"Tu ne parles pas de Sophie comme ça," siffla Marc. En un mouvement fulgurant, il se leva et renversa la table basse qui se trouvait entre eux. Les verres et les bouteilles s'écrasèrent sur le sol dans un fracas de verre brisé. La musique sembla s'arrêter. Tout le monde sursauta, le regard fixé sur Marc, dont le corps entier tremblait de rage.
Sophie se leva brusquement, une main sur sa bouche, les yeux écarquillés. "Marc, arrête..." murmura-t-elle. Elle semblait genuinely effrayée.
"Tu te sens bien ?" demanda Marc, se tournant vers elle, sa fureur se transformant en une inquiétude intense. Il ignora complètement le chaos qu'il venait de créer, et Jeanne, qui était assise juste à côté.
Sophie secoua la tête, l'air bouleversé. "Je... je ne me sens pas bien. J'ai besoin de prendre l'air." Elle se dirigea vers la sortie, chancelante.
Marc la suivit immédiatement, sans un regard pour les autres. "Je viens avec toi," dit-il en posant une main protectrice dans son dos.
Ils disparurent dans le couloir, laissant derrière eux une pièce silencieuse et stupéfaite. Les amis de Marc commencèrent à chuchoter entre eux. "Il est dingue quand il s'agit de Sophie," dit l'un. "Je ne l'ai jamais vu comme ça pour une autre fille." Un autre ajouta : "Pauvre Jeanne. Il la traite comme une merde, mais il défend son ex comme un lion."
Jeanne resta assise, immobile, au milieu du désordre. Les mots de ses amis confirmaient ce que son cœur venait de comprendre. La violence de la réaction de Marc n'était pas pour elle. Il ne l'avait jamais défendue. Il l'avait humiliée, salie. Mais une simple question sur Sophie, et il explosait.
Poussée par une curiosité morbide, elle se leva et se dirigea discrètement vers la porte d'entrée. Elle les vit sur le perron, sous la faible lumière du porche. Marc tenait les épaules de Sophie, son expression pleine d'une tendresse et d'une sollicitude qu'il ne lui avait jamais montrées.
"Ça va mieux ?" demandait-il doucement. "Ne fais pas attention à cet idiot. Personne n'a le droit de te faire de la peine."
"Ce n'est rien, Marc," répondit Sophie, mais elle ne le repoussa pas.
Il lui enleva une mèche de cheveux du visage. "Bien sûr que si. Je suis là, d'accord ? Je ne laisserai personne te blesser."
Jeanne sentit une douleur si vive dans sa poitrine qu'elle eut du mal à respirer. C'était donc ça. Il l'aimait encore. Ou peut-être ne l'avait-il jamais cessé. Sa relation avec elle, leur intimité, ses sourires, tout n'était qu'une façade, un décor pour son plan. La vraie pièce se jouait entre lui et Sophie. Et elle n'était qu'un pion sacrifiable.
Elle recula dans l'ombre, sortit son téléphone et composa à nouveau le numéro de son frère.
"Luc ?"
"Jeanne ? Tout va bien ?"
"Non," dit-elle, sa voix étonnamment calme, vidée de toute émotion. "Je veux que tu saches. C'est fini. Définitivement fini entre Marc et moi. Je ne veux plus jamais le revoir."
Elle raccrocha et rentra à l'intérieur pour récupérer ses affaires. Alors qu'elle sortait, elle les vit toujours sur le perron. Sophie semblait avoir un malaise, elle titubait. Marc la rattrapa, l'air paniqué. "On va à l'hôpital," décida-t-il. "Maintenant."
Le lendemain, Jeanne se rendit à l'hôpital pour un rendez-vous de suivi qu'elle avait pris la veille. En attendant dans le couloir, elle vit une silhouette familière sortir d'une chambre. Marc. Il était au téléphone, l'air fatigué mais soulagé. Quelques secondes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit à nouveau et Sophie apparut, soutenue par une infirmière.
Marc se précipita vers elle. Quand il la vit, Jeanne, son visage se crispa. Il s'approcha d'elle, furieux. "Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu la suis ?"
Jeanne le regarda, un calme glacial s'emparant d'elle. Elle sentit la rage monter, une rage froide et tranchante. Elle allait utiliser sa propre méchanceté contre lui.
"Je suis venue voir comment tu allais," dit-elle doucement, en baissant les yeux vers son ventre. "Après hier soir... je voulais être sûre que... notre bébé... n'avait rien." Elle leva les yeux vers lui, laissant une larme couler sur sa joue. "J'ai eu si peur, Marc."
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