Les jours suivants, l'hôpital devint le centre de l'univers pour les trois héritiers. Ils y passaient leurs journées et leurs nuits, choyant Cara, répondant à ses moindres caprices. Juliette l'apprenait par les rumeurs qui couraient dans le cercle de la haute société bordelaise.
Un après-midi, elle dut se rendre à l'hôpital pour un rendez-vous sans rapport avec cette affaire. En passant dans un couloir, elle les vit. Ils entouraient le lit de Cara, qui avait été déplacé sur un balcon pour qu'elle puisse prendre l'air.
Quand Cara l'aperçut, elle se recroquevilla, un air de peur sur le visage.
« Juliette... » murmura-t-elle, comme si elle craignait une réprimande.
Immédiatement, les trois hommes se tournèrent vers Juliette, leurs regards durs et accusateurs.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » lança Alan, protecteur. « Ne vois-tu pas qu'elle a besoin de repos ? Ne viens pas la troubler. »
Juliette les fixa, un par un. « Je suis venue pour un rendez-vous. Et vous ? Vous semblez oublier que vos familles attendent une décision pour un mariage. »
Leurs visages se crispèrent. William, tentant de calmer le jeu, dit d'une voix faussement douce : « Nous savons, Juliette. Mais Cara est notre priorité en ce moment. »
« Votre priorité, » répéta Juliette, une pointe de sarcasme dans la voix. « Je vois. »
Elle les laissa sans un mot de plus, se sentant épuisée par cette comédie. Elle ne voulait plus se battre. Elle avait déjà perdu cette guerre il y a une vie.
Le lendemain, alors qu'elle se promenait dans les jardins du domaine, Cara vint à sa rencontre, boitillant légèrement.
« Juliette, attends, » dit-elle d'une petite voix. « Je suis désolée pour hier. Alan, Robert et William sont juste très protecteurs avec moi. Ils ne voulaient pas être méchants. »
Juliette la regarda sans répondre. Elle connaissait ce jeu. La fausse innocence, la victimisation.
« Je sais que tu dois choisir l'un d'eux, » continua Cara, les larmes aux yeux. « Je ne veux pas être un problème. Je... »
Soudain, Cara trébucha. Elle tomba en avant, directement sur Juliette. L'impact fut violent. Juliette, surprise, perdit l'équilibre et tomba à la renverse, son bras heurtant durement une bordure en pierre. Une douleur fulgurante lui traversa le bras.
Cara, elle, poussa un cri déchirant. Elle s'était blessée à la cheville, la même qui était déjà fragile. Son visage était tordu de douleur.
Avant même que Juliette ait pu se relever, les trois hommes, qui n'étaient jamais très loin, accoururent.
Ils se précipitèrent vers Cara, ignorant complètement Juliette qui gisait au sol, le bras en sang.
« Cara ! Ça va ? » cria Robert, paniqué.
Alan la souleva délicatement dans ses bras. « On t'emmène à l'hôpital, tout de suite ! »
William se tourna brièvement vers Juliette, un éclair de reproche dans les yeux. « Comment as-tu pu la laisser tomber ? »
Puis, il se détourna et suivit les autres, la laissant seule, blessée et abandonnée.
Juliette se releva péniblement, son bras lui faisant un mal terrible. Elle regarda ses mains, couvertes de terre et de sang. À cet instant, la dernière once d'attachement qu'elle pouvait encore ressentir pour eux s'évapora. C'était fini. Définitivement.
Elle se rendit seule à la clinique du domaine pour faire soigner son bras. Le médecin diagnostiqua une fracture. En attendant que le plâtre soit posé, elle entendit des infirmières parler dans le couloir.
« Les trois héritiers sont de retour avec la jeune Brown. Ils sont incroyables. Ils ont même accepté ce mariage arrangé avec Mademoiselle Lloyd juste pour pouvoir rester à Bordeaux et continuer à la protéger. Quel sacrifice ! »
Juliette ferma les yeux. La vérité était encore plus cruelle qu'elle ne l'imaginait. Ils n'avaient jamais eu l'intention de l'épouser par devoir, mais pour Cara. Sa propre existence, son propre mariage, n'étaient qu'un moyen pour eux d'assurer le bien-être de l'autre femme.
Plus tard, ils la trouvèrent dans le salon, son bras dans le plâtre. Ils tentèrent de s'excuser.
« Juliette, désolés, on a paniqué... » commença Robert.
« On ne t'avait pas vue par terre, » ajouta William, maladroitement.
Juliette les coupa. « Peu importe. J'ai quelque chose à vous annoncer. »
Mais avant qu'elle ne puisse parler, le téléphone d'Alan sonna de nouveau. Une urgence. Le rein de Cara, déjà fragile, montrait des signes de défaillance aiguë suite à sa chute.
La panique s'empara à nouveau d'eux. Ils se précipitèrent hors de la pièce, criant après les médecins, blâmant tout le monde pour cette complication.
Juliette resta assise, son plâtre lui semblant soudain très lourd. Le destin semblait s'acharner à lui rejouer la même pièce, encore et encore.