Je me rappelle très bien d'Anatole. Il était le chef de gang de ces voyous. Dans le quartier,
son nom était célèbre, synonyme de domination. Qui ne connaissait pas Anatole ? Un homme
dont l'apparence portait les cicatrices d'une vie difficile et des combats menés pour s'élever
dans les rues impitoyables. Son regard perçant exprimait une résolution inébranlable. Vêtu de
vêtements usés témoignant de ses origines modestes, il arborait fièrement les symboles de son
appartenance à la rue. Ses tatouages racontait son histoire, gravés dans sa peau comme les
stigmates d'un passé tumultueux. Sa posture était celle d'un prédateur, prêt à bondir à tout
moment pour protéger son territoire. Sa voix rauque, teintée d'un accent propre à son quartier,
imposait son autorité à chaque mot prononcé, révélant sa volonté indomptable et sa maîtrise de
son domaine.
Il fallait une fois de plus qu'Astaroth reprenne le scénario de tout à l'heure. Mais cette
fois, il devait prendre une forme encore plus imposante que celle d'Anatole.
Il se transforma en un être gigantesque, à l'apparence repoussante et à la nature rebelle.
Son visage, marqué par les cicatrices et les traits durs. Une stature imposante témoignant des années d'entrainement intensif et de travail acharné dans les salles de sport. Ses muscles saillants représentaiént sa force brute
et sa capacité à affronter tous les défis physiques qui se présentaient à lui. Il portait un débardeur
blanc et un grand pantalon en jean qui ne couvrait que la moitié de ses fesses. Dans sa main
droite, il tenait fermement une énorme batte de baseball de couleur marron.
Astaroth fit son entrée majestueuse dans la vielle hutte. Son arrivée était spectaculaire,
digne des films américains. Tous les regards surpris et envieux se tournèrent vers Astaroth le
colosse, qui avançait d'un pas assuré, exprimant confiance et détermination.
« ANATOLE! », rugit-il.
Un silence s'installa dans la pièce pendant un bref instant. Anatole, qui se trouvait dans un
coin en train de fumer une cigarette, le regarda sans peur, soutenant son regard. Il se leva
immédiatement, saisit sa machette et la tint près de lui. Ses hommes, prêts à l'entourer
rapidement, reçurent l'ordre de leur chef de ne pas bouger.
- Que cherches-tu, jeune homme ? Demanda Anatole d'une voix calme.
Astaroth l'ignora et avança lentement, tapotant la batte de base-ball à plusieurs reprises sur
sa paume de main gauche, un sourire empreint de mépris aux lèvres.
Dans la foule, quelqu'un s'écria soudainement :
« Il est sûrement à la recherche d'un emploi,
patron I », déclenchant un éclat de rire général.
- Si tu cherches du travail, tu peux commencer par me masser les orteils. Répliqua
Anatole d'un ton moqueur, provoquant de nouveaux éclats de rire.
Astaroth se joignit à eux d'un rire sarcastique.
- Il semble que vous appréciez rire, lança-t-il.
Il attrapa l'un des hommes d'Anatole le plus proche de lui et lui asséna un violent coup de batte
dans le ventre. L'homme s'effondra et ne se relèverait plus. Les rires qui résonnaient quelques
instants plus tôt se dissipèrent. Les écoliers et les étudiants présents pour le simple plaisir de la
scène s'enfuirent. Il ne restera plus que le silence troublant de la hutte, rempli d'une tension
palpable.
Le groupe se trouvait désormais réduit à une trinité singulière : Astaroth, Anatole, et une
poignée d'homme loyaux. Tels des gardiens silencieux, les acolytes d'Anatole se positionnèrent
devant lui leurs couteux étincelants à la main, prêts à protéger leur chef contre toute menace.
- Je ne suis pas ici pour semer le trouble dans votre monde. Vos activités ne suscitent en
moi que peu d'intérêt. Je souhaite simplement poser une question, sans avoir à me
répéter, et j'exige une réponse correcte. Déclara Astaroth d'une voix inflexible, révélant
ainsi la fermeté de son caractère.
Anatole, scrutant les visages de ses hommes d'un regard pénétrant, les vit éclater de rire.
Mais leur hilarité fut de courte durée. D'un signe de tête, Anatole les enjoignit au silence, et ils
s'écartèrent pour laisser leur chef s'approcher d'Astaroth.
- Qui est tu ? Demanda-t-il d'un ton sérieux, révélant son désir ardent de percer le mystère
qui entourait cet être courageux.
Astaroth ne se départit pas de sa prestance. D'une voix glaciale, il déclara :
« Je suis Astaroth, gardien des enfers. Et je n'hésiterai pas à t'emporter avec moi, afin que tu
puisses connaître les affres de la souffrance ultime ».
Les hommes d'Anatole éclatèrent à nouveau de rire. Anatole, qui n'avait pas détourné son
regard de celui d'Astaroth. les somma de se taire d'un geste imperceptible. Ils obéirent
docilement, comprenant qu'un échange d'une nature bien différente était sur le pont de se
dérouler.
- Que veux-tu savoir, jeune homme ? Demanda Anatole, fixant Astaroth avec un regard
intimidant, empreint d'une lueur menaçante.
- Ma'a Mofo, la vendeuse du beignetariat du quartier, m'a raconté que tu avais autrefois
tenté de la convaincre d'empoisonner une jeune fille nommée Ida.
Anatole sembla se souvenirs de cet épisode, sans laisser transparaitre la moindre froideur
dans son regard. D'un pas assuré, il s'approcha à nouveau d'Astaroth , collant presque son torse contre le sien, relevant légèrement la tête. Son expression devint encore plus menaçante, et d'une voix lourde, il lança:
« Oui! Tu veux revendiquer ? ». Pour ainsi savoir si Astaroth avait un problème avec cette accusation.
Astaroth, affichant un sourire narquois, réplique avec sarcasme :
- Absolument pas! Les ricanements s'échappèrent de ses lèvres.
« Je sais que tu es souvent sollicité pour accomplir ce genre de tâches. J'aimerais donc connaître
l'identité de la personne qui t'a commandité cette action avant que quelqu'un ne rejoignent les
enfers aujourd'hui », poursuivi-t-il.
L'un des hommes présents à proximité d'Anatole s'emporta : « Il croit vraiment qu'on
fiaa ses histoires d'enfer là ? Ici c'est l'enfer », un autre renchérit « Le tintin ci est complètement
cinglé, il faut qu'on le tayam d'abord, il se prend pour Nganou », puis un troisième ajouta : « Il
pense que s'est muscles jusqu'au noyau lui donnent le droit de s'adresser ainsi à notre chef? ».
Les murmures se répandirent dans la pièce, tels des échos menaçants.
Anatole, toujours ricanant, apaisa ses hommes qui brulaient d'impatience de régler leur
compte à Astaroth. Il proposa alors un combat à mains nues à Astaroth qui était resté silencieux
jusqu'à présent. Malgré mes recommandations de ne pas accepter et d'utiliser des méthodes
plus percutantes, Astaroth ne m'écouta pas et releva le défi d'Anatole. Les hommes d'Anatole
éclatèrent d'applaudissements, formant un cercle imposant qui laissait Astaroth et Anatole seuls
au centre. Anatole désigna l'un de ses hommes pour arbitrer le combat.
Dans un geste théâtral, Anatole ôta son tricot, se débarrassa de sa machette et prit
immédiatement une posture de combat. Astaroth lâcha sa batte et adopta une position
quelque peu burlesque, provoquant les railleries des hommes d'Anatole. Les moqueries
fusaient de toutes parts:
«On sent un gros mouilleur », « on va te tuer mon petit », « Tu finiras en enfer ».
L'arbitre donna le signal du combat. Anatole se précipita aussitôt vers Astaroth, lui
sautant littéralement dessus et le faisant chuter. Les rires et applaudissements désordonnés
envahirent la pièce, créant un brouhaha indescriptible. Astaroth encaissait les coups
d'Anatole sans broncher, feignant d'être affecté par les assauts puissants de son adversaire.
Lorsqu'il sentit sa patience s'éroder, Astaroth décocha soudainement un coup dévastateur
dans le ventre d'Anatole, qui s'effondra instantanément. Un silence pesant s'abattit dans la
pièce, la transformant en un véritable cimetière de murmures étouffés.
Astaroth pòsa alors son pied gauche sur la tête d'Anatole, menaçant de l'écraser s'il ne
révélait pas le nom de la personne qui l'avait chargé de mettre du poison dans mon assiette.
Impuissant, Anatole ordonne à ses hommes d'attaquer Astaroth sans plus tarder. Une
émeute éclata alors, déchainant un chaos incontrôlable.
Astaroth se lança vaillamment dans un combat singulier, affrontant ses assaillants un
par un avec une agilité déconcertante. Sa maitrise des mouvements, sa précision et sa force
surhumaine déstabilisèrent les hommes d'Anatole, qui se sentirent impuissants face à cette
force prodigieuse. Les coups s'échangeaient, les cris résonnaient, mais Astaroth restait
debout, inébranlable.
Soudain, I' un des hommes d'Anatole sortit un revolver de sa poche. Il visa rapidement
la tête d'Astaroth, pressa la détente et une détonation retentit dans la pièce. Le silence se fit
lourd, les regards se figèrent dans l'attente du résultat.
Mais à la stupéfaction générale, Astaroth demeura debout, indemne. La balle avait
traversé sa tête sans lui causer le moindre tort. Un frisson d'effroi parcourut l'ensemblée
tandis que les murmures d'incrédulité s'élevaient dans un chœur étouffé.
« Seigneur!!! », s'écria-t-il.
La scène qui se déroulait sous les yeux défiait toutes les lois de la nature, plongeant les
protagonistes dans l'abime de l'incompréhension. Anatole, lui-même, sentit le doute
s'insinuer en lui, sa confiance chanceler face à l'énigme vivante qu'était Astaroth.
Dans le silence oppressant, tous les hommes d'Anatole prirent aussitôt la fuite, tels
des éclairs filant à travers les ténèbres, abandonnant leur chef entre les bras du démon des
portails des abysses, A-S-T-A-R-O-T-H. Si seulement ils avaient su!
Anatole, dans un mouvement rapide, rampa jusqu'au coin le plus reculé de la hutte en
criant d'une voix suppliant :
« Ne me tuez pas, je vous en prie ».
Astaroth rétorqua d'un ton colérique, ses yeux démoniaques laissant entrevoir sa vraie
nature :
« Alors, donne-moi le nom! »
Anatole, tremblant, n'en croyait pas ses yeux et la terreur le submergea. Il se mit à hurler :
« Sophie, Sophiel Son prénom était Sophie ».
Sophie ? De qu'elle Sophie s'agissait-il ? Je demandai à Astaroth de l'interroger à ce
sujet, ce qu'il fit sans attendre
Anatole répondit d'une voix frémissante qu'il ne la connaissait pas réellement. Elle
s'était présentée à lui dans cette humble hutte, lui offrant une somme de vingt-mille francs
CFA pour trouver un moyen de me faire ingérer un poison qu'elle lui avait remis. Elle lui
avait donné mon nom ainsi qu'une photo de moi, tout en lui faisant savoir que j'appréciais
Bien les B-H-B de Ma'a Mofo.
Je demandai alors à Astaroth de lui faire décrire cette Sophie. Mais grande fut ma
surprise en apprenant qu'il s'agissait d'une description concordant parfaitement avec mon
amie Sophie, une compagne d'enfance dont j'avais déjà parlé. Elle faisait partie de notre
groupe, notre bande de six. Mais comment était-ce possible ? Pourquoi Sophie aurait-elle
voulu ma mort ? Peut-être avait-elle finalement réussi.
Le doute s'empara de moi aussitôt. Peut-être qu'Anatole racontait des bêtises. Mais sur
quels fondements ? Surtout qu'il ignorait ma présence.
Mon âme fut à nouveau tourmentée, mes yeux réclamant des larmes que je ne pouvais
verser. Une douleur de trahison m'envahissait. Je ne cessais de répéter :
« Pourquoi, Sophie? ». Était-ce véritablement ma chère Sophie ? Une seule façon de le
savoir.
Retrouver Sophie
Les nuits se succédèrent, les jours se levèrent, et Astaroth entama une correspondance
animée avec Karmen par SMS. Leurs échanges étaient vifs et rapides, ce qui ne m'étonna pas
d'ailleurs.
Dans notre quête pour retrouver Sophie, qui avait déménagée dans une autre ville, Astaroth
et moi nous mîmes en marche.
Sophie était l'ainée de notre groupe de six, et elle était également la plus bienveillante. Elle
avait toujours su apaiser les querelles qui éclataient au sein du groupe, car malgré notre solide
amitié, il y avait des moments où nous étions en désaccord, des périodes de colère où nous nous
ignorions pendant des jours. C'était toujours Sophie qui prenait l'initiative de renouer les liens
et de résoudre nos conflits. Ses paroles sages résonnaient encore dans ma mémoire, car elle
avait l'art de choisir les mots justes au bon moment. C'est pourquoi nous la surnommions
affectueusement « la sage ». Je refusais de croire qu'elle pourrait comploter ma mort et c'est
pourquoi je cherchais désespérément à obtenir des réponses.
Malgré sa sagesse indéniable, Sophie avait toujours eu des difficultés à réussir le premier
niveau à l'université. Elle était moins brillante que nous sur le plan académique, mais nous
étions toujours là pour l'aider. Finalement, elle avait décidé d'abandonner l'université et de
partir chercher sa voie dans une autre ville.
Retrouver Sophie n'était pas une tâche facile. Heureusement, j'avais à mes côtés un démon
capable de localiser n'importe quel objet ou personne, où qu'ils se trouvent. Il semblait maitriser
cet art depuis sa création.
Pendant notre marche, je décidai d'obtenir quelques réponses concernant la déchéance
d'Astaroth.
- Pourquoi as-tu été déchu ? Lui demandai-je.
- J'ai désobéi au Très-Haut, répondit-il simplement.
- Mais pourquoi as-tu désobéi ? Tu étais au paradis, dans le jardin d'Eden, où tu avais
tout ce que tu voulais. Pourquoi risquer de désobéir à un être qui t'avait donné le
privilège d'être un ange ?
Ma voix commençait à se teinter d'exaspération.
Astaroth soupira doucement et répondit :
« Oh. Oh. .Oh. Calme-toi, Ida. Je suis peut-être un démon, mais je ne peux pas répondre à
mille questions d'un coup », dit-il en esquissant un sourire amusé.
- Désolée de te bombarder de questions. C'est juste que tout cela est incroyable et
inimaginable. Si j'étais un ange, je resterais près de Dieu et je m'assurerais d'accomplir
sa volonté de la manière qu'il souhaite. Rétorquai-je.
- Ah, chacun a un destin, répondit-il. énigmatiquement.
- Que veux-tu dire par là ? Était-ce ton destin d'être un démon ? Ma curiosité était piquée.
- Possible. Les desseins du Très-Haut sont complexes. La vie est comme une série
télévisée. Tout est planifié à l'avance. N'est-il pas l'Alpha ? Répliqua-t-il avec un brin
d'amusement.
- Tu crois en lui ? Demandai-je, intriguée.
- Je ne peux pas te répondre, répondit Astaroth brièvement.
Un silence s'installa entre nous pendant un instant, puis je repris la parole.
- Quel a été ton acte de désobéissance ? Demandai-je.
Astaroth prit un moment pour réfléchir, me regarda intensément, esquissa un sourire, puis
commença à me conter l'histoire de sa déchéance :
« Le nombre d'anges qui peuplent les cieux est quatre fois supérieur au nombre humains qui
arpentent la terre. Dans la théorie divine, chaque individu terrestre est accompagné de deux
anges : un ange du jour et un ange de la nuit. Nous étions connus sous le nom d'Ange Gardien,
investis d'une noble mission. Nous veillons sur les humains, les guidions sur le chemin de la
vertu et les préservions des forces maléfique. La condition sacrée qui incombait à l'humanité
était de louer et prier le Très-Haut, à l'aube et au crépuscule. En priant chaque matin, l'Ange
Gardien du jour était invoqué, tandis qu'en le faisant le soir, avant de s'endormir, l'Ange
Gardien de la nuit était sollicité. À travers cette invocation, ces protecteurs célestes étaient
censés veiller sur l'âme du croyant, le protégeant de toute atteinte qui n'émanait pas de la
volonté du Très-Haut. Mais si, par mégarde, l'oubli les en privait, l'homme se retrouvait sans
protection, à la merci des forces démoniaques qui, telle une brume insidieuse, cherchaient à
s'emparer de son être jusqu'à l'assujettir à leur volonté ».
- Autrefois donc, tu étais le protecteur de ceux qui invoquait le Très-Haut si j'ai bien
compris ? Demandai-je, assoiffée de comprendre les mystères célestes.
- En effet. Répondit Astaroth d'une voix profonde, empreint de sagesse.
- Mais alors, pourquoi as-tu été déchu de ta condition angélique ? Je peine encore à saisir.
Murmurais-je, avide de percer le voile des secrets.
Astaroth toussa légèrement, puis reprit d'une voix grave et pénétrante :
« Nous, Anges Gardiens, sommes également soumis aux tentations de Lucifer, le dieu des
ténèbres, qui convoite ardemment renforcer son armée. Seule notre foi inébranlable nous
protégeait de sa perfidie. J'ai défendu mon âme contre ses desseins à maintes reprises, ma
conviction était d'acier. Car lorsque la foi s'ancre solidement en notre être, crois-moi, ma
langue de démon ne saurait mentir, alors tout nous devient possible. Ma mission consistait à
protéger une jeune fille, chaque soir où elle m'invoquait. Elle était une créature de la foi ardente,
ne manquant jamais une seule nuit sans prier le Très-Haut, contrairement aux humains que je
protégeais autrefois. Je l'entourais de ma bienveillance, veillant jalousement sur elle, jusqu'à
ce que mes sentiments pour elle s'éveillent. Permets-moi de t'offenser, mais imagine qu'elle
faisait dix mille fois ta beauté. Sa peau était d'une blancheur immaculée, sa chevelure délicate
encadrait son visage et son sourire avait pouvoir de déployer mes grandes ailes blanches entre
mes omoplates. Elle était une créature parfaite du Très-Haut, une réincarnation divine de
Jézabel. Mon amour pour elle grandissait chaque jour. Parfois, je descendais du firmament
avant même qu'elle ne me fasse appelle, transgressant ainsi les règles célestes qui nous étaient strictement imposées ».
- Vraiment ? Alors, il est donc possible pour les anges de tomber amoureux ? Demandai-
je, le cœur palpitant d'émotion.
- Normalement, non, ricana Astaroth d'un rire mélancolique. Je suis l'exception à cette
règle sacrée.
- Alors, le fait d'avoir bravé l'interdit en tombant amoureux et en descendant pour
protéger la fille sans qu'elle ne t'invoque t'a-t-il coûté ta nature angélique ?
Questionnai-je, avide d'absoudre les mystères des cieux.
- Non. Le Très-Haut n'a pas émis de jugement à cet égard. À ce moment-là, j'ai cru qu'il
n'était pas au courant de mes actions, car ma mission était clairement définie, tout
comme pour les autres Anges Gardiens. Répondit Astaroth.
- Alors, qu'as-tu fait qui a entraîné ton bannissement ?
Astaroth afficha un sourire malicieux avant de poursuivre :
« Un soir, comme à l'accoutumée, je suis descendu sur terre. La jeune fille s'était plongée
dans un sommeil profond. C'est alors qu'un tourbillon de pensées étranges a envahi mon esprit, érodant lentement ma foi, jusqu'à ce que je cède à la tentation et me laisse aller à des étreintes
charnelles avec elle. Etrangement, elle pouvait ressentir ma présence dans une scène qui se
dessinait dans ses rêves. Je me suis abandonné à un plaisir inconnu, une extase exceptionnelle,
presque magique. Mon amour pour elle grandissait de plus en plus. Au matin, troublée par le
souvenir troublant de ses cauchemars nocturnes, elle se mit à prier avec ferveur. C'est alors
qu'un autre ange descendit du ciel à une vitesse fulgurante, annonçant ainsi mon devoir de
remonter. Toutefois, la crainte que cet être céleste découvre l'acte ignoble que j'avais commis
me retint sur terre. Ainsi, après avoir posé pied au sol, je le suppliai de garder le silence envers
le Très-Haut. Hélas, il déclina cette requête avec amertume, déclenchant ainsi un affrontement
céleste entre lui et moi. La bataille se déchaîna avec une intensité telle que des éclairs jaillirent
de nos corps, tandis que lui, cherchant à rallier les portiers du paradis, fit retentir une trompette
sacrée. C'est à ce moment précis que Lucifer apparut de façon soudaine, surgissant de l'ombre
et le frappa mortellement. Il sauva ainsi mon âme angélique et m'encouragea dans l'acte que
j'avais posé, tout en me promettant que la jeune fille serait mienne si j'acceptais de le suivre.
Bien que cette offre semblât alléchante, je savais pertinemment qu'en suivant Lucifer, je devrais
renoncer à cet être humain que j'aimais tant. Un autre ange serait désigné pour la protéger, elle
qui ne manquait pas un seul jour de louange envers le Très-Haut. Ainsi, j'ai décliné l'offre de
Lucifer et suis remonté immédiatement au paradis, dissimulant mon péché comme si de rien
n'était. Cependant, à mon grand désarroi, les autres anges, dont les Anges Gabriel, me
refusèrent l'entrée. Dans un silence obstiné, ils me laissèrent perplexe quant à leur refus. C'est
alors que j'aperçus le Très-Haut s'approcher de moi, m'enveloppant de sa majesté divine. Me
prosternant humblement, j'attendis ses paroles. D'une voix grave et puissante, il me bannit
immédiatement de son royaume. Mes ailes furent arrachées par l'ange Séraphin, le plus élevé dans la hiérarchie angélique, et ma pureté s'effaça. Je m'enfuis aussitôt vers l'enfer, où Lucifer
m'attendait à l'entrée du portail. Il me condamna alors à en devenir le gardien, pour n'avoir pas
rejoint son camp plus tôt. Ainsi, je me fondis dans les rangs des déchus ».
L'histoire d'Astaroth se déployait avec une captivante et éblouissante intensité. Jamais je
n'aurais pu anticiper une telle trame si elle ne m'avait été contée. Mes attentes s'étaient égarées
vers une scène semblable à celle d'Adam, Ève et du mystérieux serpent dans le jardin d'Éden.
Mais l'évidence me frappait désormais : j'avais emprunté le mauvais chemin !
Mon regard se posa avec une anxiété contenue sur Astaroth, et mes mots se formèrent pour la question qui brûlait mes lèvres : Avait-il eu des nouvelles de cette femme qu'il aimait avec
une passion dévorante ?Sa réponse, telle une lame acérée, transperça mon être. Les voiles de l'espoir furent déchirés, car jamais plus il n'eut de ses nouvelles.
Sa propre impuissance l'avait condamné à demeurer à distance, tandis qu'elle succombait finalement à la mort naturelle, trouvant son repos éternel depuis des lustres dans les sphères célestes.
Nous arrivâmes finalement chez Sophie.