Le jour où j'ai décroché la deuxième place aux examens blancs, personne au lycée ne m'a félicitée.
Au lieu de ça, la riche et populaire Chloé a jeté un billet de 10 euros froissé à mes pieds, devant tout le monde.
« Tiens, petite banlieusarde, ça devrait payer ton passe Navigo, non ? »
L'humiliation était publique, cuisante.
Pourtant, j'ai ramassé le billet, le visage neutre, les poings serrés dans mes poches.
Plus tard, cachée dans les toilettes, j'ai entendu Chloé dévoiler leur jeu vicieux.
« Le but ? La briser juste avant le bac. Pour qu'elle rate ses examens et son avenir. »
Côme, l'élite du lycée, mon rival académique, allait être leur arme finale.
Je suis rentrée chez moi, le cœur lourd du poids de leur mépris, mais une pensée glaciale commençait à prendre forme.
Ils voulaient me détruire, mais ils venaient de me donner l'opportunité de tout récupérer.
Le jeu avait commencé, mais ce n'était pas le leur.
C'était le mien.
Et Chloé, ma chère demi-sœur qui n' en savait rien, venait de déclencher mon impitoyable vengeance.
Le jour où les résultats du bac blanc ont été affichés, mon nom, Adèle, était deuxième, juste derrière Côme. C'était la première fois que quelqu'un du 93 se classait si haut dans l'histoire de notre prestigieux lycée du 16ème arrondissement.
Pourtant, personne n'est venu me féliciter.
Au lieu de ça, Chloé, la fille la plus populaire du lycée, s'est approchée de moi avec son groupe d'amis. Elle portait une robe de marque que je savais valoir plus que ce que mon père gagne en six mois.
Elle m'a regardée de haut en bas, un sourire méprisant aux lèvres.
« Adèle, deuxième. Pas mal pour une fille de banlieue. »
Ses amis ont ri.
Je n'ai rien dit. J'ai juste rangé mes affaires, prête à partir. Je devais prendre le RER pour rentrer chez moi, un long trajet qui me laissait juste assez de temps pour réviser avant d'aider mon père.
Chloé a fait un pas de plus, bloquant mon chemin.
« Attends. On a quelque chose pour toi. Une récompense. »
Elle a sorti un billet de 10 euros de son sac à main Chanel. Elle l'a froissé et l'a jeté à mes pieds.
« Tiens. Ça devrait te payer ton passe Navigo pour la semaine, non ? »
L'humiliation était publique. Tout le monde nous regardait.
J'ai senti mes joues chauffer, mais j'ai gardé mon visage neutre. Lentement, je me suis baissée et j'ai ramassé le billet. Je l'ai lissé soigneusement et l'ai mis dans ma poche.
« Merci, Chloé. Tu as raison, c'est exactement ce qu'il me fallait. »
Je l'ai regardée droit dans les yeux, sans ciller. Son sourire a vacillé une seconde. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle s'attendait à des larmes, à de la colère. Je ne lui ai rien donné.
Je me suis retournée et je suis partie, la tête haute.
Dans le couloir, j'ai entendu son amie murmurer : « Elle est vraiment sans fierté. Elle ramasse même l'argent par terre. »
Chloé a répondu, sa voix pleine de dégoût.
« C'est une fille des HLM, qu'est-ce que tu crois ? Elle n'a que ça en tête, l'argent. Mais ne t'inquiète pas, on va bien s'amuser avec elle. Le jeu commence à peine. »
J'ai serré les poings dans mes poches.
Elle ne savait pas à quel point elle avait raison.
Le jeu avait commencé. Mais ce n'était pas le sien. C'était le mien.
Et Chloé, ma chère demi-sœur qui ignorait tout de notre lien, venait de me donner la motivation parfaite. Elle ne savait pas que je la regardais depuis des années, que je savais tout sur elle, sur notre mère, la célèbre PDG qui nous avait abandonnées, mon père et moi.
Cette humiliation n'était qu'une étape. Une étape nécessaire pour tout récupérer.
Le lendemain, les tentatives ont commencé. C'était presque comique.
Le premier a été un garçon blond, Antoine, qui a "accidentellement" fait tomber tous ses livres devant moi dans l'escalier.
« Oh, pardon ! Je suis tellement maladroit. Laisse-moi t'aider avec les tiens. »
Il a essayé d'attraper mon sac. Je l'ai retiré d'un geste sec.
« Non merci, je me débrouille. Fais attention à ne pas abîmer tes manuels, ils ont l'air neufs. »
Je l'ai laissé là, à genoux au milieu de ses livres éparpillés.
Le deuxième a essayé une autre tactique. Il a renversé son café sur mon bras à la cafétéria.
« Mon Dieu, je suis désolé ! Laisse-moi nettoyer ça ! »
Il a sorti un mouchoir en tissu brodé de ses initiales. J'ai reculé.
« Pas la peine. L'eau froide suffira. »
Je suis allée aux toilettes, le laissant avec son mouchoir inutile à la main.
Chaque jour, un nouveau prétendant. Une invitation à une fête "exclusive" sur une péniche, une offre pour me raccompagner dans une voiture de sport, une proposition de "tutorat" dans une matière où j'avais de meilleures notes que lui.
Je les rejetais tous, poliment mais fermement. Mon excuse était toujours la même.
« Je suis désolée, je dois réviser pour le concours. Je n'ai pas le temps. »
Je savais tout. La veille, après l'incident du billet de 10 euros, je m'étais cachée dans les toilettes. La porte de la cour était ouverte et leurs voix portaient.
J'ai entendu Chloé expliquer les règles de leur "Jeu de Conquête".
« Le but est simple. On a tiré le nom d'Adèle. L'un de vous doit la séduire, la faire tomber amoureuse. Et juste avant le bac, la veille du premier examen, vous la larguez. Brutalement. Pour la détruire. Pour qu'elle rate ses examens et son avenir. »
Un silence, puis des rires.
« C'est cruel, j'adore ! » a dit une fille.
« Mais qui va s'y coller ? » a demandé un garçon. « Elle n'est pas vraiment notre style. »
« C'est pour ça que c'est un jeu, idiot, » a rétorqué Chloé. « Allez, qui commence ? »
Assise sur la cuvette des toilettes, j'ai souri. Ils étaient si prévisibles. Si stupides. Ils pensaient me détruire, mais ils allaient me donner exactement ce dont j'avais besoin.
Un accès à leur monde. Un accès à leurs ressources.
Je devais juste attendre le bon joueur. Pas ces amateurs. Je devais attendre leur chef.
Côme.