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Chapitre 5 No.5

Trois jours plus tard

Point de vue de sofía

Les mains chargées de nourriture, je me tenais devant la porte de la chambre de ma fille. Le plateau tremblait légèrement entre mes doigts tant mon cœur était lourd. Je toquai doucement, une première fois, puis une seconde, plus insistante.

- *Catalina... c'est maman.*

Aucune réponse.

Pourtant, je savais qu'elle était là. Je l'entendais. Ces reniflements étouffés, ce souffle brisé qu'elle essayait de contenir, comme si pleurer était devenu un crime. Mon cœur se serra violemment dans ma poitrine. Chaque sanglot qu'elle retenait était une lame qui me transperçait.

Trois jours.

Trois jours qu'elle s'était enfermée dans cette chambre.

Trois jours qu'elle refusait de me voir, de me parler, de me pardonner.

Je m'en voulais terriblement. Mon Dieu... à quel point je m'en voulais. Mais au fond de moi, malgré la douleur, malgré la culpabilité qui me rongeait, j'étais convaincue d'une chose : un jour, elle me remercierait. Elle remercierait aussi son père. Zeus était l'homme qu'il lui fallait. Son père n'aurait jamais fait un mauvais choix pour elle. Jamais.

Je collai presque mon front contre la porte.

- *Ma chérie... ouvre-moi, je t'en supplie.*

Ma voix tremblait. Je n'étais plus la femme forte, la mère inébranlable. J'étais juste une mère qui souffrait de voir son enfant se briser derrière une porte close.

- *Je t'ai apporté à manger... tu n'as presque rien avalé depuis trois jours.*

Toujours rien.

Le silence.

Un silence assourdissant.

Je sentais sa colère, sa blessure, son incompréhension. Elle m'en voulait, et je la comprenais. Elle avait le droit d'être en colère. Mais ce mutisme... cette distance... me faisait plus mal que tous les reproches du monde.

- *Catalina...* murmurai-je en retenant mes larmes. *Pardonne-moi... je t'en prie.*

Les mots sortirent difficilement.

- *Je t'aime de tout mon cœur. Tu es tout ce que j'ai.*

Ma voix se brisa complètement. J'attendis encore quelques secondes, espérant un bruit, un pas, une poignée qui tourne. Mais rien. Absolument rien.

Après de longues minutes, je finis par reculer. Mes jambes me semblaient lourdes, comme si chaque pas me demandait un effort immense. Je quittai sa porte, le plateau toujours intact dans mes mains, et me dirigeai lentement vers le canapé du salon.

Je posai la nourriture sur la table basse sans même y toucher. Je m'assis, les épaules affaissées, le regard perdu dans le vide. Mon cœur était lourd... si lourd.

- *Mon Dieu...* murmurai-je à voix basse.

Je passai une main sur mon visage, essuyant une larme qui s'était échappée malgré moi. Que ferais-je si elle ne me pardonnait jamais ? Cette pensée me terrorisait. Catalina était mon monde. Sans elle, ce palais ne serait qu'un mausolée de pierres froides et de souvenirs douloureux.

Je levai les yeux vers un portrait accroché au mur. Lui. Son père. Mon amour.

- *Ah... si seulement tu étais encore là...* soufflai-je.

Il aurait su trouver les mots. Il aurait su la rassurer, l'apaiser, lui expliquer que tout cela était pour son bien. Moi, je n'étais qu'une messagère maladroite, portant un fardeau trop lourd pour ses épaules déjà fragiles.

Je fermai les yeux quelques secondes, priant en silence. Je priais pour qu'elle apaise sa colère, pour qu'elle comprenne, pour qu'elle revienne rapidement à de meilleurs sentiments. Je priais pour qu'elle voie, un jour, ce que nous avions vu avant elle.

Zeus était son destin.

J'en étais convaincue.

Il ne me restait plus qu'à espérer... et attendre.

Point de vue de Catalina

Je fixais la porte, les larmes aux yeux.

De l'autre côté... elle.

Ma mère.

Je n'osais pas bouger. Je n'osais pas répondre. Mon corps était là, mais mon cœur était ailleurs, éparpillé en mille morceaux sur le sol de cette chambre devenue ma prison.

Je ne ressemblais plus à rien.

Mes cheveux étaient emmêlés, mon visage gonflé par les pleurs, mes yeux brûlaient tant j'avais pleuré. Depuis trois jours, je ne faisais que ça. Pleurer. Encore et encore, jusqu'à en avoir mal à la tête, jusqu'à ne plus sentir mes joues.

Je voulais lui en vouloir.

Vraiment.

Je voulais détester mes parents pour ce qu'ils m'imposaient. Mais mon cœur était trop bon. Trop fragile. Trop aimant. Même si c'était difficile, même si la douleur me déchirait, je n'arrivais pas à les haïr. Pas eux. Jamais.

J'entendis sa voix à travers la porte. Ses supplications. Ses excuses. Son amour.

Je fermai les yeux, une nouvelle vague de larmes roulant sur mes joues.

- *Maman...* murmurai-je pour moi-même, sans oser le dire à haute voix.

Elle ne savait pas à quel point je souffrais. Ou peut-être qu'elle le savait trop bien.

Je pensai à Georges.

Mon cœur se serra encore davantage.

Je lui avais menti. Oui. Je lui avais dit que j'avais voyagé. Juste pour qu'il ne vienne pas me chercher à la maison. Juste pour qu'il ne me voie pas ainsi. Juste pour gagner du temps... du temps que je n'avais pas.

Comment pourrais-je le regarder en face ?

Comment pourrais-je lui annoncer la vérité ?

Je l'imaginais déjà. Sa douleur. Sa colère. Son incompréhension. Il allait sûrement m'en vouloir, me dire que je lui avais laissé nourrir de faux espoirs. Et pourtant... ce n'était pas vrai. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je serais déjà sa femme. Je l'aimais. De tout mon être.

Mais la réalité était plus compliquée. Bien plus cruelle.

Je pris la bague qu'il m'avait offerte et la fis tourner lentement entre mes doigts. Elle brillait encore, comme au premier jour. Puis mon regard se posa sur l'autre bague... celle de mon enfance. Celle que je portais depuis toujours sans en connaître la véritable signification.

Je voulais l'enlever.

Vraiment.

Mais je n'y arrivais pas.

Je respectais mes parents. Je les aimais. Et malgré tout, malgré la colère, malgré la douleur, je savais que mon père n'aurait jamais fait un mauvais choix pour moi. Jamais.

- *Papa...* murmurai-je en sanglotant.

Je n'avais pas le choix.

Non.

Je n'étais pas rebelle. Je ne savais pas l'être. Je n'avais jamais su désobéir. Alors je devais accepter le choix de mes parents, même si mon cœur criait l'inverse.

Je ferai un effort, me promis-je.

J'essaierai de connaître cet inconnu.

J'essaierai... peut-être de l'aimer.

Même si, au fond de moi, je savais que je ne pourrais jamais aimer quelqu'un comme j'avais aimé Georges.

Jamais.

Je m'assis sur le lit, le regard vide, le cœur brisé, consciente que ma vie venait de prendre un tournant irréversible. Il me restait une chose à faire... trouver le courage d'annoncer la nouvelle à Georges.

Et cette pensée seule suffisait à me briser encore un peu plus.

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