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Juste après l'entretien avec mon parrain, je sors de son bureau accompagnée d'Olive. Je n'arrive toujours pas à digérer l'annonce qu'il vient de me faire. Moi qui pensais qu'il tenait à moi, j'avais sûrement tort. Je traîne lentement des pieds entre les couloirs du building, absente et perdue dans mes pensées je n'entends pas ce que ma meilleure amie me dit.
_Sérieusement Kiera, tu as de la chance de travailler avec eux, dis toi que tu découvriras un autre monde.
Je la guette du regard, persuadée qu'elle ne croit à aucun de ses mots prononcés à l'instant. Mon hypothèse se confirme lorsque ses lèvres s'étirent dans un sourire pincé.
_Tu es définitivement mauvaise actrice Olive. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, mon boulot est censé nuire à ce genre de personne et ne pas faire équipe avec eux.
Olive lâche un soupir de désespoir et dépose presque immédiatement son index sur ma bouche m'obligeant à ne pas parler davantage.
_C'est mort t'oublie toutes formes de mots grossiers ou de méfiance envers eux c'est clair ? Le patron sait ce qu'il fait. Dit-elle d'air sérieux.
_Je te promets rien. Répondis en enlevant sa main de ma bouche.
Nous continuons à avancer jusqu'aux portes de l'ascenseur, dans un léger ding, la cabine s'ouvre et nous entrons sans attendre. J'enclenche le bouton du rez-de-chaussée, le regard rivé sur les portes qui se ferment.
_Sinon, j'ai faim pas toi ? On mange dehors aujourd'hui ?
_Tu veux qu'on aille manger au Subway ?
_Oh mon Dieu, tu lis dans mes pensées. Dit-elle en penchant sa tête en arrière dans un râle.
Le taxi nous dépose devant le fast-food. Olive déteste les transports peu importe où elle ira, elle prendra toujours la voiture. Une question de gens bizarres et d'hygiène. Nous franchissons les portes du restaurant, alors qu'une queue de dix bonnes minutes nous attend. Ma meilleure amie, murmure dans sa barbe l'assortiment qu'elle mettrait dans son futur sandwich tandis que j'observe les autres clients autour de nous. Un groupe de jeunes étudiants, une famille, un couple, un mec pressé et un autre couple. Du coin de l'œil, je remarque un jeune homme habillé tout en noir y compris son masque à l'exception qu'il porte une casquette rouge.
Je ne fais pas plus attention à lui quand nous arrivons enfin au comptoir pour passer notre commande. Finalement nous marchons à une allure tranquille jusqu'à l'entreprise, je me moque d'Olive qui ne cesse de se masser le ventre.
_Je t'avais dit que ce n'était pas une bonne idée tout ce mélange.
_Kiera, ce délicieux sandwich est comme mon ex, bon au début et toxique à la fin.
Je continue de rire d'elle alors que nous arrivons devant notre taxi. Jusqu'à ce que je me rende compte d'avoir oublié de tamponner ma carte de fidélité, je suis au dernier tampon de recevoir un sandwich gratuit à ma prochaine commande, je peux pas laisser cette chance me passer sous le nez. Donc je fais vite demi tour, pour rejoindre le plus vite possible le Subway.
En ressortant de celui-ci, un sourire de fierté se dessine sur mon visage, je range précieusement ma carte tamponnée dans l'intérieur dans mon sac. Je marche à nouveau jusqu'au taxi qui m'attend, sauf que j'ai un mauvais pressentiment. L'avantage d'avoir suivi un entraînement en tant qu'agent c'est d'avoir appris à se servir de son sixième sens, une discipline qui vous sauvera la vie plus d'une fois. Je me tourne mais je ne remarque personne qui me paraît suspecte. Je réessaye une deuxième fois quand ce sentiment resurgit mais toujours rien. Je deviens folle.
Je me retourne quand une personne me bouscule, se dépêchant d'aller je ne sais où, et remarque cet homme. Une casquette rouge. C'est lui, je calme mon rythme cardiaque quand je remarque qu'il commence à accélérer le pas jusqu'à moi. Je me mets subitement à courir, j'entends les battements de mon cœur retentir dans mes oreilles alors que je me fraie un chemin entre les passants. Je ne fais pas attention où je mets les pieds, qu'il me suffit d'une seule seconde pour percuter quelqu'un et atterrir les fesses en premières sur le sol. Je lève la tête puis rencontre deux pupilles profondément noires ou peut-être c'est qu'il est à contre jour. Il ne me quitte pas des yeux avant de me tendre la main pour m'aider à me relever. J'ai comme une impression de déjà-vu dans son regard.
_Vous allez bien ?
Je sors de mes pensées et dépoussière l'arrière de mon jean.
_C'est-à-dire que...
Soudain je me rappelle que j'étais suivie, "était" parce que l'homme qui me pourchassait n'est plus dans mon champ de vision, je me retourne donc vers l'inconnu.
_Oui, je vais bien merci. Lui dis-je accompagné d'un fin sourire
Je ne l'ai pas remarqué tout de suite mais cet homme est habillé tout en noir, je peux voir son visage qui me dis vaguement quelque chose, seulement je ne me rappelle plus lequel.
_Bon, ce n'est pas tout mais je dois partir au revoir.
Je ne lui laisse pas le temps de me répondre que je reprends mon chemin vers l'endroit où le taxi m'attend toujours, je m'empresse d'accélérer le pas, le laissant tout seul au milieu de cette foule de personnes. Plusieurs minutes sont passées depuis que Olive et moi sommes assises l'une en face de l'autre sur des fauteuils à l'écart de la réception.
_Putain meuf, tu te rends compte que ça aurait pu être l'amour de ta vie ?!
_Je ne suis pas sûr de comprendre. Lui demandai-je en la regardant en levant un sourcil.
_Tu viens de réaliser le rêve de toutes les jeunes filles. Je t'envie j'aurais aimé rencontrer mon âme sœur de cette façon.
_Ne raconte pas n'importe quoi, de plus tu oublies le mec qui m'a fait rencontrer mon « âme sœur » ? J'insiste en formant des guillemets avec mes doigts.
Depuis mon retour jusqu'à la voiture, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'à ça. C'est comme même étrange de vouloir suivre quelqu'un après l'avoir aperçu dans un restaurant. Après tout, ce n'est pas anodin ce genre de situation, beaucoup de femmes se font agresser par le même type d'homme. Et ça m'effraie légèrement de penser si les circonstances auront été différentes de savoir ce qu'il aurait pu m'arriver.
_Tu n'as pas vu son visage ?
_Non, il portait un masque, impossible de voir quoique ce soit et je pensais qu'il était un simple client jusqu'à qu'il décide de jouer au chat et à la souris avec moi.
_Pour l'instant concentre toi sur ta nouvelle mission, j'ai un truc à te dire de la part de Monsieur Shin, la soirée aura lieu demain soir. Je t'envoie l'adresse et je suis chargé de te préparer. Dit-elle d'une voix enjouée.
_Super, j'ai hâte de découvrir mes nouveaux partenaires. Répondis sur un ton sarcastique.
_Mettez un peu plus de joie mademoiselle Johnson.
_Génial ! Dis-je en forçant un sourire.
Plus tard après avoir mis fin à notre discussion, je n'étais presque pas occupée durant le reste de la journée. J'essayais de mon mieux de m'occuper l'esprit sans n'avoir à penser par aucun homme, ni celui qui me pourchassait ou celui que j'avais rencontré plus tôt avec ce regard magnétique et encore moins à ces membres de délinquants qui seront dans quelques heures mes partenaires de mission. Néanmoins, ça ne m'empêchait pas d'être rentré à une heure tardive.
J'étais dans ma chambre en train de dormir quand ma mère entra dans ma chambre en furie, je me réveilla et l'a regarde elle me dit de rester sagement dans mon lit et de ne surtout pas sortir avant qu'un certain mr Shin vienne me chercher, je lui réponds positivement de la tête elle me dit qu'elle aime et m'embrassa le haut du front avant de repartir. Après quelque instant j'entendis des coups de feu et des pleurs qui prévenait de ma mère qui criait le nom de mon père puis soudain un autre coup de feu retentit et enfin plus rien. Je restai là en pleurs et en tremblant en imaginant le pire soudain la porte s'ouvrit et un homme fit son entrée, il me dit qu'il s'appelait mr Shin et que je devais le suivre.
Cette nuit j'étais dans ma chambre, je n'arrivais pas à dormir, donc je regardais mon plafond blanc attendant que le sommeil vienne à moi. Il était presque une heure du matin lorsque j'entendis enfin mes parents franchir la porte d'entrée. J'étais trop jeune restée seule alors j'avais une baby-sitter car mes parents travaillaient énormément, c'était à peine si je me réveillais en leur présence. Alors que la porte de ma chambre s'ouvrît sur ma mère, dans la pénombre de la pièce elle avançait jusqu'à moi, elle se baissait les genoux au sol en face de mon lit puis me caressa les cheveux.
_Alors, tu ne dors pas petit ange ?
_Je vous attendais.
Elle me sourit légèrement, continuant son doux mouvement dans mes cheveux. Elle était tellement belle et forte, c'est ce que j'admirais chez ma mère, plus tard je rêvais d'être pareil qu'elle.
_J'aimerais avoir plus de temps avec toi. Demain je serais à la maison dès que tu rentres de l'école. Je t'aime Kiera.
_Je t'aime aussi maman.
C'était peut-être étrange mais j'ai cru entendre un sanglot lorsqu'elle posa ses lèvres sur mon front pour me souhaiter une bonne nuit. J'étais bien trop jeune pour comprendre, et je continue à l'ignorer. Enfant, j'étais bien trop naïve pour me douter de quoique ce soit, je n'avais aucune idée que ce serait le dernier soir que je les verrais.
Le jour suivant, en pleine soirée d'hiver, j'étais rentré des cours accompagné comme à son habitude de ma baby-sitter. C'était une jeune étudiante, comme bien d'autres de son genre, elle avait besoin d'argent pour financer ses études. Mais comme je vous l'avais dit plutôt, j'étais qu'une enfant, je n'avais aucune idée de ce qu'étaient ces choses donc me demandait pas de me rappeler de son prénom car ça fait déjà des lustres que je l'ai oublié.
Ce jour-ci, bien sûr que je l'avais attendu comme si c'était noël, je n'arrivais pas à décrocher mes yeux de horloge accrochée au haut du tableau. Mais imaginez ma surprise lorsque je vis des hommes en costume noir placé derrière mon parain nerveusement entrain de faire les cent pas dans le salon.
_Tonton Shin !
Je courais jusqu'à ses bras et il me rattrapa au vol, je serrais mes petit bras autour de son cou. Il me rendit mon étreinte puis m'embrassa sur la tempe. Un sourire de joie se dessinait sur mes lèvres.
_Où sont maman et papa ?
Une odeur étrange, c'était horrible.
_Ecoute Kiera, tu vas venir habiter chez tonton un moment. Disait-il me reposant à terre.
J'avais un mauvais pressentiment, le pire qui soit. Pourquoi cette odeur était de plus en plus forte ? Comme si mon instinct, me retenait à me retourner, ma curiosité d'enfant succomba à la tentation. Je n'aurais pas dû. Le cris de ma baby-sitter me transperçait les poumons, je manquais d'air. Sa main ensanglantée dépassait du sac blanc, je m'approchais et tendais ma main pour attraper celle-ci malgré que je pouvais m'évanouir à tout moment.
_Maman ?
Je n'avais jamais ressenti une si horrible douleur physique sans avoir été touché de ma vie. J'étais jeune, beaucoup trop jeune pour vivre ce cauchemar. Je relevais les deux draps qui les couvraient, j'avais de l'espoir mais c'était bel et bien mes parents. Je m'arrêtais un instant pour regarder leurs visages sans vie. Je caressais la joue de mon père mais elle était congelée, depuis combien de temps étaient-ils morts ?
Je m'effondrai soudainement sur mes genoux, j'en avais beaucoup trop vu, je pleurais jusqu'à n'en plus pouvoir. Mes cris de douleur résonnaient dans la maison, je me sentais si seule si brusquement. J'étais en colère, triste, beaucoup trop d'émotions se mélangeaient en même temps. Mon parrain souleva mon faible corps pour me faire sortir le plus vite possible de ce cauchemar mais je me débattais pour rester auprès de mes parents, je le frappais, je lui hurlais dessus et me secouait dans tous les sens pour me libérer.
_MAMAN ! PAPA ! JE VEUX RESTER !
Je me réveille en sursaut en en sueur et la respiration haletante, au même moment que la porte s'ouvre sur ma meilleure amie, l'expression inquiète. Sans réellement réfléchir, elle me prit immédiatement dans ses bras. C'est alors que je me mets à pleurer dans ses bras réconfortants. Je ne me souviens pas de la mort de mes parents et encore moins de comment les choses s'étaient déroulées lorsqu'on les avait retrouvées. C'était alors plus horrible de revivre ce moment que j'avais étrangement oublié. Comment ai-je pu oublié tout cela ?
Les rues de Séoul le jour sont belles mais la nuit elles sont magnifiques, assise à l'arrière de la voiture, j'observe les lumières du soir défiler devant mes yeux, j'apprécie un instant la musique en arrière plan en fermant les yeux. Très vite, la voiture s'arrête et le chauffeur tel un gentleman m'ouvre la portière puis m'offre sa main pour m'aider à descendre, je me redresse sur mes talons et ajuste le bas de ma robe. Je mentirais si je disais que je n'ai pas une tonne de vêtements que je porte une fois par an, alors c'était l'occasion d'en sortir une de mon placard.
Je m'avance d'une démarche assuré jusqu'au haut des escaliers, deux hommes habillé en costume noir m'attend devant l'entrée, je regarde celui à ma droite puis esquise un sourire avant de lui donner mon invitation.
_Vous êtes magnifique dans cette robe, passez une bonne soirée.
_Un comba total noir est toujours l'idéal.
Je lui adresse un clin d'œil avant de laisser mon parfum arriver jusqu'à ses narines par mon passage. L'intérieur est l'une des plus chic que je n'ai vu jusqu'à présent, le lustre en diamant juste au-dessus de nos têtes, illumine dans une ambiance légèrement tamisée la salle. Les invités conviés ne manquent pas de sentir le luxe à des mètres. J'observe l'espace d'un regard attentif, je n'ai jamais rencontré auparavant les visages des garçons avec lesquels je dois faire équipe.
Je m'approche du bar non loin de l'entrée par laquelle je suis arrivée, un homme au dos séduisant est déjà assis, donc c'est tout naturellement pour occuper mon ennui que je m'assois sur la chaise à côté de la sienne. Il ne bronche pas, un verre de whisky à la main je remarque qu'il possède une main tatouée, il est également soigneusement coiffé, mes yeux sont attirés par son visage, mais en plus d'avoir des tatouages, il a aussi des piercings. Une à la lèvres et l'autre à l'arcade sourcilière.
_Je vous sert quelque chose mademoiselle ?
_La même chose que monsieur.
Je fis un coup d'œil à l'élégant homme à mes côtés, interpellé par ma voix, celui-ci lève son regard jusqu'au mien. C'est alors que je fais à nouveau la rencontre de même yeux magnétique que j'ai bousculé quelques jours plus tôt. Comme assumé par l'expression de surprise qui se dessine sur mon visage, ses lèvres s'étirent dans un sourire narquois.
_Comme on se retrouve, mademoiselle Kiera Johnson.
À suivre...