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Pdv Clarisse:
Je sens que ça ne va pas. Il y a encore quelques minutes, je menais une existence plus ou moins normale avec mes amis. Marc n'est pas venu au rendez-vous. C'est la première fois donc ce n'est pas grave, mais il n'est pas au lycée non plus, et je sens que quelque chose n'est pas normal. Soudain, mon portable vibre :
De Marc 🥰 à Moi à 8h12 :
Écoute Clarisse, je crois qu'il faut qu'on parle sérieusement tous les deux. Rejoins moi aux casiers à la récré.
En lisant ces mots, je me mets à trembler.
- Qu'est-ce qu'il y a ? me demande Alyssa, inquiète de ma soudaine agitation.
Je ne réponds pas, trop chamboulée et lui donne mon portable. Elle lit le message avec Thomas.
- C'est peut-être pas ce que tu crois, Clarisse, tente de me rassurer Thomas, sans succès.
Si.
C'est exactement ce que je crois. Au fond de moi, je sais qu'il y a un problème dans notre relation, sans doute le fait que je sois déprimée en ce moment, mais on s'aime !
Il m'a dit qu'il m'aimait, bordel, il me l'a dit. Marc est tout pour moi. Il est la bouée à laquelle je m'accroche pour survivre dans l'océan qu'est la vie. Sans lui je me noierais.
Bien sûr, il y a Aly, mais ce n'est pas la même chose. Elle, elle m'apprécie. Marc, lui, il m'aime. Nuance. Et puis il y a Thomas. Lui c'est un cas spécial, je ne peux pas le cerner.
La sonnerie annonçant le début des cours retentit, m'arrachant aux sombres pensées qui font partie de moi, maintenant. Je suis en silence Aly et Thomas jusqu'à la salle, et leur souris faussement lorsqu'ils tournent la tête vers moi. Sourire... Cela fait plus d'un an que Marc est la seule personne qui réussit a me faire vraiment sourire. J'ai BESOIN de lui pour vivre...
Notre prof principal est vraiment moche. Il a la quarantaine et à déjà une calvitie et des cheveux blancs. Beurk.
Le prof nous fait le discours habituel sur les règles de classe et tout ce qui va avec. On dirait qu'ils aiment perdre leur temps à nous répéter des règles que personne n'écoute et ne respecte.
Bref, je n'écoute rien de ce qu'il raconte et attend en stressant la fin du cours. Ça me parait à la fois interminable et beaucoup trop court. Lorsque cette foutue sonnerie se fait enfin entendre, je cours presque jusqu'à mon casier. Je ne sais pas pourquoi je me dépêche autant : je sais ce qu'il va me dire et je sais que ça ne va pas me plaire. Mais c'est plus fort que moi. J'aime tellement Marc, il m'attire comme un aimant.
J'arrive au niveau de mon casier. Je balance mes cahiers dedans sans aucune délicatesse et cherche le visage de Marc. Je pourrais le reconnaître n'importe où. Puis je le vois enfin, qui arrive en souriant et rigolant avec ses amis. Marc fait parti des mecs populaires qui se font respecter partout. Je suis son opposée totale et c'est ce qui nous lie. Je suis blonde aux yeux vert et lui a les cheveux noirs tout comme ses yeux. Je suis dépressive et timide alors qu'il est plein de vie et populaire.
Il ne m'a pas encore remarquée.
Toujours pas.
Enfin ! Il tourne sa tête dans ma direction et perd aussitôt son sourire, bien vite remplacé par une expression agacée, comme si c'était moi qui l'avait obligé à venir et non l'inverse. Il s'approche tout doucement de moi.
Un pas.
Un autre.
Encore un.
Jusqu'à être arrivé à ma hauteur. A ce moment, il fait presque peur et je me dis que j'aurais du attendre mes amis. Trop tard.
- Clarisse... commence-t-il en parlant fort et en articulant chaque syllabe de mon nom de manière très énervante.
Les gens commencent à venir par groupe pour assister à notre discussion, certains en ricanant, d'autres avec un air désolé. Décidément, je regrette de plus en plus d'avoir accepté. Mais je suis là donc...
- Bonjour Marc, je lui réponds d'un air neutre.
- Je te quitte.
Il m'a dit ça avec une telle simplicité, comme on se débarrasse d'un objet cassé, dont on ne veut plus. Ça m'a blessée. Plus que je ne voudrais l'admettre. Je savais que ce moment allait arriver un jour ou l'autre, aussi, je m'étais préparée.
Pas assez, visiblement. Il se mit à rire en voyant ma tête, mais je m'en fichais.
- Pourquoi ? est la seule chose que je lui demande.
- Réfléchis deux secondes! s'écrie-t-il brusquement, je suis populaire ! Je peux avoir toutes les filles que je veux ! Je ne t'ai jamais aimée, Clarisse, c'était juste un gage ! Juste un putain de gage ! Personne ne t'a jamais aimée ! PERSONNE ! Tu es dépressive, meuf, qui voudrait une copine dépressive ? Personne ! Si tu étais belle à la rigueur, je comprendrais, mais tu ne l'est pas. Tu n'es rien, Clarisse ! Tu n'es personne !
Et sur ces paroles, il tourne les talons avec le sourire aux lèvres, laissant mon cœur et mon âme complètements brisés.
Avant, j'essayais de sourire pour les autres. Maintenant, ça n'en vaut plus la peine. La vie n'est, au final, qu'une échelle sur laquelle on monte. Plus on est heureux, plus on monte haut. Mais cela ne sert qu'à se faire plus mal lorsqu'on tombe. Les blessures sont presque toujours possible à guérir. Moi j'étais montée trop haut. Je ne pouvais pas guérir. Jamais. Mon père m'avait détruite mais Marc m'avait aidée. Maintenant qu'il n'était plus là, rien ne pouvait m'empêcher de sombrer. De toute façon, j'étais déjà condamnée.
Je me laisse glisser au sol et me mets à pleurer toutes mes émotions, mon ressenti, ma tristesse, ma vie. J'enfouis ma tête dans mes mains et les paroles de Marc me reviennent à l'esprit.
Personne ne t'a jamais aimée !
Il a raison, je ne suis qu'une source de problèmes pour les gens qui m'entourent. Ma mère ne m'a jamais aimée. Elle ne venait pas me faire un bisou le soir, pour me souhaiter bonne nuit. Ma sœur est morte à cause de mon père. Mon père...
Tu n'es rien, Clarisse ! Tu n'es personne !
Il avait encore raison. Il avait raison sur toute la ligne. Je ne suis personne. Mon père me disait souvent la même chose. Tout se rapporte à lui, on dirait. Tout est de sa faute. Je commence a voir trouble. Ma vision se réduit et je m'écroule au sol. Puis le noir complet.