Je descends l'escalier en évitant les marches qui grincent, habitude prise après des années de vie avec Morgana qui transforme chaque bruit nocturne en prétexte pour ses sermons matinaux. Dans la cuisine, je me sers un verre d'eau et m'installe près de la fenêtre qui donne sur la forêt.
C'est là que je la vois, une silhouette argentée qui se détache entre les arbres. Mon cœur s'emballe. Un loup. Un vrai loup, énorme, qui se déplace avec une grâce hypnotique vers... vers le lac interdit.
Je devrais avoir peur. Je devrais remonter dans ma chambre et m'enfouir sous mes couvertures. Mais au lieu de ça, une fascination étrange s'empare de moi. Ce loup semble... différent. Plus grand que nature, presque luminescent sous la lune.
Sans vraiment réfléchir, j'attrape ma cape et sors par la porte de derrière. L'air nocturne est frais contre ma peau, et mes pieds nus s'enfoncent dans l'herbe humide de rosée. Je sais que c'est de la folie, mais quelque chose me pousse vers la forêt, vers ce loup mystérieux.
Je le suis à distance, me cachant derrière les arbres, hypnotisée par sa démarche fluide. Il ne semble pas m'avoir remarquée, concentré qu'il est sur sa destination. Nous arrivons près du lac, et il s'arrête au bord de l'eau, levant son museau vers la lune comme s'il lui parlait.
C'est le plus beau spectacle que j'aie jamais vu. Le loup argenté se reflète dans l'eau noire, créant une image d'une beauté surnaturelle. Je me penche pour mieux voir, posant instinctivement ma main sur un rocher pour garder l'équilibre. Le rocher se déplace sous mon poids.
Le bruit résonne dans le silence de la nuit comme un coup de tonnerre. Le loup se retourne immédiatement vers moi, et nos regards se croisent. Ses yeux... Mon Dieu, ses yeux sont dorés, intelligents, presque humains.
Et dans ce regard, je lis quelque chose qui me coupe le souffle, une reconnaissance mutuelle, comme si nous nous attendions l'un à l'autre.
•••Kael Blackthorne
Le parfum me frappe avant même d'entendre le bruit. Un parfum humain, mais différent de tous ceux que j'ai sentis auparavant. Doux, floral, avec une note sauvage qui fait vibrer quelque chose au plus profond de moi.
Quand je me retourne et que nos regards se croisent, le monde s'arrête.
Elle est là, cachée derrière les arbres, vêtue d'une simple robe de nuit blanche qui flotte autour d'elle comme de la brume. Ses cheveux châtain clair tombent en cascade sur ses épaules, et ses yeux bleus me fixent avec un mélange de peur et de fascination qui m'émeut plus que je ne saurais l'expliquer.
Elle devrait fuir. Hurler. Tout sauf rester là à me regarder comme si j'étais la réponse à une question qu'elle n'avait jamais osé formuler.
Lentement, très lentement, je commence ma transformation inverse. C'est risqué, si elle me voit changer, elle saura immédiatement ce que je suis. Mais quelque chose me dit qu'elle ne partira pas. Qu'elle ne peut pas partir, pas plus que moi je ne peux m'éloigner d'elle.
Mes os craquent et se reforment, ma fourrure se rétracte, et en quelques instants, je retrouve ma forme humaine. Heureusement, la transformation préserve mes vêtements, un petit miracle de notre nature que je bénis en cet instant.
Elle ne crie pas. Ne s'enfuit pas. Elle me regarde simplement, ses lèvres entrouvertes de surprise, et murmure :
- C'était toi. Le loup, c'était toi.
- Je peux tout expliquer » dis-je, même si j'ai aucune idée de comment je vais m'y prendre.
Elle secoue la tête.
- Non, attends. Laisse-moi... laisse-moi comprendre.
Elle s'assoit sur le rocher, apparemment indifférente au fait qu'elle soit en robe de nuit dans les bois au milieu de la nuit avec un inconnu qui vient de se transformer sous ses yeux.
- Tu n'as pas peur ? » je demande, incrédule.
- Je devrais ? » Elle penche la tête sur le côté, et ce geste innocent me fait quelque chose d'étrange au niveau du sternum. « Tu me feras du mal ?
- Non. Jamais je ne te ferais du mal.
- Alors non, je n'ai pas peur. » Elle sourit, et c'est comme si le soleil se levait au milieu de la nuit. « Je suis Helena. Helena Hartwell.
-Kael » dis-je automatiquement. « Kael Blackthorne.
Son sourire vacille légèrement.
- Blackthorne ? Ce nom me dit quelque chose...
Mon sang se glace. Si elle connaît mon nom de famille, si elle fait le lien avec le clan...
- Helena, je peux tout t'expliquer, mais tu dois me promettre de ne rien dire à personne. Jamais.
- Pourquoi je ferais ça ? Je ne te connais même pas.
- Parce que... » Je cherche les mots justes.
Comment expliquer qu'en l'espace de quelques minutes, elle est devenue la chose la plus importante de ma vie ?
- Parce que si les gens apprennent ce que je suis, ce sera dangereux. Pour moi, pour ma famille, et pour toi aussi.
Elle réfléchit, mordillant sa lèvre inférieure d'une façon qui me distrait complètement.
- Tu es quoi, exactement ?
- Tu l'as vu. Je suis un loup-garou.
- Un loup-garou » répète-t-elle comme si elle testait le goût des mots. « Comme dans les légendes ?
- Les légendes ont toujours un fond de vérité.
•••Elena Hartwell
Je devrais être terrifiée. Je devrais courir vers la maison et ne jamais reparler de cette nuit. Mais au lieu de ça, je suis fascinée. Cet homme, ce loup-garou, Kael, dégage quelque chose qui m'attire comme un aimant.
Il est grand, avec des cheveux noirs qui brillent sous la lune et ces incroyables yeux dorés que j'ai vus quand il était loup. Ses traits sont fins mais masculins, et il a cette façon de se tenir, cette grâce naturelle qui me rappelle les prédateurs que j'ai vus dans les livres.
- Cela fait longtemps que tu... que tu es comme ça ?
- Depuis toujours. C'est héréditaire.
Il s'assoit sur un rocher près du mien, gardant une distance respectueuse.
- Et toi ? Qu'est-ce qui t'amène ici à une heure pareille ?
- Je n'arrivais pas à dormir. Je t'ai vu depuis ma fenêtre. » J'hésite. « Enfin, j'ai vu le loup. Quelque chose m'a poussée à te suivre.
- Tu fais souvent des choses aussi dangereuses ?
Je ris malgré moi.
- Plus souvent que je ne devrais, apparemment. Mon père serait furieux s'il savait que je suis ici.
- Ton père ?
- Tobias Hartwell. Il... il travaille dans la sécurité. Il chasse les animaux dangereux dans la région. » Je vois Kael se raidir. « Quoi ?
- Rien. Continue.
- Il dit toujours que les bois sont dangereux la nuit. Maintenant, je comprends peut-être pourquoi. » Je le regarde intensément. « Il y en a d'autres comme toi ?
Kael hésite.
- Quelques-uns. Nous... nous essayons de rester discrets. De ne pas attirer l'attention.
- Parce que les gens comme mon père vous chassent ?
- Entre autres. » Sa voix se durcit. « Beaucoup d'humains ne comprennent pas. Ils ont peur de ce qui est différent.
- Moi, je n'ai pas peur. » Les mots sortent de ma bouche avant que j'aie pu les retenir. « Je trouve ça... merveilleux.