« Et je suis ta femme. Qu'est-ce que je suis pour toi, Fabrice ? Une alliance commerciale ? Un nom de famille utile sur papier glacé ? »
Il a passé une main lasse sur son visage.
« Ne sois pas ridicule. »
« Alors trouve une autre solution. Un appartement pour elle. Une aide à domicile. De l'argent. Tout ce qu'elle veut. Mais pas ici. Pas entre nous. »
« J'ai déjà dit non. C'est mon devoir. »
« Très bien. Alors notre mariage est terminé. Divorçons. »
Il a ri, un rire méprisant.
« Tu dis ça à chaque fois que tu es contrariée. »
Il s'est approché, a tenté de me prendre dans ses bras. Je l'ai repoussé.
« Ne me touche pas. »
Il a soupiré, sortant son portefeuille. Il a jeté une carte de crédit noire sur le lit.
« Tiens. Va faire du shopping. Achète-toi un sac, des chaussures. Ça te calmera. »
J'ai regardé la carte comme si c'était un insecte répugnant. C'était donc ça, sa solution. La valeur qu'il accordait à mes sentiments.
« Garde ton argent, Fabrice. Il ne peut pas acheter ma dignité. »
Il a haussé les épaules, exaspéré, et est sorti de la chambre. Je l'ai entendu parler doucement à Lyse dans le couloir. Des mots rassurants. Pour elle.
La rage a monté en moi, brûlante. J'ai attrapé le premier objet à ma portée - un vase en cristal - et je l'ai lancé contre la porte fermée. Il a explosé en mille morceaux.
Le silence. Puis des pas précipités. La poignée de la porte s'est abaissée, mais je l'avais verrouillée.
« Nila ! Ouvre cette porte ! » a crié Fabrice.
La voix mielleuse de Lyse s'est ajoutée.
« Nila, s'il te plaît, ne te mets pas en colère. Fabrice et toi, vous ne devriez pas vous disputer à cause de moi... »
Je n'ai pas répondu. J'entendais son petit jeu, sa manière de se poser en victime, en source innocente du conflit.
« Laisse-la, » a dit Fabrice à Lyse. « Elle fait une crise. Ça va lui passer. »
Ça ne passerait pas. C'était la dernière crise. La dernière fois que je tolérais ce mépris. J'avais passé trois ans à essayer de gagner son amour, à fermer les yeux sur sa froideur, à espérer qu'il me voie enfin. C'était fini.
J'ai déverrouillé la porte et je l'ai ouverte brusquement.
Ils étaient là, dans le couloir. Lyse se tenait près de lui, une main sur son bras, le regardant avec une adoration feinte.
« C'est touchant, » ai-je lancé, ma voix pleine de sarcasme. « On dirait un vrai petit couple. Faites attention, les murs ont des oreilles. Et des yeux. »
Lyse a rougi, retirant sa main comme si elle s'était brûlée.
« Nila, tu es méchante. »
« Et toi, tu es quoi, Lyse ? L'ange du foyer ? La pauvre veuve éplorée ? Ou juste une actrice très douée ? »
« Ça suffit ! » a tonné Fabrice, le visage rouge de colère.
« Non, ça ne suffit pas ! » ai-je répliqué, plus forte encore. « Ça suffit de te voir lui masser les pieds ! Ça suffit de la trouver en serviette devant notre salle de bain ! Ça suffit de l'entendre gémir pour attirer ton attention à toute heure du jour et de la nuit ! »
Je me suis approchée d'eux, mon regard allant de l'un à l'autre.
« Dans l'histoire de notre pays, on a des noms pour les femmes qui séduisent le frère de leur mari décédé. Ce ne sont pas des noms très flatteurs. »
Le visage de Fabrice s'est décomposé. Il a levé la main, comme pour me frapper, avant de la retenir à la dernière seconde.
Lyse a éclaté en sanglots, des larmes de crocodile parfaitement maîtrisées.
« C'est de ma faute... Je n'aurais jamais dû venir... Je vais partir... Je vais m'en aller, ne vous inquiétez pas... »
Elle s'est retournée, comme pour aller faire ses valises, sachant pertinemment que Fabrice ne la laisserait jamais faire.
Et bien sûr, il est tombé dans le panneau.