Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Servie des rogatons par mon cruel mari
img img Servie des rogatons par mon cruel mari img Chapitre 4
4 Chapitres
Chapitre 5 img
Chapitre 6 img
Chapitre 7 img
Chapitre 8 img
Chapitre 9 img
Chapitre 10 img
img
  /  1
img

Chapitre 4

Je me réveillai avec l'odeur stérile de l'antiseptique et le bip rythmé d'un moniteur cardiaque. Murs blancs, draps blancs, lumière tamisée. Un hôpital. Pas l'asile, mais assez proche.

Le Dr Hélène Mercier était là, le visage marqué par l'inquiétude, la fatigue cernant ses yeux bienveillants. Lorsqu'elle vit mes yeux s'ouvrir, une vague de soulagement la traversa.

- Cassandre, souffla-t-elle, la voix douce. Dieu merci.

Je ne parlai pas. Je la fixai simplement, l'esprit encore embrumé.

Elle se pencha plus près, une main douce sur mon bras.

- Tu es en sécurité. Tu vas t'en sortir.

Dans une soudaine poussée d'adrénaline, j'arrachai la perfusion de mon bras. La piqûre de l'aiguille ne s'enregistra même pas. J'essayai de me redresser, puis retombai, une douleur vive dans mon flanc. Mon corps hurlait sa protestation. Mais je devais le faire.

Je me mis à genoux à côté du lit, baissant la tête.

- Dr Mercier, râlai-je, la voix faible. Je m'excuse pour le dérangement. Je suis prête à reprendre mes fonctions. S'il vous plaît, dites-moi ce dont vous avez besoin.

Hélène haleta, sa main volant à sa bouche. Elle tendit le bras, ses doigts hésitant au-dessus du bandage sur mon flanc.

- Cassandre, qu'est-ce que tu fais ?

Ses yeux étaient remplis d'horreur. Elle chercha mon regard, une supplique désespérée dans les prunelles.

Je tressaillis, me reculant, une peur primale me saisissant. Ne me touchez pas. Ne me touchez pas comme ils le font.

- Cassandre, qu'est-ce qui t'est arrivé ? Sa voix tremblait. Tu n'as jamais été comme ça.

Ses yeux fouillaient les miens, cherchant désespérément la femme qu'elle avait connue autrefois.

- Je ne comprends pas.

Je restai silencieuse, les yeux fixés sur le sol blanc immaculé. Il n'y avait rien à comprendre. Seulement obéir.

Mon silence fut brisé par la sonnerie stridente du téléphone d'Hélène. Elle fouilla pour le trouver, le visage masqué par l'inquiétude.

- Dr Mercier.

Une voix hystérique et perçante brailla à l'autre bout du fil. Candice.

- Elle n'est pas là ! Le bébé ne s'arrête pas de pleurer ! Il ne veut pas la fermer ! Damien est inutile ! Qu'est-ce que je suis censée faire ?!

Sa voix était saturée de panique pure, de frustration pure.

Hélène éloigna le téléphone de son oreille, grimaçant.

- Candice, calmez-vous. Cassandre est encore en convalescence...

- Je m'en fous ! J'ai besoin d'elle ! Elle doit revenir ! Maintenant !

L'exigence de Candice était absolue.

Hélène me regarda, puis regarda le téléphone. Elle soupira, un son profond et las.

- Je vais voir ce que je peux faire.

Je me relevais déjà, ignorant le martèlement dans mon flanc.

- Je suis prête, dis-je, la voix à peine un murmure. Je dois rentrer à la maison.

Hélène me regarda, un mélange complexe d'émotions dans les yeux.

- Cassandre, tu n'as pas l'autorisation médicale...

Juste à ce moment, Damien fit irruption dans la chambre, le visage pâle, les yeux fous. Il jeta un coup d'œil à mon flanc bandé, mon visage livide, les draps tachés de sang.

- Cassandre ! Qu'est-ce que tu t'es fait ?!

Sa voix était épaisse d'accusation, mais aussi traversée par un tremblement d'autre chose. Peur. Culpabilité.

- Qu'est-ce qui est arrivé à ton flanc ? exigea-t-il, les yeux écarquillés. Qui a fait ça ?

Je croisai son regard, un sourire lent et glaçant s'étirant sur mes lèvres.

- C'est toi, Damien.

Ma voix était douce, à peine audible.

- Tu m'as dit de nettoyer. Et j'ai nettoyé. Exactement comme tu l'as ordonné.

Sa mâchoire tomba. Il me fixa, les yeux écarquillés par un mélange d'horreur et d'incrédulité.

- Non. Non, je ne voulais pas dire...

Le téléphone dans la main d'Hélène sonna à nouveau, le coupant. Candice. Sa voix stridente hurlait déjà à travers le combiné.

- Damien, où ES-TU ?! Rentre à la maison MAINTENANT ! Le bébé hurle !

Damien regarda de moi au téléphone, un cerf pris dans les phares. Il me regarda à nouveau, une supplique désespérée dans les yeux. Mais je me contentai de sourire.

Hélène, pendant ce temps, capta mon regard. Elle fit un signe de tête subtil, un mouvement à peine perceptible. Une confirmation silencieuse. C'est l'heure.

De retour au manoir, Candice faisait les cent pas, les cheveux en bataille, ses vêtements de créateur froissés.

- Enfin ! Qu'est-ce qui vous a pris si longtemps ? aboya-t-elle à Damien, avant de me foudroyer du regard. Il pleure depuis des heures ! Je ne sais pas quoi faire de lui !

Je passai devant elle, droit vers la chambre d'enfant. Léo hurlait effectivement, le visage rouge et bouffi. Je le pris dans mes bras, le serrant contre moi. Il se calma presque instantanément, enfouissant son visage dans mon cou. Je fredonnai une berceuse douce, celle que ma mère me chantait. La mélodie familière l'apaisa, et bientôt, son petit corps se détendit contre le mien. Il dormait.

Damien m'observait, un air perdu et hanté dans les yeux. Il regardait de moi, tenant notre fils, à Candice, qui se plaignait maintenant en pleurnichant de son ongle cassé.

Candice capta le regard de Damien.

- Damien, chéri, pourquoi n'emmènes-tu pas Cassandre dans sa chambre ? suggéra-t-elle, la voix faussement douce. Elle a l'air épuisée. Et... nous avons des choses à discuter.

Ses yeux glissèrent vers moi, un avertissement. N'écoute pas. N'interfère pas.

Je savais ce qu'elle voulait dire. Ma "chambre" était la petite pièce sans fenêtre dans les quartiers des domestiques. Une cage. En m'éloignant, j'entendis les sons étouffés de leur dispute. Accusations. Désespoir. Leur alliance fragile se fissurait.

Je me rendis dans ma pièce désignée, un espace minuscule qui sentait vaguement la poussière et l'abandon. La porte cliqueta en se fermant derrière moi. Une cage. Mais maintenant, c'était une position stratégique.

Depuis la suite parentale opulente juste à côté, un gémissement étouffé parvint à mes oreilles, suivi de la voix basse de Damien. Candice. Ils jouaient à leurs jeux. Leur intimité tordue.

- Damien, ronronna Candice, sa voix traversant le mur fin. Tu as été si bon ce soir. Tu me fais tout oublier d'elle.

Ses mots m'étaient destinés, une provocation, un rappel cruel de mon remplacement.

Je marchai vers la petite fenêtre crasseuse, l'ouvrant juste d'une fente. L'air nocturne était frais et vif. Je plongeai la main dans ma poche, en sortant un petit paquet enveloppé d'aluminium. Le cadeau du Dr Mercier. Ce n'était pas le sédatif habituel qu'ils me forçaient à prendre. C'était un placebo. Elle me sevrait des médicaments depuis des semaines, les remplaçant par des pilules de sucre.

Je vidai le contenu du paquet par la fenêtre, regardant la poudre blanche se dissoudre dans l'obscurité. Plus question d'émousser mes sens. Plus question de brouiller ma résolution.

Mon téléphone caché, une bouée de sauvetage d'Hélène, vibra discrètement dans ma main. Un message. Maintenant.

Je pris Léo, qui dormait profondément dans le petit berceau de fortune. Sa chaleur m'envahit, une vague d'amour féroce et de détermination. Je cherchai sous la latte de parquet desserrée dans le coin de la pièce, en sortant un petit sac à dos usé. À l'intérieur, des vêtements de rechange, quelques couches, et une épaisse pile de documents. Mes preuves. Les vrais dossiers médicaux de mon père. Leurs comptes commerciaux détournés. Tout.

Sous le manteau de la nuit, je me glissai hors du manoir, un fantôme reprenant sa vie, son fils, son avenir. La nuit était une complice silencieuse. Je montai dans la voiture qui attendait, le moteur ronronnant déjà doucement. Hélène était là, le visage grave. Elle hocha la tête, les yeux pleins d'une compréhension muette.

- On y va, chuchotai-je, serrant Léo plus fort.

Le manoir, symbole de mon tourment passé, s'éloigna dans l'obscurité. J'étais libre. Et ils ne sauraient même pas que j'étais partie avant le matin.

Précédent
                         
Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022