Il ne répondit pas tout de suite, continuant de caresser distraitement ses cheveux. Le silence s'étira, et la peur de Jeanne se mua en une panique glaciale.
"Marc ?" insista-t-elle, sa voix tremblant légèrement. "Tu m'avais promis."
Il soupira, un son d'agacement qui brisa net l'intimité du moment. Il repoussa doucement sa tête de sa poitrine et s'assit, le dos contre le mur. "Jeanne, arrête de stresser pour rien. Tout va bien."
"Comment ça, 'rien' ? Ce n'est pas rien, Marc ! Tu sais très bien que je ne prends pas la pilule. Tu avais dit que tu utiliserais un préservatif." Sa voix monta d'un cran, mêlée d'incrédulité et de peur.
Il la regarda avec une expression qu'elle ne lui connaissait pas, un mélange de froideur et de mépris. "Et alors ? Tu vas prendre la pilule du lendemain, et ce sera réglé. Ce n'est pas la fin du monde."
Ses mots la frappèrent. Ce n'était pas seulement le risque physique qu'il ignorait, c'était le mépris total pour sa promesse, pour sa confiance. "Mais pourquoi ? Pourquoi tu as fait ça ?"
"Parce que j'en avais envie comme ça," dit-il nonchalamment en se levant du lit pour chercher ses vêtements. "Arrête de faire un drame."
Le cœur de Jeanne battait à tout rompre. Elle se sentit soudain nauséeuse. Alors qu'il s'habillait, son téléphone, posé sur la table de chevet, s'alluma. Un message d'un de ses amis, Alex. Marc le prit et composa un numéro, tournant le dos à Jeanne. Elle le vit sourire dans le reflet de la fenêtre.
Supposant qu'il appelait Alex, elle se leva pour aller chercher un verre d'eau dans la cuisine, essayant de calmer le tremblement de ses mains. La porte du salon était entrouverte, et elle entendit la voix de Marc, basse et moqueuse.
"Ouais, mec. C'est fait. Elle est en panique totale dans la chambre... Non, bien sûr que non, je n'ai rien mis. C'est exactement ce qu'on avait dit." Il eut un petit rire. "Elle va être complètement à l'ouest pendant les prochains jours. Incapable de se concentrer sur son projet final. C'est parfait. Sophie n'aura plus qu'à récupérer la bourse. Elle me doit une fière chandelle."
Le verre que Jeanne tenait lui glissa des doigts et se brisa sur le carrelage. Le son la sortit de sa torpeur. Chaque mot de Marc résonnait dans sa tête, un écho assourdissant de trahison. Sophie. Sa meilleure amie. La bourse. Son projet. Tout était un mensonge. Une manipulation.
Elle recula dans l'ombre du couloir, son souffle coupé. Ce n'était pas seulement son amour qu'il avait piétiné. C'était son talent, son avenir, son corps. Il l'avait utilisée de la manière la plus intime, la plus cruelle, non pas par désir, mais comme un simple outil dans un plan sordide. La douleur était si intense qu'elle crut défaillir.
Il l'avait utilisée pour ses projets d'architecture, admirant son talent. Il l'avait utilisée pour son affection, se nourrissant de sa dévotion. Il l'avait utilisée pour son corps, comme une arme pour la détruire psychologiquement. Tout en elle hurlait.
Ignorant les morceaux de verre à ses pieds, elle retourna sur la pointe des pieds dans la chambre. Son esprit s'emballa. L'humiliation et la douleur étaient écrasantes, mais une chose était claire : elle devait agir. Maintenant. Elle regarda l'heure sur son téléphone : 1h30 du matin. La pharmacie de garde. Elle devait y aller.
Elle enfila un jean et un sweat-shirt, ses mains tremblant si fort qu'elle avait du mal à fermer la fermeture éclair. Puis, elle attrapa son sac, y jeta son portefeuille et ses clés, et sortit de l'appartement sans un bruit, sans un regard en arrière.
Une fois dans la rue, l'air froid de la nuit lui fouetta le visage. Les larmes qu'elle avait retenues se mirent à couler, chaudes et amères. Mais au milieu de son désespoir, une étincelle de rage prit naissance. Elle ne les laisserait pas gagner.
Elle marcha jusqu'à la pharmacie, avala le comprimé avec une gorgée d'eau, puis s'assit sur un banc public, le corps secoué de sanglots. Quand elle eut fini de pleurer, une décision s'était formée dans son esprit, claire et irrévocable. Elle sortit son téléphone et appela son frère aîné, Luc.
"Luc ? C'est moi. Je suis désolée de t'appeler si tard." Sa voix était rauque.
"Jeanne ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu vas bien ?" La voix inquiète de son frère la réconforta un peu.
"Non. Pas du tout. Mais ça va aller. Dis-moi, l'offre de l'université de New York, elle est toujours valable ?"
Il y eut un silence à l'autre bout du fil. "Oui, je crois. Jusqu'à la fin du mois. Pourquoi ? Jeanne, qu'est-ce que Marc a fait ?"
"Je te raconterai. Mais s'il te plaît, Luc. Peux-tu me prendre un billet d'avion ? Le plus tôt possible. Je veux partir. Je ne peux plus rester ici."
"Bien sûr," répondit-il sans hésiter. "Je m'en occupe tout de suite. Je t'envoie les détails dès que c'est fait. Rentre chez toi et ferme la porte à clé. Je t'appelle demain matin."
"Merci, Luc."
Raccrocher fut comme couper le dernier fil qui la reliait à sa vie d'avant. Elle se leva, le dos droit. La douleur était toujours là, une plaie béante dans sa poitrine, mais maintenant, il y avait aussi une destination. Un plan. Une fuite.
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