Quand vient l'amour 3
img img Quand vient l'amour 3 img Chapitre 5 Chapitre 5
5
Chapitre 6 Chapitre 6 img
Chapitre 7 Chapitre 7 img
Chapitre 8 Chapitre 8 img
Chapitre 9 Chapitre 9 img
Chapitre 10 Chapitre 10 img
img
  /  1
img

Chapitre 5 Chapitre 5

Hardin Quand je suis sorti, le vent qui soufflait a porté jusqu'à mes oreilles la voix que je ne m'attendais pas à entendre à ce moment-là. Je venais juste d'écouter des tas de gens dire toutes sortes de trucs désagréables à mon sujet, sans pouvoir répondre. Après ça, la seule chose que j'avais envie d'entendre, c'était la voix de ma copine, la voix de mon ange. Elle était bien là, sa voix. Mais il y en avait une autre. Je passe le coin et je les vois. Ils sont là tous les deux. Tessa et Zed.

Qu'est-ce qu'il fout là, bordel ? Putain ! Qu'est-ce qu'elle fout, là, à parler avec lui ? Je lui ai pourtant dit de pas s'approcher de lui, elle a pas compris ou quoi ? Bordel ! Quand ce fils de pute a élevé la voix contre elle, je me suis dirigé vers eux. Personne ne lui parle comme ça ! Mais quand il a mentionné Seattle... ça m'a arrêté net. Tessa a décidé de partir à Seattle ? Zed était au courant, mais pas moi ? C'est un cauchemar, ça n'est pas en train de se produire dans la vraie vie ! Elle ne déciderait jamais de partir sans m'en parler... J'essaie de rassembler mes idées en vrac tandis que Zed se fout de ma gueule, les yeux fous et son sourire de merde sur la gueule. Elle écarquille ses beaux yeux gris, ses pupilles se dilatent au maximum quand elle croise mon regard. – Hardin... Je vois ses lèvres former les mots, mais sa voix est ténue, perdue dans le vent. Ne sachant pas quoi dire, je reste interdit, ma bouche s'ouvre et se ferme, s'ouvre et se ferme... dans un mouvement mécanique jusqu'à ce qu'enfin quelques mots passent mes lèvres. – C'était ça ton plan, alors ? L'air renfrogné, elle écarte les cheveux qui lui tombent devant les yeux. Puis elle se frotte les bras, croisés sur sa poitrine. – Non, ce n'est pas ça, Hardin, je... – Vous êtes des putains de comploteurs, tous les deux ! Toi... Je pointe un doigt accusateur vers Zed. – Tu complotes dans mon dos pour essayer de me piquer ma copine, depuis le début, bordel ! J'ai beau faire, j'ai eu beau te casser la gueule plusieurs fois, toi, tu continues à t'incruster comme un putain de cafard. À ma grande surprise, il se permet d'ouvrir sa gueule : – Elle... – Et toi... Je me tourne vers la blonde qui tient mon destin sous le talon pointu de sa chaussure. – Toi, tu continues à me faire marcher, à faire comme si tu tenais à moi, bordel, alors qu'en fait tu as décidé de me quitter depuis tout ce temps. Tu sais que je ne veux pas aller à Seattle, et pourtant tu décides d'y aller... sans m'en parler ! Les yeux brillants, elle me supplie. – C'est justement pour ça que je ne t'en ai pas encore parlé, Hardin, parce que... – Ferme-la, putain ! Elle porte la main à sa poitrine comme si mes paroles lui faisaient mal. Et c'est peut-être le cas. Et c'est peut-être ce que je veux, pour qu'elle sache ce que ça fait. Comment peut-elle m'humilier à ce point – devant Zed, en plus ? – Qu'est-ce qu'il fout là ? Je ne peux pas supporter son sourire supérieur quand elle se tourne vers lui avant de reporter les yeux sur moi. – C'est moi qui lui ai demandé de venir. Je recule en faisant semblant d'être étonné, mais je le suis peut-être vraiment. Je n'arrive plus à m'y retrouver dans ces sentiments qui m'assaillent à toute vitesse. – Nous y voilà ! Il y a quelque chose de spécial entre vous deux, c'est évident ! – C'était juste pour lui parler de sa plainte. J'essaie de t'aider, Hardin. Je t'en supplie, écoute-moi. Elle avance vers moi en écartant ses cheveux de nouveau. Je secoue la tête. – Arrête tes conneries ! J'ai entendu toute votre conversation. Si tu ne veux pas de lui, dis-le immédiatement, devant moi. Ses yeux pleins de larmes me supplient silencieusement de ne pas l'obliger à s'humilier devant moi, mais ça n'ébranle pas ma décision. – Immédiatement, sinon tout est fini entre nous. Mes propres mots me brûlent la langue comme de l'acide. – Je ne veux pas de toi, Zed. Elle le dit sans me quitter du regard, les mots se précipitant en panique hors de ses lèvres. Je sais que ça lui fait mal de le dire. – Pas du tout ? J'insiste en imitant le sourire de Zed. – Pas du tout. Elle fronce les sourcils, et Zed se passe la main dans les cheveux. – Tu ne veux plus jamais le voir. Tourne-toi pour le lui dire. Mais c'est Zed qui prend la parole. – C'est bon, Hardin. Laisse tomber. J'ai compris le message. Ne rentre pas dans son jeu de malade, Tessa, ça va comme ça. Il est pathétique, on dirait un gamin éperdu de tristesse. – Tessa... Quand elle lève les yeux vers moi, son regard empli de dégoût me fait presque tomber à genoux. Elle avance vers moi. – Non, Hardin. Je ne le dirai pas. Non pas parce que je veux être avec lui – ce n'est pas le cas, c'est toi que j'aime, rien que toi – mais tu fais ça pour avoir le dessus, c'est horrible, c'est cruel, et je refuse de t'aider là- dedans. Elle se mord les lèvres pour ne pas pleurer. Qu'est-ce que je fais, putain ? – Je rentre à la maison. Si tu veux qu'on parle de Seattle, tu sais où me trouver. Elle tourne les talons et s'éloigne. – Et comment penses-tu rentrer ? Zed tend le bras vers elle. – Je vais la ramener. Quelque chose se brise en moi. – Si je n'étais pas déjà dans un fichu merdier à cause de toi, je te tuerais là, tout de suite. Je ne parle pas de te casser la figure. Je veux dire que je t'exploserais vraiment le crâne sur le ciment et que je te regarderais te vider de ton sang. – Ça suffit ! Tessa part en se bouchant les oreilles. – Tessa, si tu... – Zed, je te remercie pour tout ce que tu as fait, mais maintenant il faut que tu arrêtes, toi aussi. Elle essaie de prendre un ton sévère, mais elle échoue lamentablement. En poussant un dernier soupir, Zed tourne les talons et s'en va. Je me dirige vers la voiture et, comme un fait exprès, dès que j'y arrive, Landon et mon père apparaissent. Les talons de Tessa claquent derrière moi. – On y va. Je ne leur laisse pas le temps d'en placer une. – Je t'appelle bientôt, dit Tessa à Landon. – Tu pars toujours mercredi, c'est ça ? Elle lui octroie un faux sourire destiné à masquer la panique décelable au fond de ses yeux. – Oui, bien sûr. Landon me fusille du regard, il n'a pas manqué de remarquer la tension entre nous. Est-il au courant de son projet ? Probablement – il l'a même probablement aidée à le mettre sur pied. Je monte dans la voiture sans même essayer de cacher mon impatience. – Je t'appelle, répète-t-elle à Landon avant de faire un petit signe de la main à mon père. Elle monte à son tour et j'éteins immédiatement la musique pendant qu'elle boucle sa ceinture. – Vas-y. – Quoi ? – Vas-y. Engueule-moi. Je sais que tu vas le faire. Sa certitude me coupe dans mon élan. C'est vrai, j'allais l'engueuler, mais le fait qu'elle s'y attende me prend au dépourvu. Mais bien sûr qu'elle s'y attendait... ça se passe toujours comme ça avec moi. Je me conduis toujours comme ça... – Eh bien ? – Je ne vais pas t'engueuler. Elle m'observe un moment avant de regarder de nouveau par la portière. Je soupire, le front appuyé sur le volant : – Je ne fais rien d'autre que te hurler dessus... c'est le problème. – Je ne complotais pas dans ton dos, Hardin, ce n'était pas mon intention. – Ça y ressemblait pourtant. – Je ne ferais jamais ça. Je t'aime. Tu comprendras quand je t'expliquerai. Mais ses mots rebondissent sur moi quand ma colère reprend le dessus. – Ce que je comprends, c'est que tu déménages bientôt. Je ne sais même pas quand, pourtant nous vivons ensemble, Tessa. Nous dormons dans le même lit, putain ! Et toi, tu me quittes, comme ça ? J'ai toujours su que tu le ferais. J'entends le clic de sa ceinture de sécurité et elle appuie ses mains sur mes épaules pour se redresser. En une seconde, elle est sur mes genoux, ses cuisses nues me chevauchent, ses bras glacés sont autour de mon cou, son visage couvert de larmes est contre ma poitrine. – Pousse-toi. J'essaie de décroiser ses bras. – Pourquoi est-ce que tu crois toujours que je vais te quitter ? Elle resserre son étreinte. – Parce que tu le feras un jour. – Je ne pars pas à Seattle pour te quitter, j'y vais pour moi et pour ma carrière. Ça a toujours été mon projet et, maintenant, cette formidable opportunité se présente. J'en ai parlé à Monsieur Vance quand nous préparions le projet, et j'ai voulu t'en parler plein de fois, mais soit tu me coupais la parole avant que je puisse le faire, soit tu ne voulais pas parler de choses sérieuses. Tout ce que je vois, c'est qu'elle fait ses bagages et s'en va en ne me laissant rien d'autre qu'un mot à la con sur le comptoir de la cuisine. – Tu as du culot de me mettre ça sur le dos. Ma voix n'est pas aussi assurée que je le voudrais. – Je ne te mets pas ça sur le dos, mais je savais que tu ne me soutiendrais pas. Pourtant, tu sais combien c'est important pour moi. – Alors, qu'est-ce que tu vas faire ? Si tu pars, je ne serai pas avec toi. Je t'aime, Tessa, mais je n'irai pas à Seattle. – Pourquoi ? Tu ne sais même pas si ça te plairait ou pas. On pourrait au moins essayer, et si tu détestes, alors nous pourrons aller en Angleterre... peut-être. Elle renifle. Je lui lance un regard sans expression. – Toi non plus, tu ne sais pas si tu vas te plaire à Seattle. Je suis désolé, mais tu dois choisir, c'est Seattle ou moi. Elle lève les yeux vers moi puis retourne s'asseoir sur le siège passager sans un mot. – Tu n'es pas obligée de décider tout de suite, mais il reste peu de temps. – Je n'arrive pas à croire que tu me demandes de choisir. Elle ne me regarde pas. – Tu savais ce que j'en pensais. Tu as de la chance que j'aie gardé mon calme quand tu étais avec lui, tout à l'heure. – Ah bon, j'ai de la « chance » ? – C'est déjà un jour de merde, on ne va pas en plus se disputer pour ça. J'ai besoin que tu me donnes une réponse avant vendredi. À moins, bien sûr, que tu ne sois déjà partie à ce moment-là. Cette idée me fait frémir. Je sais que c'est moi qu'elle va choisir. Ça ne peut pas être autrement. On peut aller en Angleterre et se sortir de toutes ces conneries. Je suis content qu'elle n'ait pas parlé des cours qu'elle a manqués aujourd'hui, c'est encore un sujet de dispute et je préfère l'éviter. – Tu es vraiment trop égoïste. Je ne discute pas cette accusation, c'est vrai, je sais qu'elle a raison. – Ok, mais on pourrait aussi trouver égoïste de ne pas dire à quelqu'un qu'on s'apprête à le quitter. Où est-ce que tu vas habiter ? Tu as trouvé quelque chose ? – Non, j'avais l'intention de m'en occuper demain. Nous partons mercredi pour ce petit voyage avec ta famille. Il me faut un moment pour comprendre de qui elle parle. – Nous ? – Tu as dit que tu viendrais... – J'en suis encore à essayer de me remettre de ce merdier de Seattle, Tessa. Sans oublier que tu as appelé Zed. Je sais que je me conduis comme un connard, mais tout ça est tellement merdique ! Et Tessa est à ce point silencieuse que je la regarde à plusieurs reprises pour voir si elle ne dort pas. En arrivant chez nous... chez moi, je finis par lui poser la question. – Tu ne m'adresses plus la parole, maintenant ? – Je n'ai rien à dire. Sa voix est calme et résignée. Au moment où je me gare, ça me revient brusquement. Merde. – Ton père est toujours là, non ? – Je ne vois pas où il pourrait être d'autre... Elle ne me regarde pas. Nous sortons de la voiture. – Quand nous serons en haut je lui demanderai où il veut que je le dépose. – Non, c'est moi qui l'emmènerai. Elle a beau marcher à côté de moi, j'ai l'impression qu'elle est à des kilomètres.

                         

COPYRIGHT(©) 2022