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Il était dans tous ses états devant ce petit bout de femme qui s'entêtait à l'ignorer. Il avait juste envie de la secouer pour qu'elle se reprenne.
De son côté, profitant d'un moment de déconcentration de la part de son époux, Andrea ouvrit subitement le portail. Elle voulut y entrer mais ne sentit plus ses pieds contre le sol. Dylan l'avait soulevée.
-- Non mais tu vas me lâcher là ? cria-t-elle furieuse.
De quel droit osait-il la soulever de cette façon ? Andrea lui tapotait le dos, essayant de l'obliger à la lâcher, mais comprit très vite qu'au contraire, elle se rendait ridicule. Elle cessa donc... Un peu brusquement, elle fut jetée sur le siège arrière d'une voiture.
-- La douceur, ça te dit ?
-- Non, je ne savais même pas que ce mot existait, répondit l'homme en regardant sa femme par le rétroviseur.
Cette dernière se contenta de lever les yeux au ciel.
-- Où est-ce qu'on va ? demanda-t-elle.
-- À ton avis ? Saluer le cadavre de mon grand-père peut-être.
Andrea ne lui répondit pas et se colla contre la vitre. Le bruit du moteur se faisait de plus en plus entendre, mettant ainsi fin au lourd moment de calme qui pesait sur l'atmosphère. Alors que Dylan commençait à s'inquiéter de l'état de la voiture, celle-ci s'arrêta subitement... Il y avait un problème !
-- C'est pas vrai ! cria-t-il.
Il descendit de la voiture sans oublier de condamner les portières pour éviter à sa femme une quelconque tentative de fuite.
Dix minutes qu'il était descendu, mais Andrea ne voyait toujours pas l'état de la voiture s'améliorer.
-- Tu comptes me laisser poireauter ici pendant longtemps ?
-- Ça dépend !
La jeune femme était énervée, elle ne supportait pas vraiment cette position qui lui donnait l'impression d'être en prison.
-- C'est ça, continue de m'énerver et tu verras la tête de ta vitre s'envoler d'ici un instant.
-- Disons que je suis impatient à cette idée, étant donné que cela fait un bon bout de temps que je n'ai pas vu d'action.
-- Fais-moi sortir d'ici !! Cria t-elle à nouveau.
Dylan débloqua la portière et laissa Andrea, rouge de colère, face à lui. Elle voulut le gifler, mais il arrêta sa main en cours de route.
-- La prochaine fois que tu retenteras une telle chose, tu le regretteras, menaça-t-il avant de lâcher la main d'Andrea.
Andrea était ahurie, elle ressentit soudainement que Dylan était un homme sombre rien qu'avec toute la haine et le dégoût qui émanaient de sa voix lors de cette menace. Et s'il était capable de la tuer ?... "Non, Andrea, reprends-toi !" Elle avala difficilement sa salive.
-- Maintenant, rentrons !!
-- Rentrer où ? J'étais chez moi et c'est toi qui m'as envoyée ici, alors gentiment ramène-moi chez moi et ensuite tu pourras "rentrer".
-- Ne sois pas si stupide, nous allons terminer notre cérémonie de mariage. Allez, dépêche-toi, les invités nous attendent, affirma-t-il en la devançant à pied.
Andrea le rejoignit sans faire de scène. La nuit noire lui donnait déjà suffisamment la chair de poule. Elle et Dylan étaient à trois mètres l'un de l'autre, personne n'osait parler.
Les lampadaires du quartier résidentiel pointaient leur nez au fur et à mesure que le jeune couple avançait, tandis que le vent s'amusait à traverser les cheveux crépus de la charmante Marcabeli. Dylan ne regardait pas en arrière pour vérifier si son épouse était là. Il sortit son téléphone qui ne cessait de sonner et décrocha, c'était son père.
-- Allô père... Je suis dehors et elle est avec moi... Dis-leur que nous leur préparons une surprise !
-- Une surprise ? L'interrogea Andrea à peine avait-il raccroché ! Et je peux savoir quelle est cette surprise que nous sommes censés leur montrer ?
-- Eh bien, tu vas te faire passer pour un clown !!
-- Mais ça ne va pas ou quoi chez toi ? rétorqua Andrea, dépassée par cette affirmation.
Dylan se retourna et lui attrapa la main pour la faire avancer plus rapidement.
-- Figure-toi que j'ai toute ma tête, et tu vas te faire passer pour un clown que tu le veuilles ou non !
-- Je refuse, et d'ailleurs, lâche mon bras !
Il lui relâcha le bras et quelques minutes plus tard, ils entrèrent tous deux dans la salle.
Les invités étaient plongés dans différentes discussions, chacun autour d'un plat de riz gras soigneusement décoré de saveurs et de couleurs. L'apparence n'était point meilleure que le goût, ce qui laissa les invités perplexes.
Dylan s'avança sur l'estrade située au centre de la salle, remercia ses parents et beaux-parents ainsi que ses invités.
-- Je tenais vraiment à remercier tous ceux qui ont fait de ce moment un souvenir inoubliable pour moi et ma chère épouse.
Il s'efforçait de moduler sa voix pour que les mots de ce discours, que son père l'avait obligé à apprendre, sonnent le plus sincèrement possible aux oreilles des invités. Il devait faire en sorte que ces mots semblent venir de son cœur. Mais comment ? Son cœur n'éprouvait aucune joie d'avoir épousé cette "Mballa", il n'aimait qu'une seule personne, Rachel.
-- Nous sommes vraiment ravis, poursuivit-il, d'avoir le privilège de vous avoir parmi nous ce soir. Je souhaite à chacun d'entre vous la paix dans votre vie et surtout l'amour, tout comme j'ai trouvé l'amour de ma vie. À ce propos, ma chère épouse souhaite vous montrer quelque chose.
Tous applaudissaient devant ce beau message qu'ils croyaient rempli d'amour et d'attention. Andrea s'avança sur l'estrade, toujours acclamée.
-- Fais ce que je t'ai dit, ça amusera nos invités ! Lui chuchota Dylan.
Elle fit semblant de ne pas entendre et chercha des yeux ses parents. Elle les vit arrêtés à quelques mètres de l'endroit où elle se trouvait.
-- Uhm... mon cœur !
Elle reprit ses esprits et réalisa que c'était Dylan qui jouait la comédie.
"Il veut me ridiculiser, on verra qui perdra", pensa-t-elle.
Elle s'approcha de lui, tituba soudainement et feignit de s'évanouir. La foule s'agita, ce n'était pas bon pour Dylan. Que diraient-ils de lui ? Qu'il avait épousé une femme malade qui ne savait même pas danser la rumba. Dylan la toucha et se rendit compte qu'elle avait fait exprès. Il avait été médecin pendant trois ans avant de prendre les rênes de l'entreprise familiale de textile.
-- Levez-vous, ma bien-aimée. Je sais que vous êtes nerveuse à cause du froid, mais ne vous laissez pas dominer, déclara Dylan en mimant un geste théâtral.
La pression montait pour Andrea alors que tous les regards étaient tournés vers eux... Et si tout le monde pensait que c'était la surprise ? Devrait-elle abandonner ?
-- Oh j'oubliais, attendez-moi un instant, continua Dylan en voyant qu'Andrea ne bougeait pas.
Il enleva sa veste et la lui mit.
Andrea ne se levait toujours pas, alors, pour continuer le jeu, Dylan se mit à pleurer.
-- Vous ne pouvez pas mourir ! Pas maintenant... Je vous aime ! Et si vous m'abandonnez, j'en mourrai. Je vais vous donner un baiser pour vous faire revivre.
Certaines personnes, en particulier les femmes, commencèrent à pleurer devant ce beau spectacle, tandis que d'autres attendaient avec impatience la suite des événements.
Dylan approcha ses lèvres des siennes... "Non, il ne va quand même pas m'embrasser", pensa Andrea. Elle se réveilla doucement en toussant bruyamment pour jouer le jeu du théâtre. Elle regarda autour d'elle.
-- Où suis-je ? Demanda-t-elle faiblement.
-- Dans les bras de votre bien-aimé, et je vous ferai découvrir toutes les horizons de l'amour si vous me le permettez.
-- OUI, je vous le permets, mon bien-aimé !
Les deux étaient impressionnés par l'hypocrisie et le jeu d'acteur de l'autre.
Dylan souleva sa femme. Les acclamations retentirent immédiatement. Il l'emmena dans un couloir et la fit descendre.
-- Tu es fou ou quoi ? Si je ne m'étais pas levée, tu m'aurais embrassée ? Cria Andrea.
Cette fois-ci, c'était elle qui était furieuse. Dylan la regarda fixement.
-- Je suis peut-être fou, mais pas plus que toi. À quoi t'attendais-tu en voulant me ridiculiser ? Que je te laisse faire ? Non, tu te crois maligne, mais tiens-toi tranquille pour ne pas ternir l'image de ma famille. Déjà que tu ne ressembles à rien, j'ai vraiment beaucoup de soucis à me faire !