Quand vient l'amour 4
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Chapitre 5 Chapitre 5

Hardin Landon secoue son bonnet et pose son parapluie fermé contre le mur d'un geste ostentatoire. Pour me faire remarquer l'effort que ça lui demande de venir m'aider. D'un air à la fois suffisant et inquiet, il inspecte mon torse nu. – Alors, c'est quoi l'urgence pour que tu me fasses venir par ce temps de chien ? Tu sais, le truc qui ne pouvait pas attendre et pour lequel, moi, je me suis habillé et je suis venu en courant. Qu'est-ce qui se passe ? De la main, je lui montre Richard étalé sur le canapé, endormi. – Lui. Landon se penche de côté pour le regarder.

– Qui c'est ? Puis il se redresse et me regarde, bouche bée. – Attends... c'est le père de Tessa, c'est ça ? – Non, c'est un putain de SDF que j'ai invité à dormir chez moi. C'est la nouvelle mode chez les bobos. Il ne relève pas mon sarcasme. – Qu'est-ce qu'il fait là ? Tessa est au courant ? – Oui, elle est au courant. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'il est en sevrage depuis cinq jours et qu'il vomit partout dans l'appart. Richard grogne dans son sommeil. J'attrape Landon par la manche de sa chemise à carreaux et l'entraîne dans le couloir. Mon demi-frère est visiblement un peu dépassé par les événements. – Sevrage ? Tu veux dire, de drogue ? – Oui, et d'alcool. Il semble évaluer la situation, puis il me regarde en haussant les sourcils. – Il n'a pas encore trouvé tes bouteilles ? Ou alors il a déjà tout vidé ? – Je n'ai plus d'alcool ici, abruti. Il regarde le type endormi, vautré sur mon canapé. – Je ne vois toujours pas ce que je viens faire là-dedans. – Tu vas jouer les baby-sitters. Il recule brutalement. – Ça va pas ? Il a essayé de parler à voix basse, mais le résultat ressemble plutôt à un cri, étouffé. Je lui tape sur l'épaule. – Cool, mec. C'est juste pour une nuit. – Hors de question ! Je ne le connais même pas. – Moi non plus. – Tu le connais mieux que moi. Il pourrait devenir ton beau-père, un jour, si t'étais pas aussi con. La phrase de Landon me frappe plus que ça devrait. Beau-père ? Le titre fait un peu ringard quand je le répète... en regardant ce spécimen humain répugnant étalé sur mon canapé. – Il faut que j'aille la voir. – Qui...Tess ? – Oui, Tes-sa. Qui d'autre ? Landon commence à jouer avec ses doigts comme un enfant inquiet. – Et pourquoi elle ne viendrait pas, elle ? Ça ne me semble pas être une bonne idée de rester avec lui. – Fais pas ton dégonflé, il n'est pas dangereux ! Tout ce que tu auras à faire, c'est l'empêcher de sortir de cet appartement. – On dirait que tu parles d'un chien... Agacé, je me masse les tempes. – Ce n'est pas si loin de la vérité. Alors, je peux compter sur toi ou pas ? Il me lance un regard assassin. – Fais-le pour Tessa. C'est un coup bas, mais je sais que ça va marcher. Au bout d'une seconde, il craque et hoche la tête. – Une nuit, pas plus. Je me tourne pour qu'il ne voie pas mon sourire. Je ne sais pas comment Tessa va prendre le fait que je ne respecte pas notre accord de « mettre de la distance entre nous », mais c'est juste pour une nuit. Une petite nuit avec elle, c'est ce dont j'ai besoin, là tout de suite. J'ai besoin d'elle. Le téléphone et les textos, ça va deux minutes. Après ce cauchemar, il faut, plus que tout, que je la voie. Je dois vérifier que son corps ne garde aucune trace de quelqu'un d'autre que moi. – Elle sait que tu viens ? Landon me suit dans la chambre pendant que je fouille dans le tas de vêtements sur le sol à la recherche d'un t-shirt. – Elle le saura quand j'arriverai. – Elle m'a raconté pour vous deux au téléphone. Vraiment ? C'est pas son genre. – Qu'est-ce qui lui a pris de te raconter qu'on prend notre pied au téléphone... ? Landon écarquille les yeux. – Oh ! Quoi ? Quoi ? Je n'ai pas... oh sérieux ! Il essaie de se boucher les oreilles, mais c'est trop tard. Ses joues deviennent cramoisies et mon rire emplit la chambre. Je souris en repensant avec plaisir aux gémissements que j'entendais au téléphone. – Tu devrais être plus précis quand tu parles de Tessa et moi, tu ne le sais pas encore ? – Maintenant, si. Je voulais dire que vous vous êtes beaucoup parlé au téléphone dernièrement. – Et... ? – Tu as l'impression qu'elle est heureuse ? Mon sourire s'envole. – Pourquoi tu demandes ça ? L'inquiétude se lit sur son visage. – Juste pour savoir. Je m'inquiète un peu pour elle. Elle n'a pas l'air aussi contente et enthousiaste d'être à Seattle que je le pensais. Je me passe la main sur la nuque – Je ne sais pas trop. C'est vrai qu'elle n'a pas l'air si heureuse que ça, mais je ne sais pas si c'est à cause de moi ou si elle n'aime pas Seattle autant qu'elle l'avait imaginé. – J'espère que c'est la première possibilité. J'ai envie qu'elle soit heureuse là-bas. – Moi aussi, d'une certaine manière. Landon donne un coup de pied dans un jean noir qui traîne par terre. – Hé ! j'allais le mettre. Je me baisse pour le ramasser. – Tu n'as pas de vêtements propres à te mettre ? – Pas pour l'instant. – Tu as fait une lessive au moins, depuis qu'elle est partie ? – Oui... Je mens. – Euh... c'est de la moutarde ? Il montre du doigt la tache sur mon t-shirt noir. – Et merde ! Je le retire et le balance par terre. – Je n'ai rien à me foutre. Je tire le dernier tiroir de la commode et pousse un soupir de soulagement en y découvrant une pile de t-shirts noirs propres au fond. – Et celui-ci ? Landon me désigne un jean bleu foncé accroché dans le dressing. – Non. – Pourquoi pas ? Tu ne mets que des jeans noirs. – Exactement. – Eh bien, il semble que tu n'aies qu'un seul jean noir et il est sale, donc... – J'en ai cinq, tous parfaitement identiques. Je passe le bras devant lui pour attraper le jean bleu sur le cintre. Je déteste ce truc. C'est ma mère qui me l'a offert à Noël, et j'avais juré de ne jamais le porter. – Il est pas un peu... serré ? Landon se mord les lèvres pour ne pas rire. – Va te faire foutre ! Je fourre les affaires dans mon sac. Vingt minutes plus tard, nous sommes de retour dans le salon, et Richard dort toujours. Landon continue à lancer des remarques énervantes sur mon putain de jean trop serré, mais je suis prêt à partir pour Seattle rejoindre Tessa. – Qu'est-ce que je fais quand il se réveille ? – Ce que tu veux. Ça serait assez drôle de le faire tourner en bourrique un moment. Tu pourrais te faire passer pour moi, ou faire comme si tu ne savais pas ce qu'il fait là. Il serait complètement paumé. Je ris, mais Landon ne trouve pas ça drôle. Il me fiche dehors. – Conduis prudemment, les routes sont glissantes. – T'en fais pas. Je passe mon sac sur mon épaule et m'empresse de partir avant qu'il ne trouve un autre truc à l'eau de rose à me dire. Je ne peux pas m'empêcher de repenser à mon cauchemar, et ça pendant tout le trajet. Il était si clair, si réel. Tessa gémissait le nom de ce connard. Je pouvais même entendre ses ongles courir sur sa peau. Je hausse le son de la radio pour faite taire mes pensées, mais ça ne fonctionne pas. Alors je décide de penser à elle, de me souvenir des moments passés ensemble pour barrer les images qui me hantent. Sinon, ça va être le trajet le plus long de toute ma vie. – Regarde comme ils sont mignons, ces bébés. Avec un petit cri d'extase, Tessa m'a montré un régiment de petits êtres qui se tortillaient. Enfin, ils n'étaient que deux en réalité. Mais quand même. – Ouais, ouais, trop mignons. J'ai levé les yeux au ciel et l'ai entraînée dans le magasin. – Ils ont même des petits rubans assortis dans les cheveux. Elle a fait ces petits bruits bizarres et haut perchés que font les femmes quand elles sont avec des petits enfants et que leurs hormones se réveillent. – Ouais. Je l'ai suivie dans une allée étroite chez Conner. Elle cherchait un fromage précis dont elle avait besoin pour une recette pour le dîner. Mais les bébés occupaient tout son esprit. – Reconnais qu'ils étaient mignons. Elle m'a regardé avec un sourire radieux et j'ai secoué la tête pour l'embêter. – Allez, Hardin, tu sais qu'ils étaient mignons, alors dis-le. – Ils. Étaient. Mignons. Elle a pris un air pincé, se croisant les bras sur la poitrine comme une petite fille capricieuse. – Tu vas finir comme ces gens qui trouvent que seuls leurs propres enfants sont mignons. J'ai lu sur son visage une soudaine prise de conscience qui a fait disparaître son sourire. – Enfin, si jamais tu veux des enfants. Son air triste m'a donné envie de l'embrasser pour la consoler. – Oui, peut-être. Mais en fait, j'en veux pas. Je voulais lui faire entrer cette idée dans la tête une fois pour toutes. – Je sais... Juste après, elle a trouvé le fromage qu'elle voulait absolument et l'a laissé tomber dans son panier. Son sourire n'est pas réapparu tout le temps où nous avons fait la queue à la caisse. Je l'ai regardée et lui ai donné un petit coup de coude. – Hé ! Quand elle a levé les yeux, ils étaient voilés, elle attendait visiblement que je dise quelque chose. – Je sais que nous nous sommes mis d'accord pour ne plus parler d'enfants... Elle a gardé les yeux baissés. – Hé... J'ai posé le panier par terre. – Regarde-moi. J'ai pris son visage dans mes mains et appuyé mon front contre le sien. – Tout va bien. Je ne pensais pas vraiment ce que j'ai dit. Elle a haussé les épaules. Je l'ai observée, elle parcourait le magasin du regard et j'ai bien vu qu'elle se demandait pourquoi je la touchais comme ça en public. – Bon, alors, mettons-nous d'accord une bonne fois pour toutes pour ne plus aborder le sujet des enfants. Puisque c'est un sujet de discorde entre nous. Je lui ai donné un petit baiser, suivi d'un second. Mes lèvres se sont attardées un moment sur les siennes et elle a enfoncé les mains dans les poches de mon blouson. – Je t'aime, Hardin. Gloria la Ronchon, la caissière dont nous nous étions moqués plus d'une fois, s'est éclairci la voix. – Je t'aime, Tess, et je t'aimerai suffisamment pour que tu n'aies pas besoin d'enfants, je te le promets. Elle s'est détournée pour dissimuler sa contrariété, je le sais. Mais à ce moment-là, je m'en fichais, parce que je pensais que la question était réglée et que j'avais obtenu ce que je voulais. Sur la route, une question me vient à l'esprit : y a-t-il eu un seul moment dans ma vie où je n'ai pas été un connard égoïste ?

                         

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