D'une voix suppliant l'indulgence, elle murmura:
- Permets-moi de t'expliquer, ma fille, je t'en prie.
Le feu de ma colère s'embrasa et je l'interrompis brusquement:
- « Alors parle! Que tout soit dit! ».
Ma'a Mofo inspira profondément, ses paroles tremblantes trahissant une histoire
complexe:
« Je suis Mofo Véronique, connue sous le nom de Ma'a Mofo. Il y a bien de décennies, j'ai
connu l'amour pur, une union parfaite avec un homme qui faisait battre mon cœur . Mon passé,
en tant qu'orpheline, m'avait infligé tant d'épreuves, mais j'avais trouvé en lui un réconfort,
une lueur d'espoir. Je ne m'appesantirai pas sur ces souvenirs douloureux, mais sache que j'ai
été contrainte de commettre des actes impensables pour surmonter la tragédie qui marquait mon existence. Mon mari et moi avons donné naissance à deux filles avant que le cancer du poumon ne l'emporte dans les bras de la mort. Je me suis retrouvée seule, désespérê, et j'ai fini par succomber à une maladie implacable. J'ai tout tentée pour guérir, pour éviter à mes filles de
connaitre les affres du destin, telles que j'avais pu les vivre en tant qu'orpheline. Mais le destin
est impitoyable. Il ma arrachée à la vie de manière abrupte, laissant mon esprit errer dans un
état d'existence tourmentée. Je tente de guider mes filles de l'au-delà, de leur offrir mon soutien
invisible. Je vois tout ce qu'elles vivent, je ressens leurs peines, mais je suis condamnée à n'être
qu'une spectatrice impuissante face à leurs échecs inévitable, car elles répètent les mêmes
erreurs que moi, à l'âge de seize ans.
C'est alors que j'ai rencontré Astaroth cet étrange énigmatique qui m'a conduit vers un
choix crucial. Devais-je rejoindre la lumière et trouver la paix éternelle, ou bien embrasser les
ténèbres pour obtenir une seconde vie que je désirais ardemment. Mon âme aspirait au repos,
mais l'avenir de mes filles, leur bonheur, a primé sur tout. J'ai donc opté pour la vie et, en
conséquence, j'ai emprunté le sombre chemin qui s'ouvrait devant moi, ou je devais faire consommer aux populations des mets concoctés à partir de semences masculines, de menstruations et des excréments humains, pour espérer une longue vie certaine.
C'est ainsi que je suis revenue à la vie, faisant croire à mes filles que c'était un miracle
divin. J'ai ouvert mon beignetariat, dans l'espoir d'attirer autant de personnes que possible.
Grâce à cette vie étrange, et à l'argent que j'ai accumulé, mes filles ont pu faire de brillantes
études, recevoir une éducation raffinée dans les meilleures écoles, et trouver des maris
remarquables. Elles ont ensuite quitté le pays, s'installant en Europe où elles ont fondé leur
propre famille, sans jamais revenir vers moi. Aujourd'hui, elles ont rendu leur dernier souffle,
laissant derrière elles une descendance accrue, dans un coin du monde que je n'ai jamais eu la
chance de découvrir. Mon souhait, bien qu'exaucé depuis longtemps, est teinté d'une profonde
déception face à l'abandon de mes filles. Contrairement à ce que tu peux penser, je ne suis pas avide de vie, cette vie qui se révèle être un fardeau pour moi aujourd'hui.
Je te jure que j'ai voulu tout arrêter, mais la peur d'assumer les conséquences de mon
choix m'envahit. Si tu es ici après être passée par la mort, en compagnie d'Astaroth, ce démon
malin qui trouve toujours les mots exacts pour te convaincre, j'imagine la voie que tu as choisie.
C'est ton choix, tout comme j'avais fait le mien. Personne ne peut nous juger, car nous
avons été motivées par une cause qui nous était chère. Il est vrai que j'ai absorbé quelques
années de ta vie, mais je ne suis point l'instigatrice de ta disparition tragique. Surtout que, tu ne
m'as jamais causé le moindre tort. Mes foudres ne s'abattaient que sur ceux qui découvraient
les sombres arcanes de mes activités. J'employais des individus pour qu'ils recueillent les
menstrues des femmes, en particulier lors de leurs premières lunes, et je rétribuais des prostituées pour recueillir les spermatozoïdes de leurs clients. Cependant, sache sincèrement
que le diable demeure le diable, donnant de sa main gauche ce qu'il reprend de sa main droite.
Astaroth qui est à tes cotés aujourd'hui était à mes côtés hier, mais c'est lui qui, de son
trident menaçant, scellera probablement mon destin funeste. J'ai été déçue, mais je ne regrette
guère le choix que j'ai fait pour préserver mes enfants. En vérité, je suis lasse de cette existence
et je n'ai plus de raison de demeurer. Vous pouvez m'en ôter la vie».
Des émotions mêlées d'amour et de regrets se reflétèrent dans les yeux de Ma'a Mofo. Je
compris que ses actions étaient motivées par le souci de garantir l'avenir de ses enfants.
Si elle n'était pas responsable de ma mort, qui l'était ? Je fixai Ma'a Mofo, qui avait enfin décidé
d'accepter son sort. Je ne pouvais me résoudre à la laisser vivre, même si je le désirais, car elle
continuerait sans doute de semer le mal parmi ces insouciants.
- Y a-t-il autre chose que tu souhaites exprimer avant de t'en aller ? Demandai-je d'une voix
résolue.
Ma'a Mofo me soutint du regard et murmura:
Je me souviens de ces moments où tu honorais ma table. Un certain monsieur, qui
fréquentait assidûment la vielle hutte abandonnée du quartier pour s'adonner aux jeux
de hasard, m'a proposé une somme d'argent pour introduire un poison dans ton plat.
- Qui donc était-ce ? M'enquis-je, surprise.
- Cet homme répondait au nom d' Anatole, d'après les informations que j'ai pu obtenir.
J'avais cru un instant avoir trouvé mon meurtrier, mais le chemin semblait encore long.
Pourquoi cet inconnu avait-il tenté de m'empoisonner ? Trouver sa réponse me permettrait certainement de résoudre l'énigme.
Peut-être était-il mon véritable meurtrier après tout. Je regardai Ma'a Mofo, si pitoyable, et demandait à Astaroth de mettre fin à ses souffrances.
Astaroth la fixa dans les yeux et enforça délicatement son trident dans sa gorge. Je vis
Ma'a Mofo s'effondrer, le sang jaissant de sa plaie, son corps frémissant sans répit. Elle me
lança un dernier regard empreint de reconnaissance avant de rendre son dernier soupir.
C'était accompli. Ma'a Mofo était morte, son corps se consumant en cendres sous mes yeux.
Les habitants de mon quartier mettront du temps à se remettre de ses B-H-B, mais ils finiront
par oublier et trouver quelqu'un d'autre capable de rivaliser les plats aussi exquis que ceux de Ma'a Mofo, sans les secrets dissimulés.
Je suis satisfaite d'avoir sauvé tout un quartier. Je sais que mon heure viendra, peut-être
qu'un jour les lames de ce trident se retrouveront également enfoncées dans ma gorge.
Mais, pour l'instant, je dois trouver Anatole.
QUI M'A TUÉE ?
C'était le début d'une nouvelle quête palpitante. Je devais découvrir l'identité de cet
énigmatique Anatole. Astaroth, fidèle compagnon à mes côtés, et moi nous dirigions d'un pas
décidé vers la vieille hutte abandonnée, où nous avions de fortes chances de trouver Anatole.
En chemin, mes yeux se posèrent sur une jeune femme tout juste de mon âge, avançant
lentement, perdue dans une intimité captivante avec son téléphone portable. Je m'arrêtai un
instant, contemplant son visage avec une attention presque obsessionnelle, cherchant à dénicher
dans les méandres de ma mémoire son identité. Ah oui, c'était bien elle, Karmen, une précieuse
amie d'enfance.
Karmen et moi étions amis depuis des temps immémoriaux. Nous faisions partie d'un
groupe inséparable de six personnes : Karmen, Angèla, Sophie, Linda, Joe; l'unique garçon et
moi. Ensemble, nous formions une fraternité soudée, surnommée affectueusement « Les frères
et sœurs d'une autre mère ». Du village ou nous avions grandi, jusqu'à notre envol vers la ville
pour poursuivre nos études universitaires. Nous étions toujours restés unis et notre amitié était
inébranlable. Ces amis-là étaient les seules que je possédais. Même à l'université, je n'avais su
tisser de véritables liens, pendant les trois années passées. Dans cet univers estudiantin nous
nous soutenions mutuellement du mieux que nous pouvions. Chacun avait opté pour une filière
différente, à l'exception de Karmen et Joe qui étudiaient tous les deux le droit.
Une vague de joie m'envahit à l'apercevoir. Karmen, Joe et moi partagions la même mini-
cité. Mon cœur débordait d'émotion, l'envie irrésistible de la serrer dans mes bras se faisait
sentir. Lorsqu'elle s'arrêta brusquement pour répondre à un appel téléphonique, je
m'approchais, les méandres de ma mémoire s'éclaircirent, faisant ressurgir une multitude de
souvenirs.
Je me rappelai soudainement que Karmen avait été absente lors de mes funérailles. J'avais
vu tous les visages, sauf le sien, en ce jour sombre pour mon âme. Pourquoi n'était-elle pas
présente ? Je me remémorai également notre promesse de nous soutenir mutuellement jusqu'à
la mort. Nous avions même entrepris un voyage de plusieurs semaines dans son village natal
pour assister aux funérailles de sa chère grand-mère. Alors, pourquoi avait-elle manqué cet
adieu ultime ? Autant de questions tourmentaient à nouveau mon esprit. Un instant, j'ai
envisagé de tout abandonner. Après tout, les réponses ne me seraient d'aucune utilité. Tout ce
que je désirais, c'était de découvrir l'identité de celui qui m'avait arraché la vie. Je me retournai
pour poursuivre ma route, mais un sentiment d'inachevé m'envahit aussitôt. Mon âme ne
pouvait se résoudre à partir sans avoir obtenu de réponses. Après tout, j'avais scellé un pacte
en quête de connaissance et il ne fallait pas m'en priver.
Comment procéder alors pour obtenir ces réponses ? Nous nous trouvions dans une
situation bien différente de celle où je pouvais interagir avec quelqu'un qui pouvait me voir.
Karmen était une humaine, incapable de me percevoir ou de ressentir ma présence.
Mon regard se tourna vers Astaroth, qui, dans une concentration silencieuse, nettoyait
méticuleusement son trident ensanglanté.
- J'aimerais poser quelques questions à Karmen .Y a-t-il un moyen qui me soit
offert pour le faire ? Demandai-je.
Astaroth remettait lentement son trident dans son manteau. Sa voix se teinta d'une
inflexion empreinte de bienveillance tandis qu'il répondit:
- Hélas, il n'est pas possible de le faire directement, mais je peux revêtir une apparence
humaine afin de trouver les réponses que tu cherches.
J'acceptai volontiers la proposition d'Astaroth et lui suggérai de prendre l'apparence
d'un homme séduisant, grand et teint sombre, vêtu avec élégance, parfumé et affichant une
certaine prospérité financière. Je savais que Karmen était sensible à ce type de profil, bien que
les prétendants qui la courtisaient fussent souvent tout le contraire. Elle me répétait sans cesse
que j'avais beaucoup de chance d'avoir un prétendant comme Maxwell, qui ne cessait de me
courir après. Nous nous étions rencontrés lors d'une soirée de gala universitaire, ou il avait
immédiatement été attiré par moi en présence de Karmen. Cependant, il ne m'intéressait pas, car il ne correspondait pas à mon idéal masculin. Je lui avais d'ailleurs souvent suggéré de
s'intéresser à mon amie Karmen, car elle avait bien plus à offrir que moi.
Ainsi, si Astaroth prenait l'apparence de cet homme idéal, correspondant aux attentes de Karmen, je ne doutais pas qu'elle succomberait sans hésiter et oublierait, le cas échéant, son amant.
Je reconnais que cette approche peut sembler injuste de ma part, cherchant à faire souffrir mon amie en lui offrant un amour éphémère. Toutefois, c'était la seule façon pour Astaroth de gagner sa confiance et d'obtenir les réponses tant désirées.
Astaroth se conforma exactement à mes attentes, mais avec une légère exagération. Il prit
l'apparence d'un homme imposant, le teint chocolat, mesurant près de deux mètres, légèrement musclé, vêtu d'un costume bleu marine croisé, d'une cravate noire et de chaussures noires
parfaitement lustrées, qui reflétaient la lumière du soleil. Il arborait également des lunettes de
soleil teintées et au poignet, une Rolex Datejust 1601 dont l'éclat aurait pu éblouir quiconque
la regardait. Astaroth était devenu l'incarnation parfaite de l'homme idéal, accompagné d'un
parfum enivrant qui embaumait tout le quartier. Aucune femme ne pouvait résister à sa prestance, à son charme débordant et à son magnétisme. Il était évident que Karmen succomberait à ses avances sans la moindre hésitation.
Avec une démarche lente et gracieuse, Astaroth s'approcha de Karmen qui poursuivait son
chemin. Il lui fit signe de s'arrêter, « psssss. psssss », soufflait-il. Elle feignait de ne pas
l'entendre mais ses pas ralentissent progressivement. Finalement, Astaroth la rattrapa.
Elle consentit enfin à s'arrêter, et ils s'échangèrent des salutations chaleureuses. Astaroth lui déclara alors ses sentiments trompeurs. Bien qu'elle tentât de dissimuler son intérêt, je pouvais voir sur son visage le désir ardent de voir cet homme grand se prosterner devant elle, le supplier davantage. Astaroth joua ce rôle à la perfection, sans la moindre hésitation. Et alors, elle accepta d'échanger quelques mots avec lui avant qu'ils n'échangent leurs numéros.
Une fois leur échange terminé, elle reprit son chemin en se retournant à mainte reprise
pour admirer cet homme séduisant qui venait de l'aborder. Sa silhouette disparaissait peu à peu
à mesure qu'elle s'éloignait. Astaroth reprit sa forme normale. Je le félicitai pour son grand jeu
d'acteur qui, de toute façon, correspondait à sa vraie nature. Nous avions maintenant le numéro
de téléphone de Karmen il suffisait juste à Astaroth et elle d'échanger quelques SMS, la
plongeant dans une certaine confiance, puis se fixer un rendez-vous amoureux où elle lui
donnerait certainement les réponses à mes innombrables questions. Car lorsqu'une femme est
profondément amoureuse, ses réponses à tes questions sont empreintes d'une attention
inébranlable et d'un désir ardent de te combler.
Alors je ne doutais pas que j'obtiendrais ces réponses. La tâche la plus ardue était déjà
accomplie. Astaroth se chargerait jadis de tisser un lien par texto avec elle.
Nous avons poursuivi notre chemin, en quête d'Anatole. Après une marche de quelques
kilomètres, nous sommes enfin parvenues à la vielle hutte abandonnée, un repaire bien connu
dans le quartier.
Cette bâtisse était réputée pour être le point de rassemblement des malfrats locaux, plus
connu sur l'appellation de « VOYOU». C'est ici qu'ils se retrouvaient pour s'adonner aux jeux
de hasard, surnommés familièrement « JAMBO » dans notre enclave urbaine. Les déclinaisons
du jeu étaient variées. Des parties de cartes, notamment un jeu appelé « Fap-Fap », et d'autres
aux lances-dés, où le joueur obtenant le chiffre le plus élevé remportait la mise.
Les cartes s'animaient entre les mains habiles des joueurs, dévoilant des destins incertains, tandis que les dés roulaient avec une intensité fiévreuse, l'ivresse de la chance enivrante à chaque lancer.
Parmi les occupants de cette humble demeure, on pouvait distinguer des élèves en âge
scolaire, dont la peur d'être découverts par leurs parents transpirait sur leurs visages juvéniles.
Des étudiants, aux rêves incertains mais désireux de multiplier leurs maigres ressources pour
survivre dans le milieu exigeant des études. Sans oublier ceux qui avaient totalement renoncé à
toute forme d'éducation. Ces derniers étaient communément qualifiés de voyous, car ils étaient
réputés pour leur consommation de substance illicites, tels que le chanvre indien ou ce qu'ils
appelaient familièrement le « caillou », qui était également une sorte de drogue. Ils n'hésitaient
pas à en vendre à de jeunes écoliers, qui, après avoir succombé à leurs effets une ou deux fois,
devenaient irrémédiablement dépendants. Ces individus étaient également notoirement connus
pour leurs méfaits, allant des agressions aux viols, en passant par les intimidations et les
règlements de compte au sein du quartier.
Ce qui m'amusait toujours, c'était l'ironie de la situation. Les autorités locales étaient
parfaitement au courant de ces activités, sans pour autant investir la moindre énergie pour
mettre un terme aux agissements de ces scélérats qui gangrenaient notre quartier. Même
lorsqu'on les sollicitait dans l'urgence, ils trainaient les pieds et arrivaient bien après que le
forfait ait été commis. Certains prétendaient même que nous troublions leur sommeil, et qu'ils
avaient également une famille à protéger. Ils ne nous étaient d'aucune utilité, si ce n'est pour
préserver les quartiers les plus huppés de la société. Ils étaient prêts à risquer leur vie pour
protéger ces privilégiés, qui pouvaient les gratifier de généreuses liasses de billets violets.
Plongé dans mon exploration douloureuse de la réalité, j'attendis jusqu'à ce que quelqu'un
crie:
«ANATOLE!»
Astaroth et moi suivimes immédiatement le regarder de celui qui l'appelait, et c'est alors
que nous aperçûmes enfin ce fameux Anatole.
Ah.C'était donc lui..._.A-N-A-T-O-L-E