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Chapitre 2 Chapitre 2

La nuit s'étire comme une coulée d'encre effacée par endroits, et je sens mon souffle revenir par saccades, trop rapide pour être véritablement mien. Lorsque je me réveille aux contours du monde, assise sur un banc anonyme, rien ne me dit depuis combien de minutes – ou d'éternités – j'y agonise. Le métal froid du siège mord ma peau à travers le tissu léger, mais la douleur physique n'est qu'un bruit de fond.

La vraie morsure, celle qui pulse encore sous mes côtes, ne se voit pas : elle se mange en silence, elle consume avec une lenteur sadique, et elle porte un nom que je n'ose plus prononcer intérieurement.

Je me force à me redresser. Mes jambes, perfidement fidèles, obéissent d'abord comme si je n'avais rien senti, avant de commencer leur danse tremblante de trahison et d'épuisement. Le trottoir sous mes pieds semble flotter, trop loin, trop mouvant, hostile comme un décor qui attend ma chute. J'aurais voulu m'effacer dans la pénombre, me dissoudre dans les sons d'une ville qui ne m'a jamais adoptée. Mais à chaque battement, mon corps me dit que je suis encore solide, encore contrainte d'exister, et que cette fois au moins, je dois m'éloigner du lieu du crime intime. L'appartement où reposaient mes illusions est désormais un tombeau trop petit pour contenir la violence de ce que je ressens.

Je me remets en marche. Sans destination. Il n'y a pas de cap pour ceux dont la boussole affective vient d'être fracassée, avalée par un séisme domestique. L'entêtement des images dans mon esprit me devance, me nargue, revient comme un refrain qui refuse d'être remixé. Je revois la chemise chiffonnée, les escarpins étrangers, les souffles mêlés, la lumière sale de la chambre qui n'avait pourtant que moi comme propriétaire légitime. Et je revois surtout Donovan – le centre immuable de mon apocalypse – dans un enchevêtrement de chairs, d'objets et de mensonges, comme si j'avais soudain ouvert une porte sur un monde parallèle où je n'avais jamais eu ma place.

Je murmure à voix basse, presque pour moi seule : « Je suis un échec vivant... » Et l'affirmation me pétrifie davantage que si je l'avais hurlée. Les mots, une fois relâchés dans l'air, ont une densité que le silence n'a pas. Ils s'accrochent aux murs comme de la suie encore humide, et me reviennent ensuite en pleine figure. Je comprends dans ce choc auditif interne que ce n'est pas ma voix qui me trahit, mais les années d'un récit que je pensais écrit à l'encre indélébile du destin amoureux.

Je ne m'aperçois pas tout de suite que mon errance me rapproche du vieux bar qui se dresse à la périphérie du centre-ville. L'enseigne clignote toujours avec cette indolence électrique qui m'agace d'ordinaire, mais qui, ce soir, me ressemble étrangement. J'ai dû passer devant des milliers de fois sans jamais franchir le seuil. Ce n'était pas un endroit pour moi. Pas un lieu pour l'épouse bien rangée que j'étais censée être, selon les manuels invisibles du conformisme social.

Mais ces manuels brûlent aussi facilement qu'un test de grossesse négatif, je pense avec un cynisme nouveau.

Je pousse la porte.

L'air épais me gifle une mixture d'odeurs polluées : tabac froid, alcool trop bon marché, bois gâté par l'humidité des conversations louches. Les pieds des tabourets crissent sur le sol abîmé comme un instrument mal accordé. Le vinyle qui recouvre les assises a la texture d'une peau fatiguée, friable, plissée par les abus de poids et de vies. Quelques clients m'observent à mi-voix, à mi-regard, pas assez nombreux pour former une foule, mais assez pour constater qu'une femme en robe fleurie et mascara en ruine ne s'accorde pas au paysage.

Parfait.

Parce que je ne m'accorde plus à rien.

« Un whisky sans glace », je lâche au barman, le timbre râpeux. Pas de formules de politesse complètes, pas de posture héroïque, juste un besoin fonctionnel d'embraser un liquide dans ma gorge pour réduire la part d'incendie qui m'appartient déjà. Il me sert sans cérémonie, une neutralité professionnelle salutaire. Je bois la première gorgée cul-sec, puis la brûlure conquiert brièvement un territoire où mes pensées n'ont pas encore planté leur drapeau dépressif.

J'expire.

Puis je tends la main pour un autre verre.

Mais une phrase surgit dans mon dos, grave, posée mais souveraine, comme si elle ne doutait jamais de son droit d'être prononcée : « Cet autre verre est pour moi. »

Je tourne le visage. Un homme s'installe à ma droite. Les années se lisent sur lui comme une couverture bien choisie : il doit avoir autour de trente ans. Cheveux sombres légèrement trop disciplinés pour un lieu pareil, ombre de barbe, yeux d'un gris métallique dont l'intensité ressemble à un avertissement ancien, pas à une invitation moderne. Il dégage une élégance presque insolente dans ce décor qui transpire l'ordinaire et l'abîme.

Je grommelle un merci.

Puis un silence.

Ce silence-là n'est pas gênant. Il est presque protecteur. Parce qu'il ne me demande rien, ne réclame aucune histoire, aucune justification, aucun rôle à tenir.

Mais il finit tout de même par parler, sans même me regarder, avec cette lucidité banale des gens qui ont vu assez d'histoires humaines pour savoir les classer instinctivement dans les archives du chagrin : « Je parierais tout de suite sur un problème sentimental. »

Je ris. Un rire court, sec, inachevé comme une promesse rompue avant sa clause finale. « C'est si prévisible ? »

Son demi-sourire arrive enfin, un angle relevé de sa bouche qui a l'air de connaître la blague depuis plus longtemps que moi. « Disons que vous ne semblez pas être venue pour un cercle de tricot collectif. »

Je lève les yeux au ciel. Bon point.

Je ferme un instant les paupières, mais ça serre encore trop fort derrière. Je décide de confesser, parce que l'alcool donne parfois une vérité moins retouchée : « Mon mari... je l'ai surpris dans une danse intime qui n'était pas censée être chorégraphiée pour un trio. Dans notre lit. Avec une autre. » Le dire me coupe la gorge, mais pas assez pour m'empêcher d'engloutir le reste du whisky qui attendait une deuxième respiration.

Il soupire, un mot claqué comme une flamme maigre mais authentique : « Sacrement minable. »

Je me sens hocher la tête. Il ajoute : « Et lui croit sans doute qu'il peut venir corriger l'histoire avec un monologue explicatif ? » Il boit une gorgée de bière étrangère à l'air raffinée, puis note sans amertume : « Triste cliché. »

Je me mords la lèvre. « Oh, ça va plus loin que le banal. Elle porte des cadeaux, ceux qu'on sort d'un catalogue qui coûte plus cher qu'un avenir honnête. Montres, bijoux, colliers qui pèsent lourd dans une existence légère... et tout ça pourquoi ? » Un nouveau rire me secoue ; presque un sanglot recyclé. « Parce qu'après deux ans d'essais, mon corps ne sait ni copier-coller une descendance, ni réécrire la fertilité. »

Il tourne enfin la tête vers moi, lentement. « Votre valeur ne vient pas de votre capacité à produire un héritier. Un serment de mariage ne perd pas son sens parce qu'un ventre n'a pas fait son annonce. Lui vous devait loyauté et protection. Il a failli à sa ligne directrice, pas vous. »

Je détourne les yeux. C'est trop intense, trop vrai, trop bien articulé. Les mots, quand ils frappent juste, ont un pouvoir plus redoutable que tous les objets du monde.

« Je me sens vaine », je murmure. « Sans dessein. Vide comme un brouillon sans encre. »

Une main se glisse sous mon menton. Pouce effleurant la lèvre inférieure comme une ponctuation dangereusement douce. Sa proximité me surprend, parce que ça réveille un feu que je ne maîtrise pas non plus. Il murmure : « Il n'y a rien d'inédit dans un cœur brisé qui cherche une combustion pour oublier son architecture en ruines. Mais vous n'êtes pas un brouillon effacé. Vous êtes une version finie qu'on a juste tenté de froisser. »

Je sens une chaleur irréfutable sur ma peau. Pas celle de l'alcool. Une autre. Une qui semble s'autoriser à exister.

Il me propose de partir. De sortir d'ici. De franchir un seuil. De me laisser vivre dehors plutôt que dedans, là où le décor ne ment pas.

Je devrais refuser, évidemment. Parce que refuser, c'est ce que font les héroïnes qui restent dignes dans les règlements sociaux. Mais je ne me vois plus dans les règlements. Les règlements avaient une famille ; moi je n'ai jamais eu que des pertes et des survivances.

Et survivre n'a jamais été un crime avant cette nuit-là.

Nous sortons. Main dans la main. Le contact a l'air moins symbolique que fonctionnel, mais il pulse tout de même un peu d'électricité clandestine dans mon bras.

La ruelle n'est qu'un prolongement dégoûté du monde : ordures, brique rugueuse, lumière qui n'éclaire pas assez pour être honnête, mais assez pour constater l'honnêteté brute des actes.

Il me plaque contre le mur. Aucun préambule. Aucun accord signé. Aucune cérémonie. Un baiser se déploie, urgent, affamé, texturé, presque animal. Mon souffle se déchire. Il en profite pour reprendre le territoire, puis ses mains tiennent mes hanches comme si elles connaissaient déjà le rôle.

Il glisse contre mon oreille : « Dis-le. Dis que tu en as envie. Que tu veux que ça se produise. »

Une impulsion me traverse. Je repense aux années de gentillesse, d'essais programmés, de calendriers annotés comme un traité de diplomatie corporelle. Peut-être que ma vie se réparera dans deux semaines, oui, peut-être qu'un bébé recollera toutes les fissures du monde comme un miracle post-daté. Mais les miracles post-datés ne m'ont jamais sauvée. J'ai attendu assez longtemps une guérison correcte et approuvée.

Je murmure : « Je le veux. Maintenant. » Les mots ne ressemblent même pas au timbre d'il y a trois heures. Ils ressemblent à une signature consentie par l'incendie, pas par un serment social.

Il pousse. Brutal. Entier. Sans brouillon, sans repentir, sans virgule de transition. Le rythme n'est pas tendre. Il est absolu. Il ne cherche aucun sentiment intermédiaire, aucune douceur de phrase. Il ne laisse pas le temps au décor interne d'installer un plagiat de regrets ou de protocoles. La ville se dissout, mes pensées aussi.

Quand il se retire enfin, et que sa respiration redevient un peu humaine, je réalise que je viens de transgresser chaque chapitre de mon ancienne version.

La pluie tombe ensuite sur ma joue comme une ponctuation glacée. Je sors de la ruelle sans aucune fioriture, sans demander au monde s'il approuve mon errata temporaire. Puis je tourne l'angle de la rue. Nouveau décor. Nouveau souffle. Toujours brisée, peut-être, mais plus conforme aux vieilles éditions de ma vie.

Je suis encore elle... mais en moins naïve. Je ne sais juste pas encore qui je deviens ensuite.

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