D'un bond, il se lève, le téléphone serré dans sa main moite. Il jette un regard rapide par la fenêtre, scrutant la rue avec inquiétude. Aucun signe de Lydia. Ni voiture, ni silhouette suspecte. Soulagé mais nerveux, il s'éclipse discrètement vers la salle de bains avant de décrocher.
- Allô, ma reine...
- Mon amour, tu es toujours au lit ? » demande Lydia d'une voix douce.
- Oui... c'est ton appel qui m'a réveillé. J'espère que tout va bien ?
- Oui, mais je veux que tu viennes me chercher à l'aéroport.
Roland se fige. Son souffle se coupe un instant.
- Quoi ?! Tu es déjà au pays ? Mais... hier encore, tu m'as dit que tu devais rester une semaine de plus...
- C'était pour te faire une surprise !» rit Lydia. « Ma mission est terminée plus tôt que prévu, et maintenant, on va enfin pouvoir planifier notre mariage.
Roland passe une main nerveuse dans ses cheveux et tente de maîtriser sa voix.
- D'accord, ma reine... Je vais me préparer tout de suite et venir te chercher.
- Chéri, tu es sûr que tout va bien ? Ta voix est étrange...
- Oh oui, tout va bien !» Il force un sourire qu'elle ne peut pas voir. « Juste un peu de fatigue.
- D'accord... Je vais en profiter pour faire quelques achats au centre commercial avant ton arrivée. Une fois à la maison, je te préparerai ton plat préféré et on passera une belle soirée ensemble.
- Ça me fait tellement plaisir que tu sois enfin de retour...» souffle Roland, les yeux fixés sur la porte de la salle de bain.
- Je sais que tu es en manque de moi » susurre Lydia. « Mais ne t'inquiète pas, je suis là maintenant... et je compte bien combler toutes tes envies.
Roland déglutit difficilement.
- Je n'en doute pas...
- À tout à l'heure, mon roi. Bisous.
- À tout de suite, ma reine...
Lydia raccroche.
Roland prend une grande inspiration, tentant de calmer les battements affolés de son cœur. Avant même qu'il ne touche le robinet pour se rincer le visage, la porte de la salle de bains s'ouvre brusquement.
Grâce est là.
- Tu viens de parler avec qui au téléphone ? » demande-t-elle d'une voix posée, mais trahissant une pointe de méfiance.
Roland l'ignore délibérément. Il ouvre le robinet, laisse couler l'eau et commence à se rafraîchir le visage comme si elle n'existait pas ou qu'il n'a rien entendu.
Grâce ne bouge pas. Elle reste debout derrière lui, immobile, les bras croisés. Lorsqu'il finit et tente de quitter la pièce sans même lui accorder un regard, elle répète, cette fois plus fermement :
- C'est qui, cette « ma reine » ? Tu veux aller rencontrer qui, Roland ?
Il s'arrête net. Pris au piège. Il sait qu'il ne peut plus esquiver la question. Soupirant, il se retourne lentement vers elle et lâche froidement :
- Dépêche-toi de t'habiller. Je vais te déposer avant d'aller là où je dois me rendre. Je n'ai pas le temps pour tes stupides questions.
Grâce plisse les yeux, le dévisage avec incrédulité.
- Quoi ? Tu veux me déposer ? Oh... donc, je ne peux plus passer le week-end avec toi parce que ta reine arrive ?
Roland, déjà en train de fouiller son armoire pour choisir quoi porter, se retourne brusquement. Son regard est dur, glacial.
- Oui, tu as bien compris. Et n'oublie pas de ramasser toutes tes affaires : vêtements, effets personnels, tout. » Il marque une pause avant d'ajouter, d'un ton tranchant « Ma fiancée est de retour. Notre mariage aura lieu dans quelques semaines, alors, s'il te plaît, ne me cause pas de problèmes.
Grâce écarquille les yeux.
- Ta quoi ? Ta fiancée ? Depuis quand ?!
Roland esquisse un sourire sarcastique.
- Oh... je vois. Tu as cru à tout ce que je t'ai raconté ? Ma pauvre... » Il ricane avant de balancer, sans la moindre once de remords « Je t'ai menti. Je voulais juste goûter à ce que tu avais entre les jambes, rien de plus. Tu ne penses quand même pas qu'un jeune homme comme moi, qui s'est battu pour réussir, va se marier avec une mère célibataire ?
Il la scrute avec mépris avant d'asséner le coup fatal :
- Un « camion avec bagages » ? Quelque chose qu'un autre homme a déjà consommé au point d'en faire un enfant ? Jamais.
Grâce recule comme si elle venait de recevoir une gifle en plein visage.
- Quoi ?! C'est à moi que tu oses dire ça ?
Les larmes lui montent aux yeux, brûlantes, incontrôlables. Mais elle refuse de lui donner le plaisir de la voir s'effondrer. Sans un mot de plus, elle tourne les talons et commence à rassembler ses affaires avec des gestes rapides et nerveux. La chambre, qui était encore un cocon de plaisir quelques heures plus tôt, est soudainement devenue une prison suffocante.
Après avoir tout rangé, elle se dirige vers la salle de bains pour faire sa toilette, ignorant royalement Roland, qui s'habille à la hâte, pressé de quitter les lieux. Lorsqu'elle revient dans la chambre, habillée, elle prend son sac contenant ses affaires, elle se dirige vers la porte.
- Tu ne veux pas attendre que je te dépose ? » demande Roland, d'un ton presque détaché.
Elle le regarde, un sourire amer sur les lèvres.
- Non, merci.
- D'accord. Je vais te faire un transfert d'argent... Et sache que je suis désolé pour tout. » Il s'approche légèrement, sa voix prenant une intonation plus douce. « Je pourrai toujours te contacter de temps en temps... quand j'aurai besoin de sentir ta chaleur. Tu es vraiment délicieuse au lit. Mais le problème, c'est que je ne peux pas me voir avec une mère célibataire.
Grâce éclate d'un rire froid. Un rire rempli de douleur et de mépris.
- Si tu ne veux pas d'ennuis, je te conseille de ne pas envoyer ce transfert. » Elle le fixe droit dans les yeux, sa voix vibrante de colère. « Je ne suis pas une prostituée, Roland. Et n'ose plus jamais composer mon numéro.
Elle s'avance, ouvre la porte et disparaît sans un regard en arrière. Roland reste figé, le téléphone en main, incapable de dire un mot. Il vient peut-être de commettre la pire erreur de sa vie.
Une fois au portail, Grâce marche quelques mètres avant de voir un taxi approcher. D'un geste rapide, elle l'arrête, donne son adresse sans même discuter du prix et monte immédiatement.
À peine assise, le chauffeur démarre. C'est à cet instant précis que ses larmes, qu'elle retenait avec peine, se libèrent enfin, ruisselant silencieusement sur ses joues. Elle fixe le vide à travers la vitre, incapable de croire à ce qui vient de se passer.
Comment en est-elle arrivée là ?
Sa poitrine se soulève sous le poids d'une douleur qu'elle connaît trop bien. Elle ferme les yeux, plonge dans ses pensées et commence à se parler intérieurement « Ai-je commis un crime en donnant naissance à un enfant ? Pourquoi les hommes nous considèrent-ils comme des femmes sans valeur simplement parce que nous sommes mères célibataires ? Après tout, je ne suis pas tombée enceinte toute seule... Un homme, comme eux, est aussi responsable de cette grossesse. Est-ce que cela signifie que je ne mérite plus d'être aimée et chérie ? » Elle essuie rageusement une larme du revers de la main, mais d'autres viennent aussitôt prendre sa place. « J'ai tout fait pour éviter une telle douleur... Je voulais juste me concentrer sur mon travail et sur ma fille. Mais j'ai été naïve. Une fois encore. J'ai cru aux belles paroles d'un homme qui ne voulait rien d'autre que profiter de moi. » Elle serre les dents, sa gorge se noue sous l'émotion.
Je m'appelle Grâce Muta. J'ai 26 ans. Orpheline de mère. J'avais dix-neuf ans quand mon père m'a mise à la porte, juste après la mort de maman. Il s'était remarié avec Martha... Cette femme qui l'avait sûrement envoûté, car il ne me reconnaissait plus comme sa fille aînée et unique après leur mariage. À cet instant-là, je n'avais plus personne. Mais mon petit ami, Florian, m'a demandé de venir habiter avec lui. Et moi, aveuglée par son amour, j'ai accepté. Je me disais qu'il m'aimait sincèrement... Jusqu'à ce qu'il me mette enceinte.
Je lui ai donné toutes mes économies, celles que j'avais gagnées en vendant des vêtements et des articles pour femmes à l'université. Pour lui, j'ai abandonné mes études. Après la naissance de ma fille, Bénédicte, il a décidé de partir pour le Canada. Deux ans plus tard, il m'a écrit pour me dire de ne plus compter sur lui et de refaire ma vie. Je croyais à une mauvaise plaisanterie, jusqu'au jour où j'ai vu ses photos de mariage avec une autre femme... Une femme qui lui avait même donné un fils.
Oui... L'amour m'a aveuglée. Et j'ai tout perdu. Alors, pour m'en sortir, je travaille aujourd'hui dans un restaurant comme cuisinière et serveuse. C'est dans ce restaurant que j'ai rencontré Roland... et aujourd'hui, il vient de planter un nouveau couteau dans une plaie qui n'a jamais réussi à cicatriser.
Ma fille a quatre ans maintenant. Elle a déjà commencé l'école, et elle est si intelligente que j'ai décidé de la mettre directement au CI. Je suis prête à tout pour elle. Tout.
Mais est-ce un crime ? Une malédiction d'être une mère célibataire ? Aurai-je un jour la chance de vivre cet amour dont j'ai toujours rêvé ? Non. Je n'y crois plus. Je ne peux plus me nourrir de ce rêve irréalisable.
Grâce ferme les yeux, laissant le taxi la ramener chez elle, loin de cette illusion qui vient, une fois encore, de s'effondrer. Comment sera cette histoire selon vous ?