J'ai choisi une robe courte, noire, scintillante, et des talons aiguilles vertigineux. Maquillage de soirée, cheveux lâchés. J'étais redevenue la Nila Laffitte d'avant, celle qui ne demandait la permission à personne.
J'ai appelé une de mes amies, Chloé.
« Allô ? Nila ? Ça fait un siècle ! Tu sors de ta cage dorée ? »
« Ce soir, on sort. Le Baron, ça existe toujours ? »
« Bien sûr que ça existe ! Mais toi, mariée, rangée... Fabrice te laisse sortir ? »
« Je divorce, Chloé. »
Silence à l'autre bout du fil.
« Tu es sérieuse ? Attends, j'appelle les autres. On se retrouve là-bas dans une heure. »
Je suis sortie de la chambre sans un regard pour le couple qui se tenait encore dans le couloir. J'ai quitté l'appartement, l'air de la nuit parisienne me semblant soudain plus respirable.
Le club était bruyant, la musique assourdissante. Mes amies étaient là, m'entourant, me posant mille questions. J'ai commandé un verre de champagne. Puis un autre. Et un autre.
Et j'ai tout raconté. L'arrivée de Lyse, les manipulations, la cécité de Fabrice.
« Cette fille est une sorcière, » a dit Léa.
« Et Fabrice un idiot, » a ajouté Chloé. « Attends... elle est enceinte de son frère, tu es sûre ? »
Une pensée horrible m'a traversé l'esprit, mais je l'ai chassée.
« Je m'en fiche de qui est le père. Je veux juste qu'il sorte de ma vie. »
J'ai bu, j'ai dansé, tentant d'oublier la douleur. Mon téléphone vibrait dans mon sac. Des dizaines d'appels manqués de Fabrice. Je l'ai ignoré.
Je ne sais plus comment je suis rentrée. Ou plutôt, comment on m'a ramenée.
Je me suis réveillée dans mon lit. Le soleil filtrait à travers les rideaux. Ma tête me faisait un mal de chien. J'ai regardé autour de moi, confuse. J'étais revenue dans l'appartement.
Un message de Chloé sur mon téléphone : "Fabrice est venu te chercher. Il avait l'air... inquiet. Fais attention à toi, ma belle."
Inquiet ? Mon cœur a eu un soubresaut stupide. Une lueur d'espoir absurde.
Je suis sortie de la chambre. Lyse était dans la cuisine, chantonnant. Elle m'a souri.
« Bonjour Nila ! Bien dormi ? Fabrice t'a préparé le petit-déjeuner avant de partir au bureau. Il est sur la table. »
Sur la table de la salle à manger, un plateau. Du jus d'orange frais, des croissants, et un bol de muesli avec des fruits secs et des noix.
Mon cœur s'est serré. Un geste d'attention ? Peut-être avais-je été trop dure ?
Je me suis assise. J'ai regardé le bol de muesli. Avec ses amandes, ses noisettes, ses noix de pécan.
Et la lueur d'espoir s'est éteinte, remplacée par un froid glacial.
« Je suis allergique aux fruits à coque, » ai-je dit à voix haute.
Le silence est tombé dans la pièce. Lyse a arrêté de chantonner.
« Une allergie sévère. Une seule noix peut m'envoyer à l'hôpital. Fabrice le sait. Il l'a toujours su. »
Le silence était assourdissant.
Dans le reflet de la baie vitrée, j'ai vu le sourire triomphant de Lyse. Une fraction de seconde, mais je l'ai vu.
Le visage de Fabrice m'est revenu en mémoire. Pas inquiet. Agacé.
Il ne m'avait pas préparé le petit-déjeuner. Il l'avait préparé pour Lyse, son plat préféré. Et quand je suis rentrée, ivre, il l'avait simplement posé devant ma porte, comme un os jeté à un chien.
J'ai réalisé. Sa préoccupation, ses soins, son attention... rien n'avait jamais été pour moi. Il était redevable à son frère, et Lyse, avec son ventre rond, était le symbole vivant de cette dette.
J'avais cru qu'en l'aimant plus que tout, je pourrais changer sa nature froide. Quelle idiote. J'étais juste un accessoire pratique, la fille Laffitte, dont le nom et la fortune pouvaient consolider l'empire Vaugeois en déclin.
C'était fini. Définitivement.