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Rejetée par l'Alpha: Clamer Lana
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Chapitre 7 Lana

L'air est coupant lorsque la voiture franchit l'allée bordée de pierres moussues recouvertes de neige qui mène au château de Brisvall. Le vent descend des montagnes et transporte avec lui cette humidité glaciale propre aux Highlands en hiver.

La brume flotte au-dessus du Loch Brisvall comme une nappe d'acier terni. Par endroits, une fine pellicule de glace s'est formée le long des rives de ce loch au fjord nordique qui se jette dans la mer à quelques kilomètres d'ici.

Je remonte instinctivement le col de mon manteau.

Deux semaines.

Cela ne fait que deux semaines que je suis revenue au Royaume-Uni... et à peine quelques jours que les étudiants sont arrivés à Brisvall pour commencer le programme d'échange.

Le petit castelet émerge à flanc de montagne, austère et sombre sous le ciel gris. Les échafaudages qui entourent plusieurs tours semblent encore plus fragiles sous les rafales hivernales. Quelques ouvriers travaillent malgré le froid, emmitouflés dans leurs manteaux.

Je descends de la voiture en attrapant l'étui de mon ordinateur. Mes doigts engourdis protestent immédiatement. Le train avait une heure de retard. Je n'ai donc pas le temps de monter me rafraîchir avant que mon cours débute.

Dans la cour intérieure, la neige fondue craque sous les pas d'une dizaine d'étudiants déjà rassemblés. Certains prennent un bol d'air, d'autres terminent une cigarette avant le cours. Leur souffle se transforme en nuages blancs dans l'air glacé tandis qu'ils discutent en petits groupes.

Les accents américains se mêlent aux voix écossaises.

Dès qu'ils me voient, leurs conversations s'interrompent... puis reprennent aussitôt, mais cette fois en se dirigeant vers moi.

Je reconnais immédiatement William Calder qui mène la charge.

- Lana! Avez-vous vu les esquisses que je vous ai envoyées?

Son enthousiasme me fait sourire. Il y a quelque chose de presque contagieux dans l'énergie des jeunes Alphas. En effet, William vient tout juste de vivre son éveil. Nos lois interdisent l'activation du gène surnaturel des Alphas avant la majorité - vingt-et-un ans chez notre race- l'expérience est toujours... intense. En ce moment, William est toujours en période d'ajustement de tous ses sens qui se sont - éveillés.

- Oui, je les ai vues, dis-je en hochant la tête. Elles sont excellentes.

Je peux sentir qu'il tente de rester digne, mais mon compliment le touche clairement. Les autres étudiants suivent comme une nuée d'oiseaux.

- C'est vrai qu'on va utiliser les donjons?

- On a vu les plans de la distillerie!

- Vous avez déjà choisi les fûts?

Je lève les mains en riant doucement.

- Une question à la fois, sinon je vais regretter de ne pas être descendue du train deux arrêts plus tôt.

Une voix amusée s'élève derrière eux.

- Vous êtes arrivée juste à temps.

Je me retourne. Cédric McAllister descend les marches du perron avec cet air tranquillement moqueur qui semble faire partie intégrante de sa personnalité.

- J'espérais secrètement devoir improviser, ajoute-t-il en me lançant un clin d'œil complice. Cela aurait été une expérience pédagogique intéressante.

Je repousse une mèche de cheveux échappée de mon chignon.

- Le train avait une heure de retard.

Son regard glisse sur mon manteau froissé et l'étui de mon ordinateur duquel dépasse mon carnet de notes.

- Je vois que vous avez choisi l'option 'arriver en catastrophe'.

- C'était ça ou annuler le cours.

- Et je parierais que vous n'avez rien mangé.

Je n'ai pas le temps de répondre.

- Évidemment qu'elle n'a rien mangé.

La voix d'Henrietta claque derrière moi.

Je ferme brièvement les yeux.

Henrietta apparaît sur le seuil de la porte, les mains serrées dans son tablier, l'expression résignée de quelqu'un qui a vu cette scène trop souvent.

Henrietta est bien plus âgée qu'elle n'y parait. Beaucoup lui donneraient à peine quarante ans. Pourtant, elle est au service de ma famille depuis que je suis enfant. Cela fait environ... trois quarts de siècle.

Les Alphas vivent bien plus longtemps que les humains. Oh nous ne sommes pas immortels, mais nous sommes ce qui s'en rapproche le plus après les vampires.

- Lana, tu as encore sauté le petit-déjeuner, me lance Henrietta d'un air contrarié.

- J'ai pris un café.

- Ce n'est pas un petit-déjeuner.

Quelques étudiants échangent des regards amusés.

Cédric tousse pour masquer son sourire.

- On commence avant que ta gouvernante ne décide de t'enfermer dans la cuisine ?

Je dois dire qu'il est incroyablement craquant quand il sourit. Ses cheveux roux frisottés, ses taches de rousseur... Son sang écossais ne lui fait pas défaut: il en est un spécimen très séduisant, vraiment.

Je secoue la tête, riant intérieurement de mes pensées frivoles, et passe devant lui pour entrer. Je sens cette tension subtile entre nous, ce frisson familier qui ne s'éteint jamais.

Cédric m'a déjà signifié son intérêt plus d'une fois par le passé. D'abord à Dublin, lors d'une conférence sur les bières de micro-brasserie... puis à Oxford, et plus récemment en Floride. Nos échanges se sont souvent faits par internet. Jamais il n'a caché son attirance, et depuis mon arrivée en Écosse, il est encore plus charmeur.

Mais ce n'est pas possible. Trop jeune. Trop humain. Trop réel. Je ne mélange jamais travail et vie privée. Je préfère les histoires sans lendemain, celles où je contrôle tous les paramètres et où les limites sont claires, comme au Dragon d'or, le club BDSM dont je suis membre. Cédric sait tout ça, et pourtant... il ne semble pas découragé.

Nous entrons dans le château. Le couloir est froid sous mes pas sur le marbre, mais richement décoré : tapisseries anciennes, ameublement préservé malgré les dommages de l'aile ouest, laissée à l'abandon suite aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale... ou du moins, c'est ce que raconte l'histoire officielle.

Les habitants, eux, évoquent plutôt un combat épique entre le duc de Brisvall et un dragon caché dans la montagne. Le duc serait mort en affrontant une créature maléfique. Un dragon... noble, majestueux et surtout diabolisé par les humains. Avant de mourir, il l'aurait blessé mortellement.

- Les humains souillent tout ce qu'ils touchent, me répétait souvent Natalia après son divorce avec un humain justement. Ils sont violents et barbares!

Elle et moi avons grandi dans un monde encore marqué par la guerre, et cette vision nous a marqué toutes les deux.

Moi, je ne suis pas devenue amère comme certains autres Alphas, passé un certain âge... Au contraire, je reste fascinée par cette résilience des humains. Ils sont capables du pire... et du meilleur. Côtoyer mes étudiants me le rappelle chaque jour.

Encore ce matin, dans leurs yeux brillants, leurs questions incessantes... je le vois.

La grande bibliothèque du château, une salle voutée qui sert désormais de salle d'étude, est déjà prête. Les tables sont couvertes de plans, de schémas et de vieux ouvrages sur les distilleries écossaises.

Je pose mon ordinateur sur le grand bureau tout au fond.

- Bienvenue à Brisvall! Je crois qu'après une semaine, vous êtes tous enfin ajustés à notre nouvel environnement, n'est-ce pas!

La plupart des étudiants sont arrivés après nous. Certains sont originaires d'Écosse ou d'Angleterre... mais mon groupe à moi est venu d'Orlando en Floride. Ils sont donc nombreux à hocher la tête.

La première semaine pour eux fut un ajustement. Le rythme est très différent ici, dans cette petite région d'Écosse si tranquille.

Je regarde le groupe.

Certains resteront ici six ans.

D'autres deux... peut-être quatre.

Et d'autres... abandonneront malheureusement en cours de route.

Mais très peu j'espère!

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