L'univers
Alors que les heures, captives du néant,
Gardiennes des futurs, dans le matin du temps,
Attendaient patiemment pour sonner l'univers,
À l'ombre de la nuit d'un effrayant désert,
Le silence éternel de l'infini, cloîtré,
Explosa sur lui-même : ainsi, de la nuée
Plus vieille que la vie, et berceau de la mort,
Surgit la traînée d'or du premier météore.
Il n'y avait rien : et d'un coup il y eut tout. Le feu
Des astres, brusquement éveillé, parcourait
L'espace, remplissait le vide, illuminait
Des voies lactées ! D'un coup l'ouragan fabuleux
Déchaînait le chaos et inventait les cieux :
Allumant d'une main les forges des Enfers,
Et de l'autre y fondant l'avenir de la Terre.
Ô hasard improbable !
...
Ou bien œuvre d'un dieu ?
...
Ce big-bang inconscient était-il sous l'égide
D'un titan tout puissant et du Foudre divin ?
Ou n'est-il que le fruit d'un alliage stupide
Entre atomes troués et neutrons orphelins ?
Sommes-nous tous enfants d'un lointain créateur ?
Les verrons-nous un jour resplendir dans le ciel,
Dieu Le Père et Son Fils, et couvrir de leurs ailes
Nos âmes chagrines des morts et des malheurs ?
Ô Univers, ô toi sépulcre ! Cimetière
De tant de cœurs, de pleurs, de rires et de fleurs,
Broyés dans ta froideur, univers, univers
Terrible, impitoyable : où se terre l'Auteur ?
Tandis que nous rêvons et songeons aux mystères,
Le corps cloué dans ce cercueil à ciel ouvert,
L'horreur vide de sens qui surplombe nos têtes
Perce nos poitrines de cent questions muettes.