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"C'est elle"
***
J'observais mon frère, totalement terrorisé par l'apparition du dragon blanc. J'avais fait mon possible pour le protéger de tous les dangers que la vie avait mis sur son chemin, et ce n'était pas aujourd'hui que j'allais arrêter. Même si pour cela j'allais devoir affronter le pire ennemi de l'Ombre: la Lumière. Les rivalités entre nos deux peuples datent de bien avant le début de la guerre mais les combats n'avaient jamais été aussi puissants et dévastateurs qu'après le lancement du conflit. Chaque excuse était bonne pour tuer l'adversaire, si bien qu'aujourd'hui pas besoin de réelles raisons pour détester un être de Lumière.
Le regard précis, je cherchais un moyen de nous sortir de là tout en évitant de lancer Kyle dans la bataille. N'étant pas dragonnier, il était beaucoup moins résistant aux attaques magiques et je ne voudrais surtout pas avoir à expliquer à ma mère pourquoi son fils adoré n'était pas rentré en un seul morceau.
Je me tournais doucement vers lui et déposais un délicat baiser sur son front. Son regard se glaça d'effroi alors qu'il comprenait que j'allais agir. M'approchant de son oreille, je murmurais un rapide "je reviens", avant de me rendre invisible.
Veillant à ne pas produire de bruit, je me glissais hors de notre cachette pour m'approcher des nouveaux venus. Une fois à distance de voix, je m'arrêtais, à l'écoute de leur conversation, cherchant le moindre indice qui nous laisserai une porte de sortie.
"Il n'y a rien ici, annonça sèchement une voix féminine.
Un temps passa avant qu'une autre voix, masculine cette fois, ne lui réponde:
-J'étais pourtant sûr d'avoir entendu crier.
-Et bien tu as dû te tromper, annonça la première voix, encore."
La femme souffla tandis que je me retenais de sauter de joie. Avec un peu de chance, ils penseraient que l'homme avait fait erreur et décolleraient rapidement. Gagnée par ma curiosité, je m'avançais prudemment pour découvrir le visage de ces dragonniers. Le premier que je vis fût celui du Feu. Il semblait relativement jeune, mais toujours plus âgé que moi. Il était assis sur sa selle, ses yeux rouges scrutant au loin dans la forêt. Sa bête, de la même couleur que ses yeux, bougea soudainement et je dûs me coucher au sol pour ne pas me faire heurter par sa queue.
En face de moi se trouvait la dragonnière de la Foudre. Nonchalamment adossée à son dragon, elle observait le jeune homme en selle d'un oeil critique et supérieur. Sa chevelure était aussi étincelante que son animal. La dernière personne restait invisible à mes yeux. Sa bête était si haute qu'il m'était impossible de discerner plus que sa silhouette. C'était une taille impressionnante, équivalente à celle de mon animal. Instinctivement, ma tête se tourna vers Beor. Son regard aussi émeraude que le mien me dissuadait de faire quelque chose de stupide et aussitôt une idée, que je qualifierai de pas réellement intelligente, germa dans mon esprit. Il était clair qu'attendre ici la tombée du jour n'était pas envisageable, même les dragonniers de l'Ombre ne se risquaient pas au vol de nuit. Il fallait partir dans l'immédiat.
Je t'interdis de faire ça, trois contre un c'est du suicide !
Je fixais ma bête et d'un haussement d'épaule lui montrais que son avis m'importait peu.
Sois juste prêt à décoller le moment venu.
Le temps nous étant compté, je me hâtais de faire marche arrière pour expliquer mon plan à mon frère. Évidemment, il refusa, arguant que c'était beaucoup trop dangereux. À plusieurs reprises, je me retins de lui cracher que si nous en étions là c'était exclusivement de sa faute. Cependant, il fallait impérativement resté calme et concentré si nous voulions sortir de là en un seul morceau. Un fois que Kyle eut pleinement saisit l'enjeu de la situation, il accepta ce plan abracadabrantesque. Retournant au centre de la clairière, je me mis en place. Entre temps, le dernier dragonnier avait mis pieds à terre. Son regard chercha autour de lui et se posa sur moi. Je m'arrêtais brusquement de respirer. Personne n'avait jamais réussi à voir à travers ce don. Pourtant, le dragonnier de Lumière me fixait de ses yeux orageux. Après quelques secondes, il fini par détourner le regard pour se diriger vers les deux personnes qui l'accompagnaient. Il était étonnant qu'un tel groupe se soit formé. Les Élémentaires avaient peut-être signé une alliance il y a de cela des années, mais ce n'était pas pour autant qu'ils appréciaient rester ensemble. Ils semblaient en pleine conversation.
"Sincèrement, pourquoi aurions-nous besoin d'une personne de ce genre ? Nous pourrions très bien arriver à nos fins sans elle, annonça la femme.
-C'est plutôt clair, répondit sèchement l'homme aux yeux rouges. Nous ne pouvons pas les vaincre sans son aide.
-Alors comment sommes-nous censés le trouver ? Demanda la dragonnière de la Foudre.
-C'est lui qui viendra à nous.
Le dragonnier de Lumière venait de prendre pour la première fois la parole. Sa voix était grave et imposante, il semblait sûr de ce qu'il affirmait. J'ignorais totalement de quoi il pouvait être question mais je savais que je ne pouvais me permettre d'assouvir ma curiosité. Le temps filait et il serait bientôt trop tard. Je fermai les yeux et laissai mon pouvoir affluer, se matérialisant sous la forme de deux grandes machettes noires. Je voyais de ma place mon frère prêt à bondir. Beor, lui, me suppliait toujours de ne rien faire, mais je n'avais jamais été du genre à abandonner devant la difficulté.
J'inspirais profondément avant de finalement m'élancer vers le dragon rouge. Bondissant, j'enfonçais profondément ma lame dans le dos de la bête. Le rugissement qui s'échappa de sa gorge fit envoler plusieurs oiseaux dans un arbre voisin. Le dragonnier tomba à terre en hurlant également. La diversion venait de commencer.
Tout en redevenant visible, je retirais mon arme du dos écailleux et la lançai avec précision sur le dragon jaune. Trop imposante, la bête ne parvint pas à l'éviter et la lame entailla sa chair. Tous les regards se braquèrent sur moi. Au loin, je vis Kyle sortir de sa cachette et courir vers Beor, redevenu visible le temps d'un instant. Ce moment-ci fut suffisant pour que le dragonnier de Lumière remarque ma bête mais pas assez pour qu'il l'empêche de décoller.
Je n'en aurais pas pour longtemps.
Contente-toi de le mettre en sécurité.
Et toi de ne pas te faire tuer.
-C'est ce que j'essaye de faire, marmonnais-je.
D'un geste rapide, je baissais la tête, évitant une flèche de la traverser. Avec assurance, je sautais du dragon de Feu avant que sa mâchoire ne se referme violemment là où se trouvait il y a peu mon cou. J'entamais alors une course monstrueuse vers la forêt, seul refuge possible, évitant de justesse les flèches et les jets de flammes multicolores. Mon parcourt s'arrêta précipitamment quand un corps vint plaquer le mien au sol. En grognant de douleur, j'usais de mes forces pour me retourner. Quand mon regard croisa une paire d'yeux d'un gris orageux, je sus que la situation venait de se compliquer, et quand un couteau se posa sous ma gorge, je sus que j'étais dans une merde royale.
Kora ?
Rien de grave.
Je fus tenter de sourire.
J'arrive.
Je haussais négligemment les épaules. J'étais à terre, dominée par un inconnu, un couteau sous la gorge; ce n'était pas la pire des situations dans laquelle j'avais pu me retrouver. Le dragonnier était très près de moi. Ses yeux auparavant accrochés aux miens dérivèrent en direction de mon cou. Une lueur de surprise éclaira son regard. Il me releva brusquement et se plaça dans mon dos, me permettant d'admirer l'étendu des dégâts que j'avais su occasionner. Le jeune homme souffrait du dos, je pouvais voir les larmes qu'il contenait aux coins de ses yeux. La femme, elle, se tenait le flanc et serrait les dents. Un sourire vicieux étira mes lèvres.
La main libre de mon tortionnaire s'aventura dans mon cou et mon sourire se dissipa. Je voulus bouger pour me soustraire de son emprise, mais la lame m'en empêchait. Les menaces restaient donc selon moi le meilleur moyen de le prévenir que j'allais lui faire payer son toucher.
"Je t'assure que si tu ne vires pas immédiatement ta main de là, je l'offrirais en pâture à ma bête.
Son contact se fit plus léger.
-Ce dessin sur ta peau, où l'as-tu eu ? Murmura-t-il à mon oreille.
Un ricanement m'échappa.
-Tu crois franchement que je vais te le dire ? Vous êtes encore plus stupide que ce que je pensais.
La pression sur ma gorge se fit plus importante.
-Je ne crois pas que tu sois en position de faire la pitre.
-Dommage pour toi, faire la pitre c'est ma passion, répondis-je insolemment.
Cette fois-ci, il fit couler le sang.
-Putain, jurais-je sous la douleur.
-Je réitère ma demande: ce dessin où l'as-tu eu ?
-C'est une tâche de naissance, connard.
Sa main passa de nouveau sur la-dite tâche.
-C'est donc toi, murmura-t-il pour lui même.
Je fronçais les sourcils.
-Samantha ! Jeod ! Interpella-t-il. Je vous avais dit qu'elle viendrait à nous.
Les deux personnes me regardèrent.
-C'est elle, affirma le lampion.