tas de question auxquelles je n'ai pas de réponse. Alors c'est peut-être vrai,

je suis morte! Sinon, comment expliquer toute cette illusion ? La seule personne qui peut me

répondre est le jeune homme placé devant moi.

- Pouvez-vous m'aider s'il vous plaît ? Je lui demande, espérant qu'il puisse éclairer ma

situation.

- Bien sûr, je t'attendais. Répond-il calmement.

Un frisson me parcourt l'échine. Pourquoi m'attendais-t-il? Qui est-il vraiment ? Son visage

m'est totalement inconnu, contrairement aux autres visages familiers de la foule.

- Comment vous appelez-vous? Je demande.

- Astaroth est mon nom. Enchanté, Ida. Répond-il en me tendant la main.

Je reste perplexe. Comment connait-il mon nom?

- Est-ce qu'on se connaît ? demandé-je tout en laissant sa main pendante dans les airs.

Astaroth ramène sa main lentement, gardant son sourire majestueux, et répond d'une voix

calme et sereine :

- Tu es un esprit depuis un certain temps Ida. Je te connais très bien même avant que tu

ne perdes ton humanité, bien que toi, tu ne me connaisses pas.

Une vague de terreur m'envahit. Je veux pleurer pour exprimer ma confusion, mais mes

yeux restent secs. C'est à cet instant précis que j'accepte la réalité implacable. Je suis bien

morte. Je contemple strictement mon entourage qui était tous là pour mes obsèques et lâche un

grand soupir, puis plonge mon regard dans celui d'Astaroth, qui ne cesse de fredonner des

mélodies religieuses qui jouent incessamment.

- Alors, toi aussi, tu es mort ? Je murmure, cherchant désespérément des réponses.

Astaroth secoue la tête tout en souriant :

- Non, je ne suis pas encore mort. Répond-il calmement.

Je suis déconcertée par sa réponse.

- Comment est-ce possible ? Demandé-je.

- J'étais un ange avant d'être déchu il y a plusieurs milliers d'années.

- Tu es sérieux là? M'exclamé-je.

- Oui. Répond Astaroth d'une voix confiante.

Je reste ébahi, ne sachant pas quoi faire. J'observe attentivement cet homme énigmatique,

de son crâne rasé à son visage barbu soigné, en passant par son manteau sombre qui dissimule

des tatouages mystérieux et une botte ornée d'épines argentées. Je suis intriguée, mais aussi

méfiante. Ce qui m'inquiète dans ses propos précédents, c'est qu'il a dit être un ange déchu.

Cela voudrait-il dire qu'il est un démon ? Et si c'est le cas, pourquoi a-t-il dit qu'il m'attendait ?

N'étais-je pas une bonne personne de mon vivant ? N'ai-je pas aidée les personnes en détresse? N'ai-je pas honorée mes parents ? N'ai-je pas suffisamment cru en Dieu, surtout étant enfant

de chœur? Je me rappelle même qu'à la fin de chaque année, j'organisais une cagnotte pour

venir en aide aux orphelins et pour la construction des églises. Et pourquoi est-ce que je vois

devant moi un homme vêtu de noir au lieu d'un homme vêtu de blanc ? Autant de questions

circulent dans ma tête à cet instant.

- Pourquoi est-ce que vous m'attendiez? Lui demandé-je. Espérant qu'il puisse éclairer

ma perplexité tout en souhaitant que sa réponse dissipera mes inquiétudes.

Astaroth fixe ses yeux profonds dans les miens et répond:

- Tu connais déjà la réponse, Ida. Rétorque-t-il comme si de rien n'était.

Ma panique grandit. Je veux qu'il me le dise, qu'il confirme mes craintes les plus profondes.

- Dis-le moi, s'il te plaît. Murmurai-je, ma voix tremblante.

Astaroth me fixe d'un regard perçant, pénétrant mon âme sans détours. Les larmes, refoulées

en moi, semblent n'être qu'une mince façade face à sa perspicacité. D'un geste inattendu

empreint de solennité, Il pose délicatement sa main gauche sur mon épaule droite, et d'un ton

calme et posé, il répond :

«Je suis Astaroth, le gardien des portails de l'enfer. C'est à moi qu'il incombe de te ramener

là ou ton esprit doit être, alors je t'accorde quelques instants pour dire au revoir à ceux qui

t' entourent. Après cela, nous partirons ».

C'est la première fois depuis nos précédents échanges que je perçois chez Astaroth une

sincérité et une gravité dénuées de tout sarcasme. Même en ayant perdue mon humanité, je sais

toujours qu'il existe deux chemins après la mort : le chemin des ténèbres et le chemin divin. Je

ressens une déception et une lassitude qui imprègne mon esprit. Mais où ai-je failli, Seigneur ?

Me questionnai-je, cherchant désespérément des réponses. Mon regard se pose une fois de plus

sur ma mère, qui cette fois-ci se lève de son modeste tabouret en bambou pour s'approcher de

mon corps allongé dans ce grand coffre fait de bois rouge. Lorsqu'elle se trouve devant mon

corps, de nouvelles larmes inondent son visage tourmenté, avant d'être apaisée par mes oncles,

soucieux de la réconforter. Elle parle sans cesse à mon corps, prononçant de nombreuses paroles

remplies de colère qui résonnent en moi, m'envahissent d'une puissante émotion. Parmi elles, une phrase résonne particulièrement et laisse échappée une larme à mon corps sans vie : « je

sais qu'ils t'ont ôté la vie! Toi, si jeune, si pleine d'avenir radieux, ma petite fille, mon petit

ange, le seul fruit de mes entrailles. Poursuis ces individus ! Ne les laisse pas impunis ! »

Submergée par le chagrin, elle laisse échapper un flot de sanglots, avant d'être ramenée à

l'intérieur par mon père qui surgit de nulle part. Alors, c'est vrai ? Je ne suis pas morte d'une

mort naturelle. Pourquoi ai-je perdu tout souvenir de cette tragédie ? Qui a bien pu me ravir la

vie ? Qui m'a tuée ?

« C'est triste, vraiment triste, de constater que certains ne sont là que pour manger et boire,

feignant de compatir à ma perte de vie »

Je ne pouvais pas partir ainsi. Je voulais au moins assister à l'entrée de mon corps dans

sa dernière demeure avant de m'en aller. J'ai donc suppliée Astaroth de me donner toute la

journée de ce dimanche pour pouvoir assister à mes propres funérailles. Il a accepté sans

hésitation. Nous sommes donc restés là, observant toute la cérémonie spectaculaire jusqu'à

l'arrivée du prêtre revêtu de sa grande soutane blanche, à 14 heures. Tout le monde a repris sa

place respective et le silence s'est installé. Les musiques religieuses diffusées par le DJ depuis

hier se sont estompées. Le prêtre devait bénir mon corps avant de le passer à mes oncles pour

les rites traditionnels.

Il a prêché quelques paroles d'évangile, entonné quelques chants de louange, et procédé

à la collecte des offrandes. À la fin, il a supplié Dieu de bénir mon âme et de m'accueillir dans

son royaume. À un moment donné, j'ai cru qu'il allait me voir. Après-tout, n'est-il pas un

homme de Dieu ? Si seulement il pouvait savoir que j'étais là, devant lui, accompagnée d'un

démon, il aurait peut-être eu pitié de mon âme égarée. Une fois qu'il eut terminé de bénir mon

corps, il a ordonné à ses disciples d'amasser les offrandes collectés et les diffèrents paquets de

cadeaux offerts par ma famille en guise de reconnaissance, puis il est parti rapidement. Ainsi,

mon pauvre corps a été remis à mes oncles pour qu'ils accomplissent les rites traditionnels

appelés dans mon village le « Nko».

Le Nko est un ensemble de rituels pratiqués lorsqu'on pense que quelqu'un n'est pas

mort d'une mort naturelle. Ces rituels étaient exécutés par une seule personne : Tchounkoua.

Tchounkoua était un Vieil homme octogénaire. Toujours vêtu d'un pagne vert attaché

autour de sa maigre taille, il marchait à l'aide d'un bâton taillé des branches des arbres les plus

solides de la forêt. Personne ne connaissait son lieu de résidence, mais nous savions tous qu'il

fallait déposer une pièce de cent francs CFA et un coq blanc en plein cœur de la forêt du village

pour l'invoquer. Il fallait ensuite expliquer ce que l'on attendait de lui, puis repartir sans se

retourner. Il était le meilleur parmi une multitude de marabouts que comptait le village, mais

on faisait appel à lui seulement dans les situations les plus graves. Sa particularité était sa

capacité à communiquer avec les esprits pour répondre à des mystères particuliers. Mais qui

avait fait appel à Tchounkoua ? Certainement mon père, car ma mère, fervente chrétienne,

n'appréciait guère les pratiques traditionnelles. Mon cher père était-il lui aussi perturbé par ma

mort prématurée ? Il est vrai qu'il a toujours été moins tendre avec moi que ma mère. Mais j'ai arrêtée de me plaindre lorsque j'ai réalisée que les parents de mes amies étaient bien pires. Mon

père ne voulait que mon bien. Après tout, quel parent souhaiterait du mal à son enfant ?

Tchounkoua s'est approché de mon corps, a posé délicatement sa main sur le cercueil et entama

une série d'incantations. Je pouvais ressentir qu'il faisait appel à mon esprit, car cela résonnait

au plus profond de mon âme. Mon regard se fixa sur Astaroth.

- Voudrais-tu-lui répondre ? Me demanda-t-il.

- Oui! Répondis-je avec enthousiasme.

Une sorte de porte s'est dessinée devant moi et j'y suis entrée. Maintenant, ils étaient deux

à pouvoir me voir. Tchounkoua pouvait me discerner, mais il ne pouvait pas voir Astaroth.

malgré toute sa puissance. Il me fixa droit dans les yeux et s'exprima:

- Ma fille, je ne t'ai pas invoquée pour te nuire, ni pour te défier. Mes mains sont propres.

J'ai été mandaté par ta pauvre mère pour que tu puisses me révéler le nom de l'individu

qui ta ôté la vie. Ainsi, une fois cela accompli, tu pourras enfin trouver la paix dans l'au-

dela.

Donc, c'était ma mère et non mon père. Ma mère était-elle à ce point désespérée ? Une

douleur immense envahit de nouveau mon esprit. Mes yeux se portèrent sur les quelques

personnes présentes, celles qui avaient été autorisées à assister à ce spectacle funeste, et parmi elles se trouvait ma mère, assise au premier rang. Tous entendaient les paroles de Tchounkoua,

mais nul ne pouvait voir avec qui il s'entretenait.

- Je ne sais pas qui m'a tuée. Répondis-je.

- Comment cela est-il possible? Demanda Tchounkoua, visiblement surpris.

Je m'efforçai alors de lui expliquer que malgré mes multiples efforts incessants, je ne

parvenais plus à me rappeler. Je lui demandai également de transmettre à ma mère un message

d'espoir, de lui dire d'essuyer ses larmes, car la personne responsable de mon trépas serait

démasqué. Je souhaitais ardemment qu'il fasse part à mes parents de tout mon amour et de mes

regrets, au cas où j'aurais pu blesser d'une manière ou d'une autre. Cependant, Astaroth coupa

soudainement les liens qui nous reliaient, interrompant notre échange.

- Il est temps de partir, Ida. Déclara-t-il d'un ton empreint d'inquiétude

Ainsi, c'était la fin. Mes adieux étaient prononcés. Je m'en allais sans avoir pu dire à mes

proches combiens je les aimais. Une fois de plus, Je les observai attentivement, et en particulier

ma mère, qui se trouvait dans un état d'inconsolabilité après que Tchounkoua eut partagé avec eux les détails de notre conversation. Elle répétait inlassablement : « Retrouve-les ». Mais

comment pouvais-je les retrouver ? Alors, en m'éloignant lentement, emplie de tristesse, je pris

une autre direction, accompagnée d'Astaroth. Nous marchâmes pendant une longue distance,

nous éloignant progressivement de la concession de mon père. Puis, de son manteau, Astaroth

sortit majestueusement une imposante trompette et souffla de toutes ses forces, invoquant ainsi

un gigantesque dragon noir aux yeux rougeoyants et à l'aspect effroyable, qui sillonnait les

cieux. Le dragon se posa immédiatement sur le sol, et nous nous hissâmes sur son dos écailleux.

Astaroth chevauchait le dragon avec une telle vélocité que, en un clin d'œil, nous nous

trouvâmes propulsés dans une dimension glaciale. Sur ordre d'Astaroth, le dragon nous déposa

délicatement avant de s'éloigner. Je marchais aux côtés d'Astaroth sans poser la moindre

question, m'attendant à être entourée de flammes dévorantes et de sombres créatures,

Cependant, cet endroit était étonnamment ordinaire, avec une étroite route pavée soigneusement entretenue. Le paysage était recouvert d'un manteau de neige étincelante, et l'air était empreint d'une atmosphère à la fois calme et mystérieuse. C'est alors qu'un homme apparut subitement devant nous. Il était deux fois plus grand qu'Astaroth, ses ailes blanches majestueuses

déployées dans toute sa splendeur. Sa présence dégageait une aura céleste, et il était vêtu d'une

robe d'un blanc éclatant. Un lieur d'espoir se présentait à mon âme. Peut-être que Dieu avait

entendu les prières du prêtre. Etait-t-il là pour moi ? Astaroth qui avait marché devant moi jusqu'à présent, s'arrêta et se retourna, plongeant ses yeux sombres dans les miens, tandis qu'il

prit la parole d'une voix grave et profonde.

- Nous sommes arrivés, Ida. Dit-il.

Je le regardai, intriguée et un peu effrayée. Quel choix devais-je faire ? Était-il possible

que ce démon me laisse le libre arbitre ?

Astaroth plongea son regard brûlant dans le mien et continua:

«Je t'ai dit que je suis Astaroth, gardien des portails de l'enfer. Malheureusement, tu possèdes

une âme d'une grande pureté, et je ne peux poursuivre notre périple sans ton consentement.

Lorsqu'une personne meurt dans des circonstances anormales, il est de mon devoir de l'amener ici afin qu'elle puisse choisir entre le chemin du repos ou celui de la vengeance ».

Il fixa ensuite l'autre étrange homme.

« Lui, c'est l'angeGabriel. Il sera ton guide vers les cieux, où tu pourras trouver la paix et la sérénité. Mais sache que si tu t'envoles avec lui, tu seras privée de la connaissance de ton assassinat. En revanche, si tu acceptes de me suivre, nous pourrons ensemble découvrir l'identité de ton meurtrier. Mais une fois cette quête accomplie, nous plongerons sans détours dans les ténèbres. Tu n'as que quelques précieuses minutes pour prendre ta décision ».

Astaroth déclencha alors un sablier qui s'écoulait inexorablement, me rappelant l'urgence

de mon choix.

Quelle sorte de dilemme étais-je donc confrontée ? Celui de choisir entre le sentier obscur

et les voies célestes. Certes, tout un chacun aspire à une vie éternelle, mais nous souhaitons

également ardemment obtenir des réponses à nos questions. Ainsi, en choisissant le chemin

devin, je laisserais tout derrière moi pour une existence éternelle. En embrassant plutôt les

ténèbres, je sacrifierais mon âme en échange de la connaissance.

Mes yeux se posèrent sur l'ange Gabriel, dont le regard captivant m'attirait irrésistiblement

vers lui.

« Prends surtout la bonne décision, Ida » souffla-t-il d'une voix angélique et envoûtante. D'un autre côté, Astaroth était prêt à m'accompagner dans cette aventure pour découvrir le meurtrier qui m'avait ôté la vie.

Que devais-je faire ? Embrasser courageusement les ténèbres afin de tout découvrir, ou bien la lumières et tout oublier à jamais?

Précédent
            
Suivant
            
Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022